VIII  Hellfest TV#8

Yawning Man
07
Avr
INTERVIEW HELLFEST : SKARHEAD (1/2)

1ère PARTIE : LORD EZEC aka DANNY DIABLO

 

L’Elysée-Montmarte, Paris, 27 mars 2010…Paris Extreme Festival, journée dédiée au hardcore… Moins de 10 minutes après avoir terminé son set, le très charismatique Lord Ezec également connu sous le nom Danny Diablo, a taillé la bavette avec hellfest.fr. Alors que le reste du groupe discutait peinard avec les membres d’Agnostic Front dans la loge d’à côté et que Strife s’apprêtait à monter sur scène, le maître à penser de Skarhead était déterminé à nous exposer son opinion sur différents sujets. Passion, amitié, dévouement et modestie sont des valeurs-clé pour le bonhomme.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à remonter le groupe et à sortir un album après ce très long break ?

En fait, on ne s’est jamais vraiment quittés mais j’étais tellement occupé par plein d’autres projets de mon côté : ma vie perso, mon boulot de producteur, mon label… Les mecs voulaient démarrer et j’ai finalement réussi à dégager un peu de planning si bien qu’on avait deux-trois semaines devant nous pour concrétiser tout ça. Je me suis donc dit ‘Allez, c’est parti !’. Et on a réussi à faire Drugs, Music & Sex en six jours.

 

Comment s’est déroulé le processus d’écriture et d’enregistrement ?

On est rentrés en studio sans avoir préparé le moindre matériel, rien du tout. On s’est réunis dans une pièce avec Aaron de White Owl, Zack de Bulldoze, Ak Ray, Wes de Death Threat… On s’y est mis et on a tout écrit d’un jet, en fait. On a tout fait sur place. J’ai produit ça avec Dean Baltulonis, notre ingénieur : il s’est occupé du son, j’ai collé tout ça et voila, c’était terminé !

Collaborer avec Freddy Cricien (Madball), Vinnie Stigma (Agnostic Front), Jamey Jasta (Hatebreed) etc., ça a dû être super, non ?

En effet ! Et il y avait aussi CIV, Andy de Leeway… C’était vraiment excellent ! Armand de Sick Of It All, Jamey…(sourires). Tous ces potes sur ce disque : génial !

 

Qu’as-tu fait depuis la sortie de Drugs, Music & Sex ?

J’ai pas mal bossé pour mon projet solo, Danny Diablo. Le nouvel album de Danny Diablo, International Hardcore Superstar, sort en CD le 6 avril prochain. Mais il est déjà disponible en digital sur Itunes, Interpunk Records et Hellcat Records. J’ai également eu un enfant… Ma femme et moi bossons également pour mon label Ill Roc Records. Ma femme est d’ailleurs signée dessus car elle chante dans un groupe, Eye Ra Haze, avec Mackie des Cro-Mags. C’est une sorte de rencontre entre Massive Attack, Poison et Defones. Elle est géniale, c’est une super chanteuse. Elle apparaît également sur mon album. Elle s’appelle Natasha Nicholson.

 

Que vas-tu faire une fois la tournée européenne terminée (le lendemain de l’interview) ?

Retour direct à New York car je n’ai pas vu ma famille depuis trois mois. Une fois à New York, je filme une vidéo pour Danny Diablo, Give Me A Chance, avec White Lion. Une fois la vidéo achevée, je reprends la route avec Skarhead. On commence par les Etats-Unis puis ce sera le Canada, l’Amérique du Sud, Porto Rico, le Mexique… : ça va être dingue !

Hormis Skarhead, nombreux sont les groupes hardcore cultes ayant splitté, comme Earth Crisis ou Merauder, qui se reforment. Ton point de vue ?

Je pense que ces groupes manquaient au public. On a remonté ponctuellement Crown Of Thornz l’année dernière et c’était l’occasion pour de nombreuses personnes d’enfin pouvoir voir le groupe sur scène. On n’enregistrera rien par la suite mais c’était l’occasion de donner une séance de rattrapage pour ceux qui n’avait jamais vu Crown Of Thornz. Ces retours sont pour le public. Personnellement, j’aimerais notamment que Leeway remette le couvert.

 

Quelle est ton opinion sur le New York Hardcore aujourd’hui ? Le concept a-t-il toujours une raison d’être de nos jours ?

Evidemment ! Il y a tellement de bons groupes ! Un exemple : Maximum Penalty ! Ils viennent de sortir un nouvel album qui est tout simplement excellent ! Et Bloodcloot ! Il semble qu’actuellement le genre rencontre un certain succès auprès du public. Quand j’étais jeune, je n’étais pas trop au fait de ce style de musique… J’écoutais du metal, du hip-hop. Et puis, j’ai assisté à mon premier concert de hardcore au CBGB et là, j’étais ‘Mon Dieu ! Voila ce que j’aime !’. Un de mes premiers concerts a été Iron Maiden ou un truc du genre… et il y a avait tous ces sièges…(rires) Le hardcore me parlait davantage, comme si j’avais ma place dans ce truc !

 

Eclaire nous sur la notion de DMS. Est-ce davantage un gimmick de nos jours ou y-a-t-il toujours à sens à tout ça ?

Bien sûr ! Un sens profond ! Au départ, on a commencé le truc un peu comme un graffiti, un truc de gang. On appartient tous à des courants musicaux différents : c’est un truc bizarre ! C’est du genre : le hip-hop se mélange au hardcore. Quand j’étais gosse, on ne se mélangeait pas pourtant. DMS, c’est une sorte d’association, une sorte de grande famille. Du moins, c’est ce que je pense. Certains sont branchés hip-hop, certains font des graffitis, d’autres sont dans l’art… Certains ne font rien de particulier si ce n’est appartenir à un gang mais ils font partie de notre grande famille : toutes les couleurs, toutes les races, un ensemble.

 

Et le public hardcore européen, qu’en penses-tu ?

Selon moi, les coreux européens apprécient beaucoup plus la musique que les Américains. Aux Etats-Unis, les mecs sont habitués à voir les groupes régulièrement. De ce côté, les Américains sont trop gâtés. En Europe, c’est un peu différent : les mecs bossent, mettent de côté, se pointent au concert et s’éclatent sur place. C’est ce que je retiens et aime : ils apprécient vraiment le truc.

Parlons du Hellfest… Que connais-tu de ce festival ?

C’est un des plus gros festivals européens et le plus important en France. J’adore le public européens : les mecs se la donnent dans le pit, ils s’en foutent et ils adorent ça, ils sont contents… Tu vois ce que je veux dire ? (rires). Ouais, j’ai vraiment hâte de jouer au Hellfest !

 

Tiens, voila la programmation complète du Hellfest...

(lecture attentive de l’affiche) Deftones ?! Infectious Grooves ! (redouble de concentration)

 

Des groupes que tu recommanderais ?

J’aime Deftones ! J’adore… Ratt ! (rires) Biohazard, Sick Of It All (sourires)  Overkill est là aussi ! Quoi ?! 7Seconds ?! Discipline, Born From Pain,… (sourires) Ouais, c’est cool: ça va être bon, mec !

 

Le fait d’être programmé au milieu de groupes proposant une musique très différente de Skarehead, comme Immortal, Twisted Sister ou Carcass, ne te pose pas de problème particulier ?

Le public va être confronté à différents styles, ce qui va lui permettre de s’ouvrir davantage : c’est plutôt sympa. (regarde de nouveau la programmation) Qu’en j’y pense : Ratt ! (commence à chanter et danser sur le 'Round And Round' de Ratt). Crowbar sera là aussi ! Kirk, c’est mon pote ! (montrant l’affiche) Je peux garder ça ? Merci !

A quoi peuvent s’attendrent les festivaliers ne connaissant pas Skarhead ?

Tu sais, on n’est pas comme certains groupes de hardcore qui sont du genre… (imite la brute épaisse puis éclate de rire). On propose du lourd mais c’est dans la bonne humeur. Quand on est sur scène, c’est pour que tout le monde oublie son boulot, sa femme, sa petite amie, ses factures… Quand Skarhead est sur scène, c’est comme oublier les tracas de la vie pendant 45 minutes. En fait, on veut donner du positif.

 

Le Hellfest fait actuellement l’objet de pressions de la part de partis politiques conservateurs et d’associations chrétiennes, lesquels accusent le festival d’avoir des tendances satanistes etc. Des blogs anti-Hellfest se multiplient sur Internet, des pressions sont effectuées sur les sponsors du festival pour que ceux-ci retirent leur soutien… Ta vision des choses ?

Quoi ? C’est affreux ! Je pense que c’est stupide ! (secoue la tête) Je suis juif, ma femme à des racines indiennes d’Amérique et… Je pense tout simplement que la religion n’a rien à voir avec ce truc. Du moment qu’il n’est pas question de blesser quelqu’un ou de le tuer, le message n’a rien de négatif, comme… (réfléchit) botter le cul d’un bébé sur scène ! (rires). Ca, c’est vraiment pas bien ! (rires). Certains mecs ont besoins de se maquiller, de dresser leurs croix mais au final, ils ne font de mal à personne. Tant qu’ils ne se livrent pas à des actes discutables comme tuer ou blesser quelqu’un…

 

Aisé de toujours pointer le doigt sur la musique extrême, non ?

Et oui ! Un sacré bouc émissaire ! Et quand tu vois ce quoi ce qui se passe dans l’Eglise actuellement, avec toutes ces histoires de prêtres… C’est un peu facile de pointer du doigts les autres dans un cas pareil…

 

Dernier point : quel est ton message à destination des festivaliers du Hellfest ? N’hésite pas à le prononcer en français si tu le souhaites…

En français ?! Mais je n’arrive déjà pas à parler anglais ! (rires) OK… Venez au Hellfest ! Vous y passerez du bon temps, vous allez vous y éclater et y oublier les tracas de la vie pendant trois jours. De la musique qui secoue, de la bonne musique ! Profitez de la vie là-bas, c’est tout !

 

Interview réalisée par Karajuju et MetalWombat. Photos par Kastor [jetez un coup d'oeil à son site :http://www.kastor-pics.com/ ].

 

D'ICI QUELQUES JOURS, SECONDE PARTIE DE L'INTERVIEW DE SKARHEAD AVEC CEEKAY JONES ET MIKE THE GOOK.