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ZEAL & ARDOR

7 juin 2018

Smoke Low Res Manuel Gagneux Zeal & Ardor, Official Press Picture 2018

Manuel Gagneux

Paris – Jeudi 3 mai 2018

« Le metal, bien souvent je pense, est une sorte de refuge pour les gens un peu paumés »

 

 

Comment se déroule ton séjour parisien jusqu’à présent ?

Plutôt bien. En fait, il m’arrive de redouter ces journées où je dois enchaîner les interviews. Mais, là, c’est plutôt agréable car le bar est sympa (Le Black Dog) et puis j’ai pu goûter pas mal de vin hier, c’est plutôt cool ! (rire)

 

Quels sont tes premiers souvenirs ayant trait à la musique en tant qu’enfant ?

Je pense que ça doit remonter aux concerts que donnaient mes parents, étant donné qu’ils étaient musiciens. Nous trainions dans les coulisses des endroits où ils jouaient. Je pense que c’est mon premier contact avec la musique.

 

Quel est ton regard sur tout le cycle ayant suivi la sortie de Devil Is Fine (2017) ? Un sacré tourbillon, non ?

Oui, ce fut extrême. Si je regarde bien… Nous avons tourné pendant un an, une demi-année avant sa sortie. Maintenant, il ne s’agit plus d’un hobby : j’ai la possibilité de faire ce métier tous les jours, ce qui est fantastique. Et puis, nous avons pu visiter tellement d’endroits différents : c’est incroyable ! (sourire)

 

As-tu ressenti une certain pression avant de débuter le travail pour Stranger Fruit au regard du succès remporté par Devil Is Fine ?

Ce qui a rendu Devil Is Fine intéressant, je pense, est qu’il a été conçu sans la moindre pression. Je n’ai fait que ce que je souhaitais faire. Je me suis rendu compte que la pression n’existait plus et que je pouvais faire la musique que je souhaitais.

 

Il se sera passé environ un an et demi entre la sortie de Devil Is Fine et Stranger Fruit (8 juin 2018). Pourquoi ne pas avoir davantage surfé sur la vague du succès de Devil Is Fine et ne pas avoir attendu un peu avant de sortie Stranger Fruit ?

Je ne sais pas… Je pense simplement que si les morceaux sont prêts, il serait idiot de ne pas les sortir. Et puis, il faut comprendre que je ne fais pas ça pour l’argent : il faudrait alors plutôt que je m’oriente vers de la pop ! (rire). Parmi ces morceaux, il y en a quelques-uns que nous avons déjà joués sur la tournée précédente donc ils ne sont pas vraiment nouveaux. J’ai envie de démarrer de nouveaux trucs donc il me faut me débarrasser de ces morceaux ! (rire)

 

Quelle est l’ambition de Stranger Fruit sur le plan artistique ?

Je voulais simplement… Cette fois-ci, je disposais d’un peu plus de temps et d’argent à investir donc je voulais un album plus imposant et meilleur. J’ai également dû avouer à moi-même que je n’étais probablement pas le meilleur mixeur au monde et que je me devais de demander de l’aide à ce niveau ! Je ne sais également pas opérer la prise de son de la batterie donc j’ai pris Zebo Adam pour m’aider au niveau de la production ainsi que Kurt Ballou pour la partie mixage. Au niveau du son, c’est un meilleur album, notamment par ce que le mix est tout simplement meilleur.

 

Pourquoi ce choix de Zebo Adams et Kurt Ballou ?

Pour ce qui est de Zebo, son manager a appelé le mien en disant : « Merde, il ne veut plus prendre de  nouveaux clients pour le moment : il veut vraiment bosser avec ce jeune artiste ! ». Nous nous sommes rencontrés et avons passé du bon temps ensemble. Nous avons notamment parlé de l’importance du son de la batterie et nous nous sommes accordés sur le point suivant : « Ouais, Kvelertak a un super son. Qui s’en est occupé ? ». Kurt Ballou, bien sûr. La suite est tout sauf romantique. Nous lui avons envoyé une-mail : « Tu aurais du temps pour t’occuper du mixage ? ». Et il a répondu « OK ». C’est tout !

 

Stranger Fruit est nettement plus long que Devil Is Fine. Est-ce un effort délibéré de « casser le moule » ?

Oui… Mais il faut dire que Devil Is Fine était plus une sorte d’EP et si nous avions reproduit le principe, ça aurait été vraiment arrogant. Avant de rentrer en studio, j’avais environ 36 morceaux et moins de la moitié d’entre eux figurent sur l’album… Il aurait pu être encore plus long mais il y avait tellement de morceaux de merde que j’ai dû compresser tout ça ! (rire)

 

Il a donc fallu éliminer un sacré paquet de morceaux…

En effet, mais je pense que c’est une bonne chose. Car si tu t’accroches à un truc qui n’est que moyennement bon, il faut se dire que tu aurais pu avoir 10 bonnes idées beaucoup plus intéressantes pendant le temps consacré.

 

Jusqu’à point l’album est la réalisation d’un seul homme?

Les morceaux étaient prêts avant que j’entre en studio. Ce qui diffère ici, c’est que les parties de batterie ne sont pas programmées. Je les ai programmées puis Marco von Allmen – qui joue en tournée avec nous – les a jouées à son tour pour les enregistrer sur le disque. Hormis ce point-là, c’est moi qui me charge de tous les instruments et des lignes de chant.

 

J’ai ressenti davantage d’agressivité à l’écoute de l’album. C’est une chose que tu souhaitais proposer dès le début de la conception de l’album ?

Oui. Une grande partie de l’explication est qu’il s’agit d’une vraie batterie donc tu te sens un peu plus agressé. Je souhaitais aller plus loin dans les deux extrêmes : aller plus loin dans l’agressivité et aller plus loin dans le côté plus doux. Car si tu offres un contraste plus important au niveau des deux éléments, l’effet est encore meilleur.

 

La documentation promo mentionne que l’album est compose de « petites histoires isolées ». Le projet de concevoir un véritable concept-album est-elle une option envisageable pour l’avenir ?

Oui, mais si tu constates la façon dont les gens consomment la musique de nos jours, en n’écoutant que des morceaux pris individuellement… Si tu sors un concept-album, personne ne va l’écouter. Du moins, peu de personnes le feront. Et puis, j’avais pas mal de morceaux prêts et ces derniers me plaisaient. Nous en avions déjà joué quelques-uns qui ont enregistré pas mal de vues sur YouTube. Si nous ne les avions pas intégrées, les gens auraient été en colère. Peut-être la prochaine fois ? (sourire)

 

La documentation promo cite également des références à l’Ars Goetia, au Yoruba et à de la littérature obscure. Tu dois probablement être devenu un expert en termes de culture occulte ?

Pas un expert, non. Je lis des livres. Je ne fais que lire des livres et je ne pense pas que ça fait de moi un expert pour autant. Je suis fasciné par le sujet. C’est un peu comme de la fiction, comme quand tu lis un roman fantastique ou dans le genre.

 

Je cite de nouveau les documents promo: “caché pour élaborer les morceaux”. Tu ne t’es pas caché dans une cave, quand même?

Hum… Un peu, quand même, ouais. J’habite dans une grande maison et il y a un sous-sol qui héberge un bar et où il y a quelquefois des concerts. Quand il n’y a pas de concert, j’y travaille et j’y enregistre mes démos. C’est là que j’ai passé la plupart de de mes journées libres l’année dernière. Il n’y a rien de très romantique dans tout ça. Je bois juste plein de café et j’essaie des trucs ! (rire). Je n’ai pas besoin d’voir des bougies ou quoi que ce soit…

 

As-tu pour habitude de soumettre tes morceaux à quelqu’un avant d’entrer en studio?

Je les montre à quelques amis : des amis que je connais depuis longtemps et qui ont des goûts musicaux similaires aux miens. Des fois, c’est « Hey, c’est de la merde ! ». Quand c’est le cas, je les montre à un autre ami et si lui aussi dit que c’est de la merde… « Tant pis ! » (en français) – (rire)

 

Quelle est l’idée derrière la pochette de l’album ? La pomme, c’est le fruit de la tentation et là, il y a un trou : le verre est déjà dans le fruit ?

Nous voulions faire une allusion à « Strange Fruit », la chanson de Billie Holiday. Dans ce morceau, elle décrit des fruits dans un arbre mais qui s’avèrent en fait être des gens morts pendus dans l’arbre. La transposition à l’époque d’aujourd’hui, serait des gens tués par balle car de nos jours la police tire sur les noirs. C’est pourquoi il y a un trou dans le fuit et c’est plutôt dégoutant. Il y aussi un souhait de faire référence au fruit de la tentation. Il y a aussi un clin d’œil à l’album des Beatles. Nous voulions également qu’il y ait du vert car le design et les couleurs du groupe sont le violet et le vert. Je sais qu’elles ne vont pas ensemble mais… (rire)

 

Comment expliques-tu le fait que peu de musiciens noirs soient impliqués dans la scène metal ?

Je pense que c’est dû à la socialisation. Au sein de la communauté noire, la musique est une part importante de l’identité. Donc si tu fais partie de la scène hip-hop ou de la scène jazz, c’est également un truc communautaire. Le metal, bien souvent je pense, est plus une sorte de refuge pour les gens un peu paumés. Genre moi et mes potes, nous étions les gamins moches, ceux qui n’avaient pas de copines. Ça nous rendait vénères et du coup, nous allions voir des concerts de metal. C’est une communauté différente que les gens rejoignent alors que le hip-hop est une communauté qui héberge déjà les gens. Peut-être que c’est la réponse (sourire).

 

Que sais-tu au sujet du Hellfest ?

Que chaque journaliste auquel j’ai parlé durant ces 2 jours m’a dit que c’était un des festivals les plus incroyables. Donc, à ce stade, je suis plutôt excité. La programmation est fantastique. Apparemment, il y a des gens qui ne bougent pas d’une tente car c’est leur scène. Je suis excité à l’idée d’y jouer mais aussi à l’idée de jeter un œil à ce qui s’y passe.

 

Tu vas rester pendant les 3 jours ?

Nous essayons d’obtenir des invitations donc nous pourrions rester 2 jours sur place mais peut-être que nous aurons un concert avant… Nous y serons une journée mais nous verrons bien…

 

Te poses-tu quelquefois la question: “Est-ce que ma place est bien ici”?

Je ne sais pas si c’est le cas ! Nous avons déjà joué dans tellement de festivals bizarres… Nous jouons aux Eurockéennes, au Wacken, au Hellfest et même au Montreux Jazz Festival !  Notre place est nulle part, en fait ! (rire) Donc nous continuons quand même, que les gens apprécient ou pas !

 

A quoi le public peut-il s’attendre concernant votre performance ?

A quelque chose d’intense, je pense. Nous sommes 3 chanteurs, ce qui a un impact différent et particulier sur les gens. C’est notamment le cas dès lors qu’il est question de musique plus dure : quand tu as plusieurs chanteurs masculins, il s’en dégage une énergie étrange. Quelquefois, nous observons du headbanging, voire même du moshing mais, la plupart du temps les gens semblent confus et intéressés. Attendez donc vous à observer des regards stupides, je suppose ! (rire)

 

Un commentaire additional vis-à-vis de la programmation ?

J’ai vu Body Count lors du festival Leeds/Reading. Je n’ai vu Iron Maiden qu’une seule fois donc il se peut que j’aille y jeter un coup d’œil. Baroness, bien entendu. Nous avons déjà joué avec Kadavar. Batushka… Il y a vraiment plein de trucs extraordinaires. Je ne vais pas être du genre à rester devant une seule scène. Je vais plutôt me déplacer ici et là. Putain, ça va être fun, mec !

 

Pour finir, je te remercie de bien vouloir terminer la phrase suivante : « Je n’ai jamais raconté cette histoire et je ne devrais d’ailleurs sans doute pas le faire mais… »

Quand tu vas boire des coups avec Tom Morello, ce dernier n’arrête jamais de te payer des shots de tequila! (rire)

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Olivier (Replica Promotion).