News

Interview SOILWORK

18 janvier 2018

Soilwork

Sylvain Coudret (guitare) – Samedi 17 juin 2017

« Si tu ne fais pas de promotion, si tu ne tournes pas, les gens vont cesser de parler de toi. Il faut donc beaucoup bosser, beaucoup tourner et c’est ce que nous faisons » – Sylvain Coudret

 

Alors, le groupe est-il une nouvelle fois prêt à défoncer la scène cette année ?

Tu sais quoi ? Nous sommes vraiment maudits ici : Sven (Karlsson), notre clavier, a raté son avion ce matin ! Tu es le premier à être au courant ! Donc ce soir, nous allons jouer sans clavier. Il est hors de question d’annuler mais ça va être un peu plus rock n’roll car nous allons devoir adapter notre setlist en fonction. Nous sommes maudits, sérieux !

 

A part ce petit désagrément, comment se passe la journée ? Pas trop stressé ?

Ça va, tranquille. Le festival est de plus en plus énorme. Je suis arrivé hier et j’ai donc eu le temps de me balader sur le site : c’est hallucinant, c’est un des plus beaux festivals metal en Europe, et ce, à tous les niveaux. Notamment en ce qui concerne la décoration. Les autres sont arrivés très tôt ce matin donc ils sont un peu fatigués, surtout que les Suédois ne sont pas habitués à endurer de telles températures !

 

La programmation de l’Altar est très suédoise ce soir puisque Soilwork, Pain Of Salvation et Opeth vont se succéder sur scène…

Ces groupes sont actifs depuis aussi longtemps que Soilwork, voire même un petit peu plus. C’est la scène suédoise des années 90. Ça devrait être une fin de soirée sympa. C’est un peu l’histoire qui se répète car il y a 3 ans, nous avions déjà joué avec Opeth sur la même scène.

 

J’aimerais connaître ton point de vue sur une question : les festivals tuent-ils les tournées ? Les festivals prennent une telle importance que certains groupes préfèrent se concentrer sur les festivals plutôt que d’effectuer des tournées, pour limiter tout risque financier. De la même manière, une partie du public ne se rend plus dans les salles et préfère dépenser son argent sur un seul évènement qui regroupe des dizaines de groupes d’un coup…

C’est un peu compréhensible mais tout dépend de la stature du groupe. Tu peux être très bien payé quand tu joues dans des festivals mais ces derniers peuvent engendrer pas mal de frais en parallèle, des trajets en avion, par exemple. Personnellement, je préfère voir un groupe sur sa propre tournée, avec ses infrastructures, ses équipements, etc. En festival, ça risque d’être plus restreint, plus compliqué. En festival, tu ne fais pas de soundcheck : c’est davantage un linecheck et le son risque d’être pourri. Alors qu’en tournée, la question du son est plus simple à gérer : tu as plus de temps et tu peux bénéficier de tout ton matériel. Après, je me mets aussi à la place du public : tu peux payer 50 € et voir 2-3 groupes en salle quand tu peux en voir 170 pour 180 € dans un festival de 3 jours. Et puis, c’est l’été : c’est cool. Donc je peux comprendre que des gens puissent privilégier les festivals. Chacun fait ce qu’il veut mais moi, je préfère voir un groupe dans le cadre de sa tournée. Prends les têtes d’affiche par exemple : si tu les vois en festival ou sur leur propre tournée, ce n’est pas la même chose. Après, ça n’est que mon avis et il faut accepter que des groupes n’aient plus envie de se faire chier pour mettre en place des tournées et préfèrent une certaine sécurité financière.

 

Soilwork a été très actif au niveau des sorties depuis 2013 : un double album (The Living Infinite, 2013), un DVD (Live In the Heart Of Helsinki, 2015), un album (The Ride Majestic, 2015), une compilation de raretés et d’inédits (Death Resonance, 2016). Quel regard portes-tu sur cette période féconde ?

Je la trouve très positive car nous avons sorti quelque chose tous les ans. Le double album a surpris pas mal de monde puis nous avons pu sortir un DVD l’année suivante. Puis nous avons pu refaire un album avant de sortir une sorte de compilation de bonus-tracks. Avec le nombre de groupes qu’il y a partout, il faut rester visible régulièrement et donc sortir des trucs régulièrement. Car 2 mois après la sortie d’un album, les gens ont tendance à l’oublier. Si tu ne fais pas de promotion, si tu ne tournes pas, les gens vont cesser de parler de toi. Il faut donc beaucoup bosser, beaucoup tourner et c’est ce que nous faisons. Bien entendu, c’est crevant car nous avons énormément tourné sur cette période.

 

A titre personnel, tu n’éprouves pas un peu de frustration sur le plan créatif ? Ton nom apparaît peu au niveau des crédits sur les 2 derniers albums, par exemple…

Björn (Strid – chant) et David (Andersson – guitare) sont suédois et ont l’occasion de beaucoup se côtoyer, ce qui aide beaucoup. Et puis, ils sont très en phase musicalement. De mon côté, pas de frustration, non. J’ai composé 4 morceaux sur le premier album sur lequel j’ai joué (The Panic Broadcast, 2010). Puis, des évènements personnels ne m’ont pas permis de m’investir autant que je l’aurais souhaité sur The Living Infinite, où j’ai contribué à l’écriture de 3-4 morceaux. J’en ai écrit 2 pour le dernier. Pas de pression pour autant : tout le monde peut écrire pour le groupe. Si un morceau est bon, il sera enregistré. J’aimerais bien écrire davantage mais mon écriture est quelquefois un peu plus barrée… Tu connais mon ancien groupe, Scarve ? J’écris quelquefois des trucs un peu dans cet esprit alors que Björn préfère les trucs plus mélodiques. Si ça ne cadre pas, soit j’intègre plus de mélodie, soit je garde de côté. Quand j’essaie d’écrire pour Soilwork, bien que je reste libre, je garde à l’esprit qu’il s’agit d’écrire pour Soilwok et pas pour moi-même ou Scarve.

 

Une des constantes du groupe ces dernières années, c’est l’inconstance de son line-up. En fin d’année dernière à Paris, c’était d’ailleurs un line-up hybride…

Su la dernière tournée ainsi que sur la tournée US, David ne pouvait pas nous accompagner pour des raisons professionnelles – il est médecin. Nous avons donc eu recours à un guitariste ainsi qu’à un bassiste de session. Aujourd’hui encore, nous allons nous produire avec un bassiste de session. Tu sais, il est compliqué de conserver un groupe comme Soilwork pendant une durée aussi longue que 20 ans. Même parmi les plus gros groupes, peu arrivent à conserver le même line-up. Sur une telle durée, il y a plus de combats que d’éclats. Sans passion, tu finis par lâcher l’affaire. Partir en tournée, il faut aimer ça aussi ! Sans passion, il est impossible de perdurer dans ce métier. Impossible.

 

Le départ de Dirk (Verbeuren – batterie) n’a pas été trop compliqué à encaisser à titre personnel ?

Surtout que Dirk et moi jouions ensemble depuis 1993 ! Nous nous connaissons par cœur. Nous nous sommes formés ensemble. C’est évidement compliqué mais nous allons continuer à nous voir, à faire de la musique ensemble. De toute façon, nous n’avons pas le choix ! (rire) C’est difficile mais il était difficile pour Dirk de refuser un plan comme celui-ci : c’est Megadeth quand même, pas le petit groupe du coin. Megadeth, ça implique de grosses tournées, etc. Mais bon, il est question de Dave Mustaine : ça peut évoluer ! (rire) Indirectement, c’est également positif pour Soilwork car ça fait parler du groupe, de ce que Dirk a fait avant, de Scarve, etc. Si, par exemple, Scarve reprenait du service, ça aurait des conséquences positives.

 

Tiens, c’est un sujet récurrent aussi, d’ailleurs : quid d’un retour de Scarve ?

On nous pose la question de plus en plus, où que nous allions dans le monde, en effet. Grâce à Soilwork, je pense que les gens ont découvert ce que nous avions fait par le passé. Et c’est encore plus le cas depuis que Dirk fait partie de Megadeth. Le problème, c’est le planning. C’est déjà compliqué avec Soilwork qui est un groupe qui tourne beaucoup et qui, quand il ne tourne pas, enregistre des albums. Là, c’est encore plus compliqué car Dirk et moi jouons dans deux groupes différents, avec des agendas différents eux-aussi. Je garde toutefois espoir car nous en avons parlé et la demande est omniprésente et grandissante. Faudrait que nous le fassions avant de crever, quand même ! (rire)

 

Revenons à l’actualité de Soilwork : cet été, vous faites plusieurs festivals puis il y a une tournée scandinave à l’automne.

Après, il va falloir s’atteler au prochain album, quoi ! Nous pensons l’enregistrer l’année prochaine mais rien n’est arrêté à ce stade car nous sommes un peu vidés. Et puis, Björn et David ont leur truc rock à côté (The Night Flight Orchestra), ce qui les occupe et leur change les idées.

 

Je vais clôturer cette interview en te posant la même question que je t’avais posée lors de notre première rencontre au Divan du Monde, en 2014. A l’époque, je t’avais demandé quel était le dernier album sur lequel tu avais flashé. Ton choix s’était porté sur le 1er album d’Avatarium (Avatarium, 2013). Qu’en est-il en 2017 ?

Ah, oui, Avatarium ! C’est bizarre car je n’ai pas suivi ce que le groupe a fait après. Mais j’avais vraiment adoré le 1er album. Dernièrement… Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir flashé sur quelque-chose. Tu sais, il est difficile de vraiment créer la surprise aujourd’hui. Toutefois, ces dernières années, j’aime beaucoup Mastodon, qui propose des trucs personnels et diversifiés. J’aime quand les gens me conseillent et me font découvrir des trucs surprenants. Même si quand tu deviens vieux, c’est de plus en plus difficile d’être surpris ! (rire)

 

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Valérie (JMT Consulting), Isabelle et Julien.