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Interview SLAYER

18 janvier 2018

Slayer

Paul Bostaff (batterie) – Dimanche 18 juin 2017

« Je me souviens d’une période où je n’ai quasiment pas dormi pendant 11 jours… Après 11 jours, tu es juste un zombie» – Paul Bostaff

 

Comment vas-tu ?

Je vais bien. Nous sommes arrivés en bus à notre hôtel où nous sommes restés posés quasiment toute la journée. Nous venons plus ou moins d’arriver sur le site, en fait.

 

Du coup, votre programme pour le reste de la journée est de jouer, de rentrer à l’hôtel puis de reprendre la route vers le prochain concert.

En fait, nous n’allons même pas rentrer à l’hôtel : nous prendrons le bus en direction de Zürich.

 

Vous n’allez donc pas vraiment profiter de l’expérience Hellfest en tant que telle. N’est-il pas quelquefois frustrant d’aller quelque part et de ne pas avoir le temps de vraiment s’imprégner de son atmosphère ?

Ouais… Cela arrive quelquefois mais en général, nous disposons de suffisamment de temps pour avoir une idée de ce à quoi ressemble le festival où nous jouons. Aujourd’hui, nous sommes arrivés tard car nous devons jouer autour de minuit et que nous devons enchainer avec une date en Suisse le lendemain. Nous sommes arrivés tard pour éviter d’avoir à passer une journée complète à attendre ici.

 

Slayer tourne de manière constante. Arrivez-vous à conserver une excitation à l’idée de jouer des concerts ? Une telle expérience peut-elle encore être sensationnelle pour toi ? Comment garder la motivation pour le faire ?

Tu sais, donner un concert est toujours excitant. Ma motivation reste de devenir un meilleur musicien. Au début, j’avais des aspirations à… J’aime la musique et, jeune, j’ai entendu des musiciens qui excellaient. Si bien que j’ai eu l’envie de jouer aussi bien qu’eux. Ça fait plus de 30 ans que je joue de la batterie et je n’éprouve aucune lassitude à la faire car il y a toujours de nouveaux territoires à explorer. Quelquefois, tu peux jouer la même chanson indéfiniment : il peut alors devenir fatigant de jouer ce morceau depuis 20 ans. Mais ça démontre aussi que ce morceau très bon ! Monter sur scène ne me lasse aucunement, même si je suis fatigué ou malade ce jour-là… Quand je monte sur scène avec le groupe, que je m’installe sur l’estrade de la batterie et que je contemple la foule venue nous voir, toute s’efface. Je refais alors le plein d’énergie. Je ne m’ennuie jamais. Et si ça devenais le cas, je jetterais l’éponge et ferais autre chose.

 

Mais la musique représente toute ta vie : que ferais-tu ?

Si je devais me consacrer à autre chose que la musique ? J’aime les automobiles. J’aime bricoler les voitures en tant que hobby. Peut-être que je m’y mettrais alors plus sérieusement. Mais aujourd’hui, j’aime toujours faire ce que je fais donc…

 

Je ne me souviens plus où j’ai lu ça mais un jour un artiste a déclaré que les groupes qui tournaient intensément manquaient de respect à eux-mêmes en ne cultivant pas une certaine rareté. Et que du coup, le fruit de leur travail perdait de sa valeur… Ton point de vue ?

Je comprends… Mais je sais que le groupe a conscience de ça. S’il y a bien des endroits où nous nous produisons constamment, il y en a d’autres où nous prenons le soin de ne pas fréquenter pendant une année complète. Nous nous sommes tenus à l’écart de certaine endroit depuis 2 ans, par exemple. Je pense que le groupe ainsi que le management ont la conscience de la nécessité d’opérer les changements adéquats de sorte à ce que « assez » ne devienne pas « trop ». Pour ne pas dépasser une forme de saturation. Si tu joues trop souvent à un endroit donné, il y a saturation voire plus et ta valeur décroit : je suis d’accord avec ça. Il est important d’avoir en tête la nécessité de ne pas jouer toujours au même endroit.

 

Les festivals sont de plus en plus populaires en Europe de nos jours. Représentent-ils une forme de menace pour les tournées traditionnelles. En effet, certains artistes se concentrent sur les festivals et certains fans conservent leur cash pour ces derniers…

Je ne pense pas que les festivals soient une menace au niveau des groupes pouvant en parallèle se produire en tête d’affiche. La raison, c’est que… Pour un festival, tu achètes ton billet qui te permet de voir plein de super groupes, même si tu n’auras pas l’opportunité de voir chacun d’entre eux jouer pendant une heure et demie. Ils joueront une demi-heure, voire une heure et, pour beaucoup de gens, c’est suffisant. Mais les vrais fans viendront te voir jouer en tournée où tu joues des morceaux plus rares que tu n’entends pas dans les festivals. De même, dans le cadre d’un festival, un groupe se produira en plein jour et ne bénéficiera pas de sa production complète. Vraiment, je ne pense pas que les festivals plombent les tournées. Il faut simplement être malin concernant tes choix : où tu joues et comment tu organises tes dates en fonction des festivals. Pendant la saison des festivals, tu peux manquer de sommeil car il y a une logistique importante à mettre en place pour rallier un endroit à l’autre. Si bien que c’est quelquefois presque impossible à réaliser. Tu arrives à un endroit complètement rincé et tu dois quand même monter sur scène mais c’est aussi le côté fun du truc. Je me souviens d’une période où je n’ai quasiment pas dormi pendant 11 jours… Après 11 jours, tu es juste un zombie. Au final, le choix reste celui des fans, ce qui s’avère être une bonne chose.

 

Repentless, votre dernier album en date a reçu une critique aussi positive qu’unanime. Etiez-vous heureux ou rassuré par ce constat ? Je veux dire par là : heureux par cette appréciation ou soulagés par votre capacité à sortir un super album sans Jeff ?

Ce ne fut pas un soulagement. Nous nous sommes donnés à 100% pour cet album. Et au final, c’est un album de Slayer pur jus. J’étais heureux de la façon dont il a été reçu. A chaque album auquel je participe, j’éprouve le même sentiment : quand il est terminé, j’ai toujours des doutes et j’imagine des trucs que j’aurais pu améliorer. A un moment, il faut pourtant s’en détacher et ce dire : « OK, c’est terminé ». Sinon, je pourrais continuer à peaufiner les choses éternellement. Avec Repentless, j’éprouve du contentement mais pas de soulagement. Il n’a pas été dur de bosser sur sa conception. Je sais que les attentes étaient très importantes du fait de la perte de Jeff, du line-up modifié. Je savais que les fans de Slayer apprécieraient ce disque mais il a été surprenant de constater à quel point c’était le cas. Vraiment, j’en suis heureux.

 

Toutefois, vous ne jouez que peu de morceaux de Repentless sur la présente tournée. La saison des festivals implique-t-elle de se concentrer sur une setlist plus « best-off » dans l’esprit ?

En effet, en festival, tu ne vas pas nous voir jouer beaucoup de morceaux de Repentless. Quand nous jouons pendant une heure et demi, que nous sommes dans le noir, nous jouons “When The Stillness Comes”, genre environ 5 morceaux – une belle brochette de morceaux – du nouvel album. Mais ce soir, je pense que nous n’allons en jouer qu’une car nous jouons un set plus court.

 

Je sais qu’il vous arrive de participer à des packages Meet & Greet de temps en temps. Ces derniers sont-ils devenus un mal nécessaire aujourd’hui ? Les fans européens ne semblent pas nécessairement super friands de l’idée de devoir payer pour rencontrer les groupes…

Non, non ! Je ne pense pas du tout que cette pratique soit un mal nécessaire ! Et je respecte le point de vue des fans qui ne veulent pas s’y associer. Nous en faisons principalement aux States, où les gens ont l’occasion d’assister au soundcheck, où nous nous échauffons en jouant de tout, de Led Zeppelin à Jimi Hendrix en passant par Van Halen, des trucs qui nous ont accompagnés pendant notre jeunesse, pour le fun… Puis nous enchainons sur la partie plus sérieuse du soundcheck. Les gens qui s’inscrivent à ces packages peuvent ainsi assister à nos soundchecks et ils peuvent également nous rencontrer. Cette pratique n’est pas un mal nécessaire. Vu que le choix est laissé à chacun, je trouve que c’est cool. Certains groupes le font pour financer leurs coûts de production et ça leur permet de partir sur les routes. Tourner coûte cher, tu sais ?

 

J’ai une dernière question spécifique à un morceau de l’album Diabolus In Musica. Le morceau s’appelle « Scrum ». Je sais que Kerry était très intéressé par le rugby à l’époque où il a écrit cette chanson. Est-ce que le rugby est toujours un sport qu’il apprécie ?

Je ne sais pas si Kerry continue de suivre le rugby… C’est marrant de repenser aux origines de cette chanson. A l’époque, après nos répétitions, nous allions dans un TGI Fridays. Tout le monde y allait – Kerry, moi-même, Tom et Jeff. Nous mangions un bout et buvions des coups. Il y a avait aussi des potes à nous mais aussi des joueurs de deuxième division qui jouaient aux States avec qui nous avons fait connaissance. A l’occasion d’une tournée en Australie, j’ai eu l’occasion de passer un moment dans le bus de l’équipe australienne de rugby, ce qui fut une des expériences les plus mémorables de ma vie. Nous nous sommes vraiment penchés sur ce sport. Jusqu’à ce que Kerry et moi parlions même de jouer ! Nous avons assisté à des matchs à côté de chez nous mais quand nous avons pris conscience du bruit que faisaient les corps en heurtant le sol, nous nous sommes dit que ce n’était pas une si bonne idée que ça ! (rire) Ces mecs étaient juste énormes ! Le football américain, c’est autre chose : les rugbymen jouent sans protections et ils se font vraiment mal !

 

Interview: Wombat.

Un grand merci à Valérie Reux (JMT Consulting), Isabelle et Julien.