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PARKWAY DRIVE

30 avril 2018

parkwaydrive itw

Winston McCall (chant)

Paris – Lundi 19 mars 2018

« Notre production sera la plus grosse que nous ayons jamais mise en œuvre en France jusque-là… Il faudra juste que nous arrivions à la faire tenir sur la scène ! »

 

 

Comment s’est passé le concert d’hier soir ? Tu avais l’air assez heureux sur scène ?

Je suis toujours heureux quand je suis sur scène. Et là, c’était super bien ! C’était vraiment, vraiment génial. De bonnes vibrations : du fun, aucune pression, un public parfait, il y avait juste à enchaîner les morceaux. Très simple, fun et sympa.

 

D’où vient cette idée de combiner des sessions promo et des concerts intimistes ? Et pourquoi ne pas vous contenter d’interviews par Skype ou téléphone comme le fait la plupart des groupes ?

Initialement, l’idée était de faire les deux séparément. Nous avions eu le projet des concerts intimistes il y a pas mal de temps de ça mais nous n’avions jamais pu trouver comment et quand le faire. Et pour ce qui est des interviews promo en face à face, ça a pu se faire par ce que tout le monde était intéressé pour s’exprimer au sujet de l’album : le timing était parfait. Pour en revenir aux concerts-surprises : les gens n’étaient pas au courant jusqu’à il y a quelques jours de ça, ce qui permet de proposer quelque chose de différent pour garder les gens éveillés (rire) ! Les interviews en face-à-face, c’est toujours mieux que par téléphone, d’autant plus que le fait que nous soyons en Australie complique les choses. Là, nous pouvons tout combiner : c’est parfait

 

Petit flashback sur l’album Ire (2015) qui est votre album qui a rencontré le plus de succès. Avec le recul, quelle est ta perception de la période qui a suivi ?

Géniale. Meilleure que tout ce que nous aurions pu espérer. Cet album a été conçu par l’espoir. Car nous faisions face à une inconnue que nous n’avions jamais appréhendé auparavant. Même au tout début, quand nous avons démarré le groupe, nous savions ce que nous voulions faire donc la tâche était plus simple, en quelque sorte. Il n’y avait aucune forme de pression car nous n’en étions qu’au début. Avec Ire, nous voulions faire quelque chose de nouveau mais comment et quoi ? Au final, nous avons fait cet album et nous en étions très content mais tout s’est déroulé bien au-delà de nos attentes et de nos espérances. Les shows étaient dingues et tout d’un coup, la production qui va avec le devient aussi… C’était fou, mais tellement bon, tellement bon (rire) !

 

Reverence est prêt depuis quelque temps et ne sort que le 4 mai. Quel est ton état d’esprit du moment ? Excitation ? Anxiété?

Tu sais quoi ? Aucun, aucun de ceux-là. Tout simplement parce que la musique pour cet album est venue assez facilement. Ce nouvel album a un ton assez sombre car il est en lien avec beaucoup de trucs personnels et la perspective – ma perspective personnelle vis-à-vis de la valeur de la vie – a changé depuis Ire. Au final, l’album est tel que nous le voulions et je n’ai jamais été aussi content de notre musique qu’aujourd’hui. Si tout le monde est du même avis : c’est génial. Et si tout le monde décrète que c’est de la merde, ça ne me dérange pas : c’est toujours génial. Car je suis heureux, c’est tout : car j’ai fait ce que je voulais faire.

 

L’album s’intitule Reverence. A qui cette révérence est-elle destinée?

A tout, putain. Je veux dire par là qu’elle s’adresse à des trucs massifs mais aussi à des petits détails. Comme des petites choses qui te manquent quand quelqu’un… Il y a plein de morceaux qui traitent de la perte d’êtres chers, qu’il s’agisse du cercle familial ou d’amis. Et dans ces situations, tu te rends compte que des petites choses te manquent à un point que tu n’aurais même pas imaginé. Car tout à coup, ces petites choses deviennent le centre du monde à tes yeux. Si tu ne prends pas le temps de t’arrêter et de prendre du recul sur la vie, pour en observer la beauté et ses détails, tu ne te rends compte de certaines choses qu’une fois qu’elles ont disparu… Dans mon cas, je me suis rendu compte que ces petits détails avaient plus d’importance que je le pensais. C’est la signification du titre…

 

Le materiel promo mentionne qu’il s’agit de album le plus honnête que vous ayez créé. Au risque d’être un peu insolent : vous n’étiez pas si honnêtes par le passé ?

(rire) Non, non ! Disons que l’honnêteté a toujours été de mise mais ce nouvel album est plus brut. Surtout au niveau des paroles, qui sont très, très brutes. Par le passé, les thèmes abordés étaient plus généraux et se référaient à des opinions personnelles avec un recours à des métaphores. Cette fois, il est question de paroles très, très personnelles. Juste des paroles très brutalement honnêtes. Genre : « c’est de moi dont il est question et voici ce que ça signifie. C’est horrible mais il me fallait m’exprimer avec des mots ».

 

Le materiel promo indique également que cet album a été conçu à force de souffrance, de sacrifice et de conviction. C’est plutôt sérieux. J’espère que vous avez quand même éprouvé un peu de fun dans l’histoire.

Oui, oui, ce fut le cas. Le processus a été fun. C’est juste que… Jouer de la musique est toujours fun. C’est une libération fantastique. Nous avons atteint des pics très élevés. Il y a toujours des moments merveilleux quand tu écris un disque mais tu es aussi confronté au décès d’un autre ami ou à l’annonce du cancer d’un autre… J’ai pris du plaisir à écrire cet album. Comme je l’ai dit, c’est la musique que je préfère parmi celle que nous ayons écrite. Je serai toujours un fan des autres gars au sein du groupe en raison de leur habilité à jouer d’un instrument, ce dont je suis incapable. J’adore ce qu’ils font. Le climat autour de la conception de l’album a été à la fois fun et très sérieuse. C’est un équilibre compliqué à obtenir et qui joue beaucoup de tours à ton cerveau.

 

 

L’écriture de ce disque a pris pas mal de temps. Pourquoi ?

Ça fait partie des choses qui… Nous ne sommes pas du genre à nous assoir et nous dire « OK, le mois prochain, nous allons écrire un album ». Nous démarrons quand ça doit démarrer et nous prenons le temps nécessaire pour ce faire. Certains morceaux sont sortis très rapidement après l’enregistrement d’Ire. Quelques mois après sa sortie, nous étions déjà en train de plancher sur des trucs. Puis, il y a eu une pause. Puis, quelques mois plus tard, soudainement, un morceau émerge tous les 2 jours. C’était vraiment agréable à mener. Tu travailles des trucs puis tu ralentis la cadence, etc. Ça prend du temps et ce n’est pas une unique session en mode assis. Nous écrivons un petit peu, puis nous affinons, puis nous polissons, nous polissons… Puis nous prenons du recul, avant d’y revenir et de voir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, avant de polir davantage. La conception des morceaux nous prend beaucoup de temps. Mais c’est comme ça que nous concevons nos albums : il n’y a jamais un paquet de 10 morceaux qui finissent hors de l’album. Nous concevons nos morceaux tels qu’ils doivent l’être et il n’y a pas de morceaux pas suffisamment bons : tout est sur l’album, point barre.

 

Serait-il correct de dire qu’Ire marque la fin d’une ère et Reverence le début d’une nouvelle ?

Ouais. Je pense qu’il s’agit bien d’une sorte de transition. Je le pense, oui. C’est ce que tu as ressenti ? Ire était une forme de recherche. C’est un album qui avait pour but de déterminer qui nous étions et qui nous essayions d’être. Cet album, c’est nous : nous savons maintenant qui nous sommes, et ce que nous proposons est très varié. Nous serons toujours, quoi qu’il arrive un « heavy band », et nous ferons toujours en sorte d’agir comme tel, de faire les choses bien et de nous impliquer à 100% dans cette tâche. Au final, j’ai l’impression que c’est le premier album avec lequel nous avons le sentiment de nous exprimer avec autant de confiance et de conviction.

 

Le choix de “Whising Wells” comme premier single s’apparente à une déclaration, pour illustrer d’autres facettes de la musique de Parkway Drive, avec davantage d’éléments électroniques notamment. C’est ma vision. Est-elle correcte ?

Ouais, c’est clairement le cas. Quand tu as fini un album, tu te poses la question du morceau qui va ouvrir l’album, du premier single et si ce premier morceau peut résumer le son de l’album et indiquer à l’auditeur comment l’album va sonner. Mais ici, aucun morceau ne se ressemble, donc… Donc “Wishing Wells” a démarré l’album. Un morceau heavy mais différent en termes de musique et de vidéo. On s’en fout : nous voilà, soyez prêts ! (rire)

 

Tu n’es pas inquiet que les gens ne vont peut-être pas comprendre la direction dans laquelle vous vous engagez ?

A ce stade de notre histoire, non. Car soit tu fais ce que tu as envie, tu en es heureux et tu conçois quelque-chose qui te tient à cœur ou bien tu fais un truc auquel tu n’as pas d’attachement en gardant l’espoir que les gens s’en satisfassent. Et moi, je sais sur quoi mon choix va se porter. Le truc, c’est que c’est de la musique donc c’est du domaine du personnel. C’est ma personnalité, c’est notre personnalité. Cela fait 15 ans que nous faisons ça et, à ce stade, nous jouons à fond, nous jouons pour nous, il n’y a pas de stade intermédiaire du genre « S’il vous plaît, aimez ce que nous faisons ! Nous savons que vous aimez nos vieux trucs : allez, en voici un peu… » car nous nous ne serions pas crédibles.

 

“The Void” – le deuxième morceau issu de Reverence – est plus typique de ce que vous avez l’habitude de proposer. Ce choix est pour calmer le jeu et prouver que vous disposez toujours d’un certain savoir-faire en matière de d’hymnes ?

C’est plus que… C’est une chanson plus facile, très accrocheuse. C’est probablement le morceau le plus accessible sur le disque en termes d’approche. Mais la dimension accrocheuse de ce morceau est la plus élevée que nous ayons atteinte jusque-là. Mais il y aura toujours quelqu’un qui n’aimera pas, de toute façon. Et ça ne nous dérange pas vraiment ! Tout a tellement pris de l’ampleur depuis la sortie d’Ire jusqu’à aujourd’hui, comme notre public par exemple. Plus les gens écoutent notre musique, plus celle-ci va attirer l’attention. Et pour toute personne qui va apprécier, il y en aura une autre qui ne va pas aimer. Mais c’est OK : il ne s’agit que de musique. Il ne s’agit pas de trop s’inquiéter… Mais « Wishing Wells » a déjà recueilli 1,5 millions de vues. Quand tu y penses, combien de putain personnes il est question : ça fait beaucoup !

 

Avez-vous pour projet de donner une chance live à chacun des morceaux de ce nouvel album ?

Oui. Je pense que nous pourrions le faire mais je ne sais pas si nous le ferons. J’aimerais en tout cas. Tous les morceaux ont été écrits avec une dimension live en tête. En général, nous écrivons notre musique en conditions scéniques, débout sur une scène avec l’idée de son impact en conditions live. Un des enjeux avec cet album était de parvenir à saisir, à travers notre jeu – en gardant en tête la période Ire et ses grandes salles et sets plus longs – à quelle musique les gens réagissent et comment… Car jouer pendant 30 mins dans un club est très différent. De l’adrénaline ! De l’adrénaline ! L’idée était de trouver et de proposer des sentiments différents, des ambiances et des atmosphères variées à incorporer à notre musique et aux morceaux déjà en notre possession. De réfléchir ce qu’un nouveau morceau serait en mesure d’ajouter en cas d’insertion entre 2 morceaux plus anciens. Le sujet était important. Beaucoup de morceaux du nouvel album ont été spécifiquement écrits pour créer un contexte live jamais expérimenté auparavant. Enfin j’espère que c’est le cas (rire) !

 

Beaucoup de groupes apparentés deathcore ou metalcore ont opéré des changements drastiques pour évoluer. Bring me The Horizon, Trivium, Bullet For My Valentine ou Avenged Sevenfold, par exemple. Parlway Drive était arrivé à un stade où sa survie passait par une évolution?

Ça dépend. Ça dépend de la signification que tu veux donner à “survivre ». Quand un nouveau son émerge et qu’il s’accompagne de la popularité de quelques groupes, un million de groupes voient le jour si bien que, soudainement, il y a tellement de groupes que le phénomène devient ennuyeux, tout devient dilué, les gens ont le sentiment d’avoir tout écouté à son propos. Et ces derniers ont besoin d’autre chose. C’est ce qui nous est arrivé avec Ire. Nous avions sorti 4 albums et pensions que nous avions épuisé tout ce que nous pouvions faire avec cette formule. Nous ne pouvions que copier ce que nous avions déjà fait mais en moins bien. Nous nous devions de changer. Pour certains groupes, ce changement est bénéfique, pour d’autres, non. Mais, globalement, sauf cas très surprenant, si un groupe reproduit la même formule pendant 15 ans, il lui sera difficile de continuer à s’échapper par la suite. Nous ne souhaitions pas nous ennuyer et avions la volonté d’écrire quelque chose de neuf. Certaines personnes ne s’ennuient jamais toutefois. Slayer, n’est pas metalcore, ni deathcore mais si tu considères la question: Slayer n’écrit que des morceaux de Slayer – des morceaux super-  et le groupe aura fait ça pendant toute sa carrière. La même chose avec Pennywise, Bad Religion ou AC/DC. Il y a de manière évidente des gens qui aiment que les choses se répètent, ce qui n’est pas notre cas… Quand nous avons monté le groupe, nous voulions écrire quelque chose de différent mais aussi de nouveau, dès le début. Il nous a fallu 10 avant de ressentir de la lassitude, sauf que nous n’avons pas vraiment eu l’occasion de nous ennuyer. Nous verrons si les gens s’y retrouvent. C’est génial de pouvoir faire ce que tu as envie : ça, c’est intéressant.

 

Troisième apparition au Hellfest en 2018 où vous allez clore la journée sur la Mainstage 2. Des souvenirs de vos précédents passages en 2009 et 2013 ?

Aucune pression, à part ça (rire) ! Je me souviens que ça avait été dingue. 2009, c’était notre première fois ? Je me souviens davantage de 2013. C’était fou, quoi : “nous sommes au milieu de l’après-midi et ce qui se passe devant nous est vraiment en train de se passer?”. Le Hellfest est vraiment génial. Je me revois arriver sur place, sachant qu’Air France avait égaré notre matos et que nous avions dû tout emprunter à nos amis de A Day to Remember : « Merci, merci, grâce à vous, nous allons pouvoir jouer ! ». Le site est vraiment… Top ! Qu’il s’agisse des gens ou des infrastructures de classe mondiale. Quand on nous a dit « Hellfest, cette année » nous étions « Nous sommes de retour, ouais ! » (rire). Terminer la journée est malgré tout une sacrée responsabilité ! Mais notre production sera la plus grosse que nous ayons jamais mise en œuvre en France jusque-là… Il faudra juste que nous arrivions à la faire tenir sur la scène !

 

Tu as eu l’occasion de jeter un oeil à la programmation 2018? La voici…

En fait pas vraiment. Voyons voir… Merde!  C’est vraiment la prog’? C’est la plus plus grosse prog’ de toute la saison des festivals : c’est dingue ! C’est vraiment dingue, mec ! Voir notre nom figurer à côté de Limp Bizkit, Marylin Manson, Alice In Chains, A Perfect Circle : c’est un truc de fou ! (rire) Des groupes que j’écoutais au bahut… A l’époque, je me disais que ces groupes étaient les meilleurs de la planète ! Limp Bizkit a été la bande-son de mes années étudiantes. Le simple fait de pouvoir jouer et de voir notre nom au milieu de tous ces groupes est fantastique. C’est vraiment sympa mais c’est dingue !

 

Interview: Wombat.

Un grand merci à Charles (HIM Media).