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MADBALL

4 juin 2018

Madball

Freddy Cricien (chant)

Torhout (Belgique) – Vendredi 26 janvier 2018

 « Je lève mon chapeau aux mecs du Hellfest : vous faites un super boulot. Je dirai ça aussi longtemps qu’ils m’inviteront à y jouer ! »

 

 

Comment se passe la tournée jusqu’à présent, Freddy ?

La tournée (Persistence Tour 2018) se passe super bien, avec plein de shows sold out et de bons publics.

 

Tu as le temps d’écouter un peu de musique pour toi-même sur cette tournée ? Quel est le dernier album que tu as eu le temps d’écouter ?

J’arrive à écouter de la musique de temps en temps. Mais, pour être honnête avec toi, la seule musique que j’écoute vraiment, c’est celle de Madball, étant donné que je suis en pleine écriture. Avant d’entamer cette tournée, nous avons terminé les arrangements de toute la musique et maintenant, je dois m’atteler à l’écriture des paroles. J’ai achevé des textes mais je continue d’en rédiger sur cette tournée. Donc c’est notre musique que j’écoute principalement aujourd’hui pour m’aider dans la tâche. Il m’arrive quand même d’écouter un peu d’autres trucs plus rock et hip-hop backstage, en se préparant avant de monter sur scène. Mais c’est vraiment l’écriture qui m’accapare le plus l’esprit en ce moment dès lors qu’il est question de musique.

 

De la musique qui ne soit pas celle de Madball serait une forme de pollution dans ton esprit?

Disons pas nécessairement de la pollution mais, clairement, je fais en sorte de ne pas écouter de hardcore parce que là, ce serait vraiment de la pollution dans mon esprit ! C’est une période étrange car dès que nous terminons cette tournée, nous entrons direct en studio… Donc j’ai intérêt à être prêt !

 

Serait-il juste d’affirmer que, de nos jours, le cœur du hardcore bat davantage du côté de l’Europe que des Etats-Unis ?

Oui, ce serait juste de dire ça. Ce n’est pas comme si on affirmait que le hardcore était inexistant aux Etats-Unis car ça, ce serait vraiment injuste. Beaucoup de villes américaines brandissent haut la bannière du hardcore. C’est une musique qui reste underground avant tout, où que tu la positionnes. Mais vraiment, son pouls est établi en Europe et ce, depuis un petit bout de temps…

 

Ceci dit, les groupes majeurs restent de nationalité américaine. Comme l’expliques-tu ?

Je ne sais pas… C’est un regard intéressant. Il y a clairement des groupes de grande qualité en Europe. Mais il s’avère que les leaders de la scène viennent d’Amérique, c’est un fait. Ils font office de pionniers et je suppose que les Européens respectent cette antériorité et que c’est une chose à laquelle ils accordent une importance capitale. La scène hardcore est née en Amérique et il y a une certaine logique à ce que des Américains en occupent les premières lignes. Sur cette tournée, il y a quand même des super groupes européens, comme Born From Pain qui est présent depuis 20 ans. Il y a plein de super groupes venus d’Europe, comme Nasty, Broken Teeth… Mais l’antériorité de la scène US continue de fournir à ses groupes un petit plus…

Quel est l’intérêt de continuer à sortir des albums pour un groupe comme Madball ? Y a-t-il encore une forme de challenge ou d’ambition derrière tout ça ?

Absolument. Il faut se placer dans notre perspective : quand nous avons démarré, nous étions très jeunes. Notre état d’esprit, notre style de vie, tout a changé depuis cette époque. Quand tu évolues en tant que personne, ta musique évolue également. Ça ne va pas aller jusqu’à nous faire vouloir changer le style de musique de Madball. Non. Nous avons toujours agité la bannière du hardcore et nous voulons continuer à le faire. Mais tu évolues en tant que compositeur et tu deviens meilleur. Quand nous avons commencé à donner des concerts, nous étions chargés d’angoisse, d’énergie brute. Du coup, la résultante était quelquefois une peu brouillonne et folle. En prenant de l’âge, tu parviens à rester en colère mais tu parviens à mieux ordonner les éléments. C’est le même principe qui s’applique au niveau de l’écriture. Quand je prends du recul sur nos trucs les plus anciens, je me demande parfois si nous savions où nous allions. Aujourd’hui nous savons mieux élaborer les choses qu’à l’époque. Aujourd’hui, nous avons une meilleure idée de ce que nous sommes et de la façon dont notre musique doit sonner. Donc, oui, nous avons hâte de concevoir quelque chose de neuf car nous avons une meilleure maîtrise de ce que nous faisons.

 

Tu seras peut-être en désaccord avec moi mais, de mon point de vue, j’ai l’impression qu’on assiste à un phénomène de « metal-isation » de la scène hardcore en ce moment. Tous les gros groupes semblent rejoindre Nuclear Blast pendant que la fraternité avec la scène hip-hop paraît s’effacer…

C’est plutôt un point de vue juste. Bon, cela ne se vérifie pas avec nous car nous avons toujours eu une forte influence métallique, depuis Set It Off et Droppin’ Many Suckers jusqu’à aujourd’hui. Mais pas de manière trop dominante non plus. Il y a toujours eu une influence hip-hop en nous également car nous avons grandi en écoutant du hip-hop. Nous n’avons jamais pour autant donné dans le rap-rock ou le rap-hardcore pour autant. C’est en nous, tout simplement. Mais ce que je viens de dire se rapporte à Madball. Si je prends la scène actuelle, je me dois de me rallier à ton point de vue car à bien regarder le paysage aujourd’hui en nous mettant de côté avec des groupes comme Terror, Sick Of It All et certains autres… Disons que la nouvelle génération qui émerge est plus metal. Ce que les gens considèrent comme hardcore est devenu… Je vois des groupes qui sont étiquetés « hardcore » qui, selon moins, sont purement metal. Donc, ça peut sembler étrange, en effet. Mais attention, ne te méprends pas : je n’ai aucun problème vis-à-vis du metal. J’adore le public metal et le genre en lui-même : je les trouve cool tous les deux. Je pense que le hardcore et le metal sont très liés. Les fans de metal sont d’ailleurs super avec nous et ils nous traitent avec beaucoup de respect.

 

Il y a environ 2 ans de ça, Terror a effectué une tournée sans Scott Vogel au chant. Est-ce que Madball pourrait le faire un jour sans toi, son frontman ? Ce serait possible ?

Ce n’est pas impossible ! (rire) Je vais te raconter un truc pour parfaitement illustrer ma réponse. J’ai endommagé mes côtes à l’occasion de la deuxième date de cette tournée. Il s’avère que cette tournée est à la fois super mais aussi importante pour nous, avec un super package. Mais je me suis bien esquinté. Je n’ai pas de côtes fracturées mais il s’en est fallu de peu. Par le passé, j’ai dû composer avec pas mal de désagréments sur la route : mains cassées, entorses au niveau des chevilles, inflammation du nerf sciatique… J’ai subi pas mal de trucs jusque-là mais jamais je n’ai eu à faire face à un truc aussi invalidant. C’est quand même au milieu de ton corps, ce sont tes côtes, quoi… Même si ton cerveau veut faire quelque-chose, ton corps ne te laisse pas le faire. J’aurais pu dire « hey, les mecs, je ne suis pas en mesure d’être performant comme je souhaiterais l’être car je ne peux pas représenter le groupe tel que je devrais le représenter… Peut-être que je dois me retirer ? ». Mais je ne l’ai pas fait, même si je pouvais me le permettre économiquement. Ce n’aurait pas été dans mon genre. Bref, je pense qu’il serait très compliqué d’entreprendre une tournée complète sans moi. Mais, bon, comme je l’ai dit : ce n’est jamais impossible ! (rire)

 

Tu es encore jeune mais tu as l’étiquette d’un vétéran. Tes mots comptent pour beaucoup de jeunes fans. Penses-tu que, de par ton statut de modèle, tu as une responsabilité vis-à-vis de ces jeunes ?

Tu sais, je ne me suis jamais vu comme un modèle. Maintenant, vu que je suis dans le métier depuis longtemps, je réalise que mes mots ont un sens pour les gens et, en même temps, il m’est nécessaire de raconter mes histoires de la façon dont je le fais, quelles qu’en soient les conséquences. Aujourd’hui, je suis plus âgé, j’ai des enfants. Donc quand je vois des jeunes venir aux concerts, j’ai conscience que ce que je vais dire pourra toucher certaine personnes. Oui, j’en ai pleinement conscience. Est-ce que ça va m’amener à ne plus être honnête ou à ne plus conter mes récits honnêtement ? Je ne pense pas que ça va me faire arrêter car si je ne suis plus moi-même, je ne suis plus Madball. Et avec Madball, il a toujours été question d’honnêteté et d’authenticité, tu sais. J’y pense régulièrement car je rencontre pas mal de gens qui me disent : « tu représentes beaucoup pour moi ». Je pense que la façon dont je me comporte, mais aussi avec laquelle je m’adresse et interagis avec les gens, est respectable.

 

Avant de parler du Hellfest… Penses-tu que l’Amérique soit devenue « great again » au cours des derniers mois ?

(rire) C’est une bonne façon de poser cette question ! Oh, mec… C’est super, l’économie est florissante, la plus florissante depuis la création du pays, il y a quelques siècles de ça… Hum… Oh, mec… C’est vraiment une façon marrante de poser cette question… Qui n’est pas un patriote et qui n’aime pas le pays dans lequel il a vu le jour ? Tu es Français, hein ? Et toi aussi, bien évidemment, tu adore ton pays : tu y es né, tu as des super souvenirs là-bas, c’est l’endroit où tu te sens bien. Bref, c’est ton pays. Chacun de nous est un patriote. Enfin, la plupart des gens le sont. Mais la situation politique de notre pays… Je n’ai pas de mots ! C’est dingue ! J’essaie de comprendre qui a pu voter pour ce mec et qui ne s’est pas interposé pour l’empêcher de devenir président ! C’est vraiment déroutant ! Je suis confus ! Bien-sûr, il s’agit peut-être d’un bon businessman, qui maîtrise le secteur immobilier ou quelque chose comme ça mais… C’est fou, tu sais ! Notre monde et sa situation politique sont vraiment bizarres. Partout dans le monde! L’argent et la cupidité sont présents dans beaucoup de secteurs malheureusement…

 

2018 va marquer la 5ème participation de Madball au Hellfest ? C’est plutôt bien, non ?

Nous parlions justement du Hellfest entre nous l’autre jour. Et je dois dire – pas parce que nous faisons cette interview – que nous en avons conclu que le Hellfest était peut-être devenu le meilleur festival européen. Il est là, tout en haut de la liste des festivals de heavy music et des festivals, tout court. Quand nous avons joué là-bas pour la première fois, c’était dans une salle un peu comme celle d’aujourd’hui (De Mast à Torhout, en Belgique). Ça ne s’appelait même pas le Hellfest, d’ailleurs, hein ?!

 

En effet, c’était le fury Fest, à l’époque.

C’est ça : le Fury Fest ! L’échelle était plus petite. Nous y avons toujours eu un bon contact avec les gens. C’est un peu comme avec le Resurrection Fest, en Espagne : nous avons commencé à y jouer quand il n’y avait rien et nous avons maintenu une bonne connexion avec les gens depuis. Le festival a bien grandi depuis mais nous sommes arrivés à maintenir cette relation. Et c’est pareil avec le Hellfest. Il s’agit d’un des festivals avec lesquels nous avons opéré une connexion très tôt et où, à chacun de nos passages, elle est devenue encore meilleure que lors du précédent. Je crois que notre dernière venue remonte à 2015 et ça avait été génial ! Il y avait énormément de monde pour nous voir et le cadre était superbe. Le travail accompli par le festival est vraiment très bon. A tous les niveaux : du catering aux scènes, en passant par le choix des groupes programmés… Je dois dire : « je lève mon chapeau aux mecs du Hellfest : vous faites un super boulot ». Je dirai ça aussi longtemps qu’ils m’inviteront à y jouer (rire) !

 

Quelques mots concernant les groupes qui vont partager les planches de la Warzone avec Madball en ce samedi 23 juin?

Get The Shot: j’ai beaucoup entendu parler de ces gars, ces derniers temps. Je ne les connais pas personnellement mais ils font pas mal de bruit en Amérique en ce moment. Modern Life Is War : ça fait un bail qu’ils existent et c’est cool qu’ils refassent des concerts. Respect ! Turnstile, ce sont les petits nouveaux. Leur énergie… C’est de l’énergie positive, des bons morceaux et catchy en plus. Terror, c’est du hardcore conçu de la bonne façon. Du hardcore moderne bien conçu. Cro-Mags : Mackie (Jayson) et John (Joseph) … Ce sont mes potes ! Classique ! Madball? Je pense que notre album va sortir aux alentours des dates du Hellfest! Hatebreed : mec, ils ont créé une espèce à part ! Incendiary : ils viennent de Long Island, c’est un super groupe! Je les ai vus à leurs débuts. Nous les avons embarqués pour des concerts, des tournées, sur l’affiche du Black & Blue. Je n’ai que du bien à te dire de ces gars-là. Ils représentent la jeune génération de la scène hardcore new-yorkaise avec des groupes comme Backtrack et quelques autres. Nous avons besoin de la jeunesse tout comme nous avons besoin des mecs plus vieux. Nous avons besoin des deux ! Sans les vieux ? Tu peux oublier ! (rire)

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Valérie (JMT Consulting pour Nuclear Blast) et Rob (tour manager)