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JUDAS PRIEST

26 mars 2018

Judas Priest

Richie Faulkner (guitare)

Phoner – Lundi 15 janvier 2018

“ Quand tu vas au Hellfest, tu fréquentes un nouveau monde, tu vis une expérience différente.”

 

 

Comment vas-tu, Richie ?

Je vais bien! Et toi, tu vas bien ?

 

Super – ma journée commence juste ! Tu es bien avancé dans ta vague de phoners ?

Tu es mon troisième interlocuteur depuis ce matin donc ce n’est pas trop mal!

 

La première de mes questions est assez simple. C’est ton deuxième album avec Judas Priest : quel en a été ton impact sur l’écriture de celui-ci ?

C’est un prolongement de ce sentiment participatif que j’ai éprouvé lorsque j’ai intégré le groupe. Lors de mon arrivée, il était évident que les gars ne voulaient ni un musicien de session, ni un mercenaire, mais bel et bien un nouveau membre à part entière. De la même manière qu’ils donnent 1000% d’eux-mêmes, ils attendaient que je me donne à 1000%. En tournée, tu développes des liens et de la confiance. Et on le ressent dans le premier album que nous avons enregistré ensemble, Redeemer Of Souls. Notre relation s’est encore étoffée depuis et nous sommes plus proches les uns des autres. C’est la poursuite de cette approche participative, couplée avec de l’amour, de la connaissance et du respect. Tu peux ainsi t’engager avec davantage d’idées et, à l’écoute, tu comprends d’une s’agit du deuxième album. C’est une extension, une progression, par rapport à Redeemer Of Souls. A l’écoute, il s’en dégage une super énergie

 

A quel point penses-tu avoir eu de l’influence sur le son du groupe ?

Honnêtement, je ne pense pas que ça soit vraiment le cas. Nous parlons là de 4 mecs qui font partie du groupe depuis au moins 30 ans. Et puis, Priest est actif depuis plus de 40 ans. Je ne pense pas pouvoir tellement modifier les caractéristiques principales du groupe. J’ai grandi musicalement au son de sa musique mais aussi d’un point de vue stylistique en tant que guitariste : le groupe fait partie de mon éducation. Je ne vais pas changer le son du groupe et si c’est le cas, je ne m’en rends pas compte. C’est un truc difficile à appréhender quand tu es autant impliqué. J’ai simplement l’impression que ça sonne comme du Judas Priest 2018. Le nouvel album est moderne et dégage l’énergie d’un disque moderne. C’est également vrai en termes de paroles et de composition globale. Mon rôle est de contribuer à 1/5ème du travail : nous sommes 5 dans le groupe et nous contribuons tous à en façonner le son. Les gars font ça depuis 45 ans donc je doute que j’ai fait changer leur son !

 

Qu’est-ce qui fait qu’un disque est moderne selon toi ?

Le son de celui-ci. C’est un truc nébuleux, en fait. Quand quelqu’un dit qu’un album est “classique” ou que son son est “classique”, ça peut signifier beaucoup de choses différentes. Et c’est la même chose avec “moderne”. A mes yeux, il y a des éléments comme le son de la batterie et du chant qui permettent d’apporter de la modernité. Il y a quelques décennies de ça, les vocaux étaient souvent noyés dans la réverb’. Genre dans les années 70 et 80, les vocaux sonnaient plus secs. Il y a eu une évolution dans le temps. C’est la production du disque qui est le facteur le plus déterminant. C’est une bonne question, en fait. La réponse peut s’avérer très différente en fonctions des gens. Dans le contexte de la musique de Judas Priest, l’album ne sonne pas comme un album paru dans les années 70 mais comme un album contemporain car nous essayons d’innover.

 

En parlant de ça, justement : en préparant cette interview, j’ai échangé avec des acteurs de la scène londonienne et j’ai notamment abordé le sujet de ton ancien groupe de reprises, Metalworks. Qu’est-ce ça fait d’intégrer un groupe dont tu as joué des reprises par le passé ?

(rire) Nous assurions les reprises de pas mal de groupes, comme Priest, Sabbath, Maiden et Deep Purple. Susciter de l’intérêt de la part de n’importe lequel de ces groupes aurait déjà été fantastique. Tu ne peux pas jouer dans un groupe de reprises rock et metal sans adorer les groupes en question. Tu aspires juste à être bon car ces hommes sont des dieux qui t’ont inspiré et qui t’ont amené à apprendre à jouer d’un instrument. Jamais tu n’imagines qu’une telle opportunité va se présenter à l’occasion d’un coup de fil. Et, si jamais l’occasion se présente malgré tout, tu perçois vraiment l’importante de la chose. Tu mesures à quel point c’est du sérieux et qu’il ne faut pas prendre les choses à la légère. Tu ne peux pas juste te pointer comme ça. Il faut que tu te donnes à fond, sinon, ça ne fonctionnera pas. J’avais conscience de tout ça quand j’ai commencé à jouer avec Priest et c’est toujours le cas. Si je rentre à Londres le temps d’un week-end, je trouve toujours le temps pour jouer quelques morceaux! En tant que fan, je sais ce que ce groupe représente et je sais également ce qu’il représente pour les fans dans le monde entier.

 

Te sens-tu encore connecté à la scène de Londres quand tu es sur place ?

Je ne peux pas vraiment affirmer que c’est le cas. Je passe beaucoup de temps loin du Royaume-Uni à cause des tournées. A chaque fois que je reviens, quelque-chose a changé. Londres dispose d’une énergie sans cesse renouvelée. Il y a un courant sous-jacent là-bas, une forme d’adversité. Les gens se battent pour que les voix soient entendues. Sur place, c’est un challenge créatif continu, qu’il soit question de mode, de musique, de vibrations, ça ne s’arrête pas. Dès que tu es sur place, tu ressens ce besoin d’expression. Dès lors qu’il est question d’Art, Londres est, et a toujours été, au premier plan. Je passe tellement de temps loin de Londres que j’ai du mal à m’y sentir autant connecté mais une fois que j’y suis, je me sens à la maison. J’y ai grandi et vécu des années donc il y a toujours une impression familière que je ressens quand je suis sur place.

 

Tu as, par le passé joué, avec Lauren Harris, le fille de Steve (Iron Maiden). Comment est-ce arrivé ?

C’est une histoire un peu longue. J’ai habité à Stockholm pendant mon adolescence et, un soir, je suis allé voir un concert d’Iron Maiden, avec pour première partie un groupe qui s’appelait Dirty Deeds. Quelques années plus tard, j’étais en train de jouer des reprises dans un bar de Camden quand ces mêmes mecs ont rappliqué. Ils étaient signés sur un label et, une chose en amenant une autre, j’ai rejoint leurs rangs et ai enregistré avec eux avec Steve Harris en charge de la production. Steve m’a par la suite demandé si j’étais OK pour être musicien de session pour le groupe pop-rock de sa fille. “Bien entendu, Mister Harris”! Au début, il était juste question pour moi de jouer de la musique, peinard dans des bars et des clubs… Et puis tout d’un coup, tu es sur scène en première partie de Maiden et tu as tous les décors de la tournée Powerslave dans ton dos! Ça n’arrive pas du jour au lendemain mais avec les liens que tu tisses, les contacts que tu te créés, les opportunités qui se présentent et l’alignement des planètes, ces choses peuvent arriver.

 

Quel impact ont-eu pour toi ces années d’adolescence vécues à Stockholm ?

Je ne pense pas qu’elles ont rendu ma vie différente. Bien évidemment, cette expérience m’a permis d’apprendre une autre langue mais je pense que j’aurais vécu la même vie si j’avais vécu à Londres à l’époque, en jouant dans des groupes, en écrivant des chansons, etc. J’ai vécu à Stockholm pendant 4 ans où j’ai rencontré des mecs avec lesquels j’ai joué des concerts. Je ne sais pas si ça m’a vraiment changé. Je suppose que ça m’a donné une autre ouverture sur le monde et m’a permis de mieux me rompre à ses usages. Et c’est un superbe pays également !

 

Quand on est parti du bas de l’échelle, qu’est-ce que ça fait aujourd’hui de faire partie d’un groupe qui est tête d’affiche du Hellfest ?

Là aussi, tout n’arrive pas en une nuit. Ce n’est pas comme jouer devant 5 personnes un jour puis 50.000 le lendemain. C’est une progression : tu fais des erreurs en chemin, tu chutes et tu te relèves. C’est le même principe, quoi que tu fasses. Ce qui est intéressant et fondamental, c’est que quand je suis avec les gars, mon état d’esprit est le même que celui qui m’animait quand j’avais 15 ans. Et c’est aussi cet état d’esprit identique qui m’anime quand je suis en train d’élaborer des idées excitantes : c’est la même chose. Cela fait 40 ans que Priest est dans le business mais là, l’état d’esprit du groupe n’a pas varié. C’est cool qu’aucun changement ne soit observé à ce niveau. Tout autour, en revanche, il y a des changements : l’industrie, le contexte… Mais l’esprit de création ne change pas pour des groupes comme Priest.

 

Qu’est-ce qui t’as amené vers la musique ?

J’y réfléchi souvent. Un besoin de créer, d’écrire de la musique et des mélodies. Je ne sais pas d’où il vient. Je sais que sans ça, il manquerait quelque chose, même si je ne peux pas en identifier la raison. C’est quelque chose de fantastique. Si je ne faisais pas de musique au sein de Priest, je ferais quand même de la musique : à un niveau inférieur avec des potes. Je pense que ce serait le même constat pour quelqu’un comme Zakk Wylde, par exemple. C’est en toi et tu ne peux pas l’empêcher.

 

Tu t’es produit dans le cadre du Hellfest par le passé. Comment l’as-tu vécu ?

J’ai déjà eu une conversation sur le sujet. Le Hellfest sort vraiment du lot. Je ne dis pas ça sans raison. La dernière fois que nous avons joué là-bas, une fois en tenue et que le rideau est tombé, nous avons fait face à un autre monde, un monde comparable à celui de Mad Max. Les structures crachaient du feu et tout. Il y a un sentiment immersif, comme si nous nous trouvions sur une autre planète. C’est un truc génial. Les gens vont dans les festivals et épargnent au préalable pour ce faire. Quand tu vas au Hellfest, c’est différent et ça va au-delà : tu fréquentes un nouveau monde, tu vis une expérience différente. Moi, je n’ai fait qu’y jouer mais j’imagine que vivre l’expérience dans son intégralité, ça doit être quelque chose car c’est un monde à part.

 

Quand tu as rejoint Judas Priest, il était assez excitant de se dire que quelqu’un comme toi pouvait rejoindre le groupe de cette façon. Beaucoup de personnes ont été inspirées par ton destin. Comment évalues-tu cet évènement à l’échelle de l’histoire du rock ?

C’est une super question et je te remercie de l’avoir posée. Quand tu te trouves devant une telle opportunité, tu n’imagines pas forcément l’impact qu’elle va avoir sur d’autres personnes. Les choses peuvent arriver si tu saisis ta chance. J’avoue que je n’ai jamais trop regardé la chose sous cet angle. Tu fais des erreurs, tu apprends de ces dernières, tu t’en relèves et tu essaies encore. L’industrie musicale est un monstre en constante mutation. Il faut être patient pour essayer et apprendre des choses. C’est excitant et décourageant à la fois. Nous aimons cet aspect des choses. Je pense qu’au sein de Priest, chacun se projette vers le futur, plutôt que d’analyser le présent. Nous verrons bien ce que le futur nous réserve.

 

 

Interview : Matt Bacon.

Un grand merci à Olivier Garnier (Replica).