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Interview HIRAX

18 janvier 2018

Katon D.Pena (chant) – Dimanche 17 juin 2017

« Ce qui compte, c’est ce que tu as dans la tête, pas sur ta tête. Nous croyons à ça »-  Katon D.Pena

 

Alors, comment ça va ?

Bien ! 12 jours d’affilée ! Nous avons commencé en Belgique puis nous sommes allés en Allemagne, en France, en Italie, aux Pays-Bas… Là, nous revenons de l’autre bout de la France: il nous a fallu rouler 10 heures. Pas beaucoup de sommeil mais c’était vraiment génial de terminer avec ce concert ! Terminer par le Hellfest est fantastique ! Le public dégageait une super énergie. Les mecs étaient bons dès le début et ils n’ont eu de cesse de s’améliorer. Nous devions jouer l’année dernière mais ça n’avait finalement pas pu se faire donc c’est cool d’avoir pu réussir cette année.

 

Pourquoi continuer à ce niveau underground depuis plus de 30 ans ?

Parce que nous avons une base qui se régénère. Je n’aime pas trop tourner car c’est tellement dur. Ce n’est pas que je sois claustrophobe mais je n’aime pas trop être coincé dans un avion pendant 11 heures. Tu ne tiens plus en place et tu aspires justes à te barrer. Je ne suis pas friand des voyages et des avions, ni d’être enfermé. Mais jouer live et parler aux fans me poussent à continuer. Nous nous en sortons. Nos albums et le nombre de concerts donnés chaque année nous permettent de subsister. La raison pour laquelle je continue, c’est les fans. Rien que sur cette tournée, j’ai rencontré plein de fans qui nous ont raconté qu’ils nous ont déjà vus 4-5 fois à travers le monde. Beaucoup de fans sud-américains sont venus nous voir en Europe. Nous avons des fans très loyaux, c’est pour ça que je continue.

 

Ça fait un bail que vous n’avez pas entrepris une tournée nord-américaine…

Nous allons effectuer quelques dates mais c’est clair que ça fait un moment. Nous allons le faire car c’est en Amérique du Sud que nous sommes un gros groupe. C’est notre deuxième maison.

 

Comment expliques-tu ce succès là-bas ?

Nous entretenons un vrai lien avec nos fans. Nous aimons bien nous balader et boire des bières avec eux. Nous entretenons un lien personnel et l’Amérique du Sud apprécie ça. Dès que nous atterrissons, les fans nous attendent à l’aéroport avec des packs de bières. Nous les buvons avec eux, et tout. Beaucoup de groupes ne le font pas et je comprends également qu’ils ne le fassent pas car ce n’est pas facile. Nos fans font en sorte de ramener leurs potes à nos concerts Comment ne pas prendre soin de tes fans quand tu entretiens un tel lien avec eux ?

 

Qu’est-ce qui les interpelle autant au sujet de la musique d’Hirax ?

Nous n’entrons pas dans les sujets politiques mais nous disons ce que nous avons à dire. Nos paroles sont directes, qu’il s’agisse de faire la fête, de décrire ce qui se passe dans le monde ou d’autre chose. Nous ne sommes pas un groupe politique, nous sommes un groupe du peuple. Nos paroles leur parlent. Et puis, nous avons aussi écrit des trucs en espagnol, ce qui peut aussi aider.

 

Tu es une sorte de touche à tout…

Ouais! Nous avons grandi en écoutant toutes les formes de heavy metal. Du death metal, du grindcore, du punk, tout. Bien sûr, nous avons des racines punk liées au crossover et des groupes comme DRI ou les Italiens de Raw Power. Et aux groupes de New York de notre génération, comme Nuclear Assault, SOD, etc. Nous attirons les punks, les metalleux, les grindcoreux… Nous avons été parmi les premiers à faire du blast beat. Napalm Death a même repris certains de nos morceaux, nous aidant ainsi à mieux faire connaître notre musique. Nous nous foutons que tu sois un black metalleux ou un death metalleux : nous rassemblons les gens. Et nous utilisons également nos racines punk pour y parvenir.

 

C’est vrai que votre musique a un côté fédérateur…

Exactement ! Tu regardes dans le public et tu vois aussi bien des amateurs de black metal que des punkettes en peau de léopard avec une crête. Ce qui compte, c’est ce que tu as dans la tête, pas sur ta tête. Nous croyons à ça ! Nous avons la même attitude que des groupes comme Minor Threat ou Bad Brains.

 

J’ai écrit une chronique concernant le dernier album et tu m’as interpellé sur Facebook. Et tu as fait exactement la même avec un autre journaliste, un bon pote à moi. Cette approche directe m’a saisi. A quel point penses-tu que cette proximité explique également le succès d’Hirax ?

Quand nous avons débuté, c’était l’époque de la correspondance et du tape-trading. D’une certaine façon, nous poursuivons cette pratique avec Internet et nous maintenons ainsi le contact. Nous joignons ainsi des flyers dès lors que nous envoyons des paquets. Je ne connais aucun autre moyen de faire. Ça fonctionne pour nous mais pas pour tous les groupes. Certains essaient d’éviter les fans mais nous, nous ne pouvons pas le faire.

 

Tu es une icône avec laquelle il est possible de boire une bière… C’est un objectif depuis le début ?

Oui, putain ! Je ne savais pas si j’allais devenir connu mais les groupes aux sons desquels j’ai grandi étaient comme ça ! Prends AC/DC : Bon Scott buvait des bières avec les fans. Je veux parler musique avec les fans. Je suis un nerd dès lors qu’il est question de musique donc nous pouvons parler de groupes dingues dont les gens n’ont jamais entendu parler dans plein de pays. Je ne m’intéresse pas qu’aux groupes qui chantent en anglais. J’aime les groupes qui chantent dans d’autres langues, comme Loudness ou Trust. Pour moi, la langue n’a que peu d’importance tant que la musique est bonne. J’aime les cultures différentes : c’est aussi pour ça que nous nous rendons en Amérique du Sud : nous apprenons au contact des Sud-Américains et eux apprennent à notre contact en retour. C’est comme ça que tu apprends : en échangeant. C’est notre truc, ça l’a toujours été d’ailleurs.

 

Dans un monde riche en échos, penses-tu qu’Hirax est plus important qu’il ne l’a jamais été ?

Je pense que c’est ce qui se passe aujourd’hui ! Sur cette tournée, même les shows en semaine se sont super bien passés. Nous avons pu observer aussi bien des jeunes que des vieux metalleux qui venaient assister aux concerts avec leurs enfants. Les gens savent qu’ils peuvent venir nous parler. Ils sont super contents de pouvoir le faire et ça ne nous dérange pas de nous exécuter !

 

Si tu jettes un regard sur tous les groupes qui ont débuté comme Hirax dans les années 80, comme Slayer, Metallica ou d’autres… Comment te situes-tu ?

Nous sommes différents. Je suis content pour les groupes qui sont devenus importants mais je suis tout autant content même si nous n’avons pas rencontré davantage de succès. Nous avons commencé à jouer dans un garage et parvenir à jouer dans un festival comme le Hellfest est un pas monumental. Parvenir à faire ce que nous faisons aujourd’hui me rend heureux et c’est pour cette raison que nous continuons à le faire. Si les gens trouvent ça cool, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, ça ne me dérange pas pour autant. Alors que d’autres pourraient être frustrés, moi je me satisfais que des gens continuent d’apprécier notre musique. Notre prochain album sera toujours en relation avec nos racines Je trouve que sortir un album qui fasse abstraction de tes racines, ça craint. Nos racines, c’est l’underground et nous avons gardons ça en tête. Ceci explique que nos concerts en Italie ont été particulièrement délirants. Il y avait des kids qui pétaient les plombs avec les yeux écarquillés. Quand tu arrives à créer de tels sentiments, autant ne pas changer et donc continuer à faire les choses telles que tu en as l’habitude. Certains groupes changent ou s’orientent vers le groove metal mais nous, ce n’est pas notre truc. Nous sommes un vieux groupe de thrash metal : nous connaissons notre crédo. Le marketing n’est pas notre truc. Nous n’écoutons pas les labels : nous faisons ce que nous voulons et nous en avons la complète responsabilité. Et puis nous collaborons aussi avec des labels indépendants également. Nous ne voulons pas oublier d’où nous venons et qui nous sommes. Ce qui arrive à Slayer et Exodus est cool mais Hirax, c’est Hirax. Nous n’avons jamais fait de reprise, nous avons toujours écrit notre musique.

 

Qu’aimes-tu tant concernant la musique ?

J’aime ce qu’elle fait ressentir aux gens. Si quelqu’un est préoccupé et que tu lui joues un groupe qu’il aime, tu le verras se sentir mieux ! C’est ce que nous aimons à ce propos. Nous rencontrons des gamins qui nous disent à quel point un morceau a de l’importance pour eux. Si je peux procurer de l’émotion, c’est juste parfait pour moi !

 

 

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