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HATEBREED

16 avril 2018

Hatebreed

Jamey Jasta (chant)

Torhout (Belgique) – Vendredi 26 janvier 2018

« Le Hellfest sera l’occasion de présenter une sorte de show célébrant le 20ème anniversaire du premier album »

 

Comment se passe cette tournée (Persistence Tour 2018) jusqu’à présent ?

Cette tournée se passe très bien. Aucune raison de se plaindre. Tous les groupes reçoivent un bon accueil. Le public est très bon également, très énergique. Nous effectuons un set très différent de celui que nous avons proposé préalablement aux States. Et au final, le résultat est très positif. Il nous reste encore 3 concerts puis nous reviendrons en Europe en juin.

 

The Concrete Confessional (2016) appartient déjà au passé dans to esprit ou vous continuez à défendre ses couleurs ?

La setlist que nous jouons actuellement est axée sur la nostalgie mais hier soir, nous avons quand même joué 2 nouveaux morceaux (issus de The Concrete Confessional). Et il y en aura probablement un ce soir. Mais quand nous reviendrons en juin, il y en aura sans doute trois. Le public veut entendre davantage de nouveaux morceaux. Genre, sur cette tournée qui est orientée « nostalgie », nous axons les morceaux sur les deux premiers albums qui contiennent des morceaux que nous ne jouons jamais et il y a les gens qui hurlent pour nous réclamer des morceaux récents. Nous aimons varier les plaisirs. Quand nous allons revenir à l’occasion du Hellfest, ce sera l’occasion de présenter une sorte de show célébrant le 20ème anniversaire du premier album, d’autant plus que nous allons jouer sur une scène plus petite. Du coup, nous souhaitons proposer un concert qui soit plus orienté hardcore.

 

La salle est pleine ce soir, comme pour la plupart des dates de cette tournée. Penses-tu qu’actuellement le cœur de la musique hardcore bat davantage en Europe qu’aux States ?

Je dirais qu’il bat dans quelques grosses villes américaines comme Philadelphie, New York, Detroit, Los Angeles, Austin et Chicago et principalement dans toutes les villes européennes. En Amérique, il y a un phénomène d’éloignement. En Europe, même dans une ville plus petite, tu peux trouver une petite scène de 400 gamins qui sont prêts à aller voir tous les concerts alors qu’aux Etats-Unis, le territoire est tellement vaste que tu peux un jour jouer à Minneapolis puis devoir rouler 18 heures pour rejoindre Denver sans qu’il n’y ait en chemin d’endroits pour se produire. Il y en a quand même et nous allons notamment effectuer des dates dans des endroits plus reculés en mars, dans le Nebraska notamment. D’une manière générale, en ce qui concerne la musique heavy, il y a tellement de villes européennes qui ont de vraies racines en la matière, comme en Scandinavie ou au Royaume-Uni, par exemple…

 

Les 3 headliners de ce soir (Hatebreed, Madball, Terror) sont désormais signés chez Nuclear Blast. Assiste-t-on à un phénomène de « métal-isation » de la scène hardcore ?

Non. Je veux dire par là qu’il y a toujours des groupes qui mènent leur barque, comme Trash Talk aux States : ils ont leur propre label via ce gars issu du monde du hip-hop (Tyler, the Creator), Odd Future Records, et ils sont malgré tout considérés comme un groupe de hardcore. Et plein d’autres groupes affiliés punk hardcore disposent également de leur propre label. Il y a notamment toute la scène No Sleep Records. On trouve différentes factions, différents sous-genres…Au niveau de Nuclear Blast, ce sont davantage des groupes de « metallic hardcore ». Mais on y trouve aussi des groupes punk comme The Exploited ou Discharge… Le label a vraiment un catalogue très vaste aujourd’hui. A notre niveau, nous essayons de jouer avec tout le monde : nous pouvons jouer avec Trash Talk, Terror, Accept ou Judas Priest. Au Full Force, nous jouons juste sous Judas Priest et quand ce dernier est venu jouer dans notre ville, il nous a demandé d’ouvrir pour lui. Il y a moins de différences que les gens peuvent imaginer entre le hardcore et le  metal.

 

Le lien étroit, la fraternité entre le hardcore et le hip-hop ne s’est-il pas atténué avec le temps ?

Je dirais que des groupes brandissent toujours la bannière du mélange des sons. Si tu regardes Prophets Of rage : ça se passe bien pour eux aux States et ils bénéficient de beaucoup de couverture radio. Nous avons eu l’occasion de jouer avec eux en Amérique du Sud. Ils apportent une forme de rock plus mainstream avec du rap et ceux qui apprécient ce son pourront être attirés par Powerflo, un groupe formé par des membres de Biohazard et Cypress Hill. Ou par Stray From The Path, qui est davantage influencé par Rage Against The Machine. Ou par Attila, qui est plus orienté metalcore mais qui incorpore aussi des éléments rap, death metal ou électro. Tout dépend de quel sous-genre dont tu parles car il en existe tellement aujourd’hui : il y en a des centaines et des centaines qui incorporent des styles différents.

 

Malgré ton jeune âge, tu es considéré comme un vétéran par beaucoup. Tes paroles comptent et tu peux faire figure de « role model ». Avoir la responsabilité de devoir utiliser les bons mots pour t’exprimer ne peut-il pas devenir un fardeau ?

Tu sais, je ne me souviens plus qui a dit ça… Je pense que c’est Paul Mc Cartney… Il a dit un truc comme : « un bon parolier arrivera à trouver la façon de dire la même chose de cent façons différentes ». C’est ce que j’essaie quelquefois de faire mais tout ça doit se produire naturellement. Si les gens connaissent par cœur les paroles, prennent le temps de les lire, se les font tatouer et qu’elles font partie de leur vie, alors c’est un honneur pour moi. C’est une forme d’éloge de la part des fans, d’autant plus qu’il y a un choix de musique très important pour chacun et qu’il existe plein de groupes qui sont comme Hatebreed. Nous sommes vraiment honorés que des gens soient toujours intéressés par le groupe, lisent nos textes, achètent nos vinyles et viennent nous voir sur nos tournées.

 

Est-ce que tu penses que l’Amérique est redevenue « great again » durant ces 12 derniers mois ?

Quand je regarde les infos… J’essaie de consulter les infos sur un peu toutes les chaines et j’ai l’impression que la situation a polarisé les gens d’une façon qui les a tirés vers le fond et qui les amène maintenant à chercher un socle commun. Sinon, quelle réponse est à donner ? La réponse serait une guerre civile, ce qui ne serait pas une bonne idée et ça n’arrivera pas. Ce qui a démarré comme une énorme division est en train de bizarrement se transformer en une sorte de réunion de la population. Je pense que nous avons dépassé cette phase de dispute intense et que les gens commencent à prendre du recul et à finalement identifier un socle commun. Je pense qu’un mauvais leader peut bizarrement rassembler les gens. Vraiment, ce qui se passe actuellement, c’ est… Quand j’étais plus jeune, je me disais : « OK, ces mecs vont gouverner le pays pendant 8 ans puis ce sera au tour d’autres mecs de le faire à leur tour pendant 8 ans ». Et au final, il n’y avait pas de différences notables. Les seules différences étaient d’ordre fiscal. Aujourd’hui, l’état des routes est toujours déplorable, les cantines des écoles continuent de servir de la merde aux enfants, il n’y a aucun enseignement musical. Un groupe comme le nôtre ne bénéficie d’aucun support pour passer à la radio, personne ne contribue au financement de notre tour bus. En tant que musiciens, nous vivons dans un monde isolé. Nous quittons notre pays pour tourner dans des pays où tout le monde déteste le nôtre, ça nous l’avons bien compris. Nous avons déjà dû faire face à cette situation à l’époque de Bush. Et pour être franc, j’ai même l’impression que c’était pire du temps de Bush. Au final, nous avons de la chance que notre statut de musicien nous mette un peu à l’écart : nous pouvons continuer à créer des trucs, voyager à travers le monde et avoir une vision des choses différente de quelqu’un qui n’aura jamais quitté sa bourgade au milieu des Etats-Unis. Pour ce qui est de ceux qui ont bénéficié de grosses réductions fiscales ou qui pensent que leur parti a gagné les élections, je suis sûr qu’ils se sentent bien. Moi, je n’en fais pas partie. Je ne souscris pas, de toute façon, à ce système binaire de pensée. Ce système bipartite est insensé, si tu y réfléchis bien. Il est vraiment insensé de placer un tel pouvoir entre les mains d’un individu.

 

Cette année va marquer la 6ème participation d’Hatebreed au Hellfest. Qu’est-ce que ça fait d’y être invité à jouer, grosso-modo, tous les deux ans ?

C’est super. C’est toujours un super concert et nous avons hâte de revenir. C’est également cool que nous ayons l’occasion de nous produire sur une scène différente et de nous focaliser sur une thématique davantage orientée « nostalgie » à cette occasion. Ce sera la dernière fois que nous jouerons l’intégralité du premier album. Si nous continuons à regarder vers l’avant, nous ne devons pas oublier que cet album a une place particulière dans le cœur de beaucoup de monde. A mon niveau, il me parait vieux, fatigué et je regarde vers l’avenir. Mais il serait égoïste de ne pas donner aux fans ce dont ils ont envie. Jouer le premier album sur la scène hardcore au milieu de tous ces groupes devait donc être plutôt sympa.

 

A l’occasion de la première venue du groupe au Hellfest, en 2007, c’est « I’ll Wait » de Van Halen qui avait été utilisé en guise d’intro. Je ne pense pas que cette intro ait été utilisée depuis. Pourquoi ne plus la jouer ?

Je pense que nous ne l’avons utilisée que pour cette tournée… Je voulais aussi jouer “Yankee Rose” du premier album de David Lee Roth mais… Bon, les fans aiment vraiment “Bad Boys” donc ça reste notre intro depuis un bail… Nous avons aussi eu recours à “Kill Bill” à plusieurs reprises mais “Bad Boys” semble vraiment rallier les suffrages donc nous nous la jouons systématiquement actuellement car c’est celle que tout le monde veut entendre. Mais qui sait ? Peut-être que nous changerons d’intro à l’occasion du Hellfest ? (rire)

 

Un petit commentaire concernant les groupes qui occuperont la Warzone le samedi 23 juin prochain ?

Madball et Terror sont 2 des meilleurs groupes de hardcore, selon moi. Cro Mags : Age Of Carrel est un classique et le groupe a pour habitude d’en jouer l’intégralité à chaque concert, ce qui fait que c’est toujours fun de voir Cro-Mags. Turnstile fait partie des meilleures groupes de la nouvelle vague. Leur son est cool et différent de tout ce qui se fait. Knocked Loose est un super groupe de scène. A l’occasion du dernier Warped Tour, la réaction du public avait été fantastique. Le public du Hellfest va adorer Knocked Loose.

 

Pour en finir, je te laisse terminer cette phrase pour moi : “Je n’ai jamais raconté cette histoire et ne devrais sans doute pas le faire mais…”

Je pose cette question chaque semaine dans mon podcast ! Et ça me cause des ennuis. Je dois donc changer le nom des personnes concernées mais les auditeurs posent des questions : « Parles-tu d’untel ? ». Et je dois forcément nier. Tout le monde  a envie de m’entendre prononcer cette phrase : écoute mon podcast chaque semaine. Des fois, nous devons même couper cette partie. En revanche, aucun problème s’il s’agit de Dino (Cazares) de Fear Factory. Lui, il dira plutôt : “Raconte! Je m’en tape!”, donc (rire)…

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Valérie (JMT Consulting pour Nuclear Blast) et Marcus (tour manager)