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GRAVE PLEASURES

26 février 2018

gravepleasures

Mathew McNerney (chant) et Juho Vanhanen (guitare)

Paris – Le Point Ephémère – Mercredi 1er novembre 2017

« Le Hellfest est un super festival à fréquenter. Tu t’y sens dans ton élément » (MathewMcNerney)

 

Comment se passe la journée jusqu’à présent ?

Mathew : Très bien. Nous faisons preuve de beaucoup de détermination sur cette tournée. Nous sommes en fusion et très enthousiastes. L’atmosphère qui entoure le nouveau line-up est vraiment excitante et le phénomène se reflète à l’occasion des concerts.

Juho: La fraîcheur du nouveau line-up se fait ressentir et tu perçois pas mal de trucs qui commencent à super bien rendre, notamment sur scène en termes d’énergie. En gros, le feu commence à bien prendre.

 

Etait-il important de démarrer la promotion de l’album avec une tournée en tête d’affiche ?

Mathew : Je ne sais pas trop… Ça s’est juste monté de la sorte. Je ne pense pas que c’était si important que ça. Ce qui compte pour nous actuellement, c’est de pouvoir jouer ensemble et de montrer ce que nous avons en nous. Nous jouons les nouveaux morceaux, présentons le nouveau line-up, etc. Et puis, nous sommes contents d’avoir l’occasion de jouer dans le cadre de festivals, au côté de plus gros groupes, comme ce sera le cas au Damnation par exemple. Quoi qu’il arrive, c’est toujours appréciable de pouvoir donner des concerts en tête d’affiche car c’est là que tu es au contact de tes fans, des gens qui sont là pour te voir et qui s’intéressent à toi.

Juho : Ouais. En même temps, tu veux prouver ce que tu vaux aux gens qui ne t’auraient jamais vu auparavant. Toutes les occasions sont bonnes pour le faire.

 

Les critiques concernant Motherblood sont très bonnes. Vous attendiez-vous à une telle unanimité ?

Juho: Ce n’est pas un truc auquel je porte trop attention avant la sortie de l’album. Après, tu es rattrapé par la réalité au bout d’un moment car quelqu’un va le chroniquer. Notre but est de faire de notre mieux et de faire preuve d’autant d’inspiration que possible. C’est donc toujours appréciable quand des gens ont compris nos intentions et notre façon de les restituer. Mais il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire une fois l’album publié.

Mathew: Nous faisions un peu office d’outsiders avec cet album. Nous avons fait en sorte qu’il soit notre truc à 100% et qu’il reflète complètement ce que nous voulions faire. Avec du recul, on s’aperçoit que l’album précédent (Dreamcrash, 2015) s’inscrivait dans un contexte de fracture, aussi bien en interne au niveau du groupe qu’en externe. Cette fois-ci, l’était d’esprit était “rien à foutre, faisons le pour nous”! Nous avons vraiment ressenti le besoin de faire cet album avec cet état d’esprit. Nous avons discuté ensemble, exprimé notre souhait d’intégrer Juho dans le processus d’écriture et donc procédé ainsi. Avant la parution du disque, je pensais que nous allions être confrontés à des critiques sévères et que les gens n’allaient pas forcément adhérer ou aimer. Mais je me suis aussi dit “je m’en fous” car le disque me plaisait comme tel. Et c’est un bon signe quand tu ressens de la confiance à son sujet.

 

 

D’une certaine façon, Motherblood ne peut-il pas être considéré comme le premier album de Grave Pleasures. Car Climax (2013) était un album de Beastmilk et Dreamcrash (2015), celui d’une créature hybride : Beastmilk en train de devenir Grave Pleasures…

Mathew: C’est un peu ça, oui. C’est une sorte de nouveau départ, c’est ce à quoi nous avons pensé. C’est un peu plus le cas pour moi car il y avait un peu un retour à l’esprit que j’avais en montant Beastmilk. Il s’agit davantage de savoir ce que nous voulons proposer plus que s’intéresser à l’héritage du groupe. Nous ne devons pas nous nous inquiéter à l’idée de recréer le passé ou vivre dans celui-ci. Je pense que cet album vole de de ses propres ailes. Bien évidemment, il contient des éléments que tu peux rattacher à Beastmilk mais il en ressort davantage une inspiration commune. Nous buvons à la même source qu’à l’époque de Beastmilk en quelque sorte. Mais l’album est très différent. La similarité s’arrête là, je pense. Pour moi, c’est très nouveau, très frais.

Juho: Je trouve que Dreamcrash était davantage romantique que l’album de Beastmilk (Climax). Et c’est quelque chose qu’il me semblait important d’incorporer aux morceaux pour apporter de la couleur et une direction romantique plutôt que de rester dans l’obscurité complète. Au final, nous avons un album assez catchy et dansant, très coloré et avec des ambiances variées.

Mathew: Nous avions beaucoup de colère et d’énergie à déverser dans cet album, ce qui avait manqué pour la constitution du précédent où beaucoup de choses s’étaient dégonflées. L’état d’esprit qui règne autour d’un groupe transparaît vraiment dans un album car les artistes ne sont que les miroirs de leurs émotions, tu sais. Dreamcrash était un album très sombre, qui cassait un peu l’ambiance. Motherblood exprime un feeling beaucoup plus punk rock. Nous nous sommes dit : “OK, tout le monde a son propre opinion à notre sujet et nous allons faire en fonction de nos envies”. Genre : “on emmerde tout le monde”. Et j’adore ça quand j’écoute le disque et quand nous le jouons live : il y a vraiment un côté “on vous emmerde” qui s’en dégage.

 

Malgré les paroles sombres, je trouve qu’il se dégage un sentiment plutôt réconfortant. Vous ressentez ça également ?

Mathew : Ouais ! Je pense que c’est parce que le fun est de nouveau de mise. Un touche d’humour, un peu de frime, un sourire : tous ces trucs qui manquaient sur l’album d’avant sont de nouveau présents. C’est une question de partage des émotions. Je pense que l’histoire de ce groupe, c’est un Anglais qui chante avec un groupe de Finlandais : c’est comme ça que ça marche. Sur le disque précédent, il y avait aussi des Suédois impliqués, ça devenait une sorte de groupe international… Ce qui n’a pas fonctionné. Les gens s’y retrouvent aujourd’hui car le groupe est de nouveau tel qu’il doit être.

Juho: Les paroles écrites et les thèmes abordés par Mat sont sombres et s’insèrent parfaitement. Pour moi, c’est une façon d’accepter qu’il existe beaucoup de choses sombres en ce monde mais que cela ne doit pas t’empêcher d’éprouver de la bonne humeur et de profiter de la vie. C’est la merde au coin de la rue et alors ? Faisons quand même la fête !

Mathew: Je me souviens d’une discussion tous les deux avec Juho au moment du changement de line-up. Nous voulions tous les deux écrire de la musique ensemble et il aurait été dommage de manquer une telle opportunité. Nous venions d’éprouver une étape difficile et nous n’avions de fait rien à perdre avec ce disque. Je trouve qu’entendre des musiciens dire « on s’en fout – on n’a rien à perde – on donne tout », c’est assez réconfortant.

 

L’album ne dure que 37 mins. Un format court était un objectif dès le début ?

Mathew: J’adore les albums courts. Je trouve que c’est très punk. Les meilleurs albums de punk sont d’une durée courte.

Juho : Surtout quand c’est plein de morceaux qui envoient. Et un format court, c’est sympa car tu peux te le repasser à la suite.

 

“There Are Powers At Work In This World” figure sur la version digipack mais pas sur la version classique de l’album. Pourquoi ce morceau n’a-t-il pas réussi à atterrir sur l’album ?

Mathew: La raison, c’est le format de l’album. Tu veux que l’album soit une expérience particulière et je trouve que l’ajout de morceaux ne s’y prêtait pas. Au bout d’un moment, tu peux empiler les morceaux mais tu dois te pencher sur le processus d’écoute et nous nous sommes concentrés sur ce point précis. C’est un sujet sur lequel nous avons pris le temps de nous poser, de sorte à obtenir un parfait début et une fin toute aussi parfaite.

Juho : Ce morceau faisait partie des morceaux retenus jusqu’aux dernières minutes. Mais au bout du bout, il te faut juger de ce qui sera  le plus adapté pour la courbe dramatique de l’album et te dire : « c’est un bon morceau mais si nous le laissons de côté, le déroulé sera plus harmonieux ». Quelquefois, il te faut tuer tes bébés. Mais j’aime beaucoup ce morceau.

Mathew: C’est un truc que j’apprécie vraiment en tant qu’artiste : effectuer des coupures dans ton travail pour que le minimalisme permette de faire émerger le plus important. Je devine qu’il est tentant d’offrir plus de matériel quand tu écris de la musique. Beaucoup de musiciens le font et ça peut devenir… Un gâteau peut être succulent mais si tu en manges trop, tu vas finir par être malade. « There Are Powers… » est un bonus track et les labels adorent ces petits extras et il est disponible pour ceux qui le veulent. Beaucoup de morceaux n’ont pas atterri sur l’album. C’est un principe stimulant car il te pousse à te prouver à toi-même que tu es toujours capable d’écrire des chansons. Si tu sors tout ce dont tu disposes au même moment, tu vas te dire « OK, c’est terminé pour moi, je n’ai plus de morceaux ».

Juho : C’est aussi une saine pratique pour l’égo : vraiment essayer en quelque sorte, de raisonner en tant qu’auditeur de l’album. En tant qu’artiste, c’est toujours un challenge que de s’extraire de sa bulle.

 

L’album est très solide. Tous les morceaux feront-ils l’objet d’un traitement live ?

Mathew: Je pense, oui. Je ne vois aucun des morceaux de l’album qui ne puisse pas être joué live. Pour le moment, l’accueil vis-à-vis de l’album est tellement fort que nous avons l’impression que les morceaux que préfèrent les gens sont les nouveaux. C’est vraiment sympa pour nous. Ça nous donne une confiance supplémentaire pour tous les sortir.

 

L’Apocalypse semble être un sujet qui vous passionne. Pourquoi cette fascination ?

Mathew: J’avais pensé me rendre au Père Lachaise aujourd’hui et j’étais en train de lire une citation de Jim Morrison, un truc dans le genre « si tu fais face à ta peur la plus profonde, tu n’as plus peur et tu deviens totalement libre ». C’est le sentiment de liberté que tu ressens quand tu affrontes ce que tu crains le plus au monde : tu peux te mesurer à lui, tu gères la situation puis tu en es libéré. C’est le rock n’roll selon moi : la liberté pure. C’est ce sentiment d’évasion qui te fait soudainement réaliser : « je peux faire ce que je veux – je n’ai qu’une vie et je veux la vivre maintenant – en vivre chaque moment ». Le meilleur rock n’roll traite de mort et de destruction, de sexe et de violence, d’amour et de romance. Ce sont tous ces extrêmes qui t’amènes jusqu’à un certain point… Jusqu’à te faire comprendre que tu es vivant, que tu es libre. Le recours à la thématique de l’apocalypse est un archétype, une façon iconique de combattre ta plus grande peur. Si quelquefois nous en étions plus conscient, peut-être que nous ferions en sorte de faire évoluer les choses.

 

J’ai une question un peu bizarre. Il se trouve que tout est méticuleusement calculé au sein de Grave Pleasures. J’imagine que l’utilisation de deux polices très différentes pour le nouveau logo du groupe est une vraie volonté ?

Mathew (rire) : Je suis graphiste depuis longtemps désormais. J’ai bossé pour de grosses boîtes, je suis formé et ai suivi des études pour exercer. Et je sais donc pertinemment que procéder de la sorte est une forme de faux pas. Et c’est justement le but ! Pour dire merde à cette loi. Pourquoi existerait-il une loi qui imposerait de n’utiliser qu’une police à la fois ? Et pourquoi obéir à cette loi ? Quand tu fais partie d’un groupe de punk, tu n’en as rien à secouer. Je pense que c’est cool en fait car ça reflète ce qu’est le groupe. Deux choses différentes : l’obscurité et la lumière. J’aime voir les gens en colère car ce qu’ils voient ne semble pas correct à leurs yeux. C’est vraiment marrant. C’est pas bien mais c’est bien, tu vois ? Ça correspond bien à notre groupe : beaucoup de pugnacité.

 

Vous avez le privilège d’être signé sur un gros label. Mais pensez-vous que pour beaucoup de groupes, le futur pourrait reposer sur le crowdfunding ?

Mathieu: Non… Enfin, j’ai essayé avec mon autre groupe et ça peut fonctionner d’une certaine façon. Disons qu’une énorme part de ce que nous faisons repose sur du crowdfunding. Nous dépendons du public, les gens achètent notre merch’ pour que nous puissions rester sur les routes… Les groupes ne peuvent pas vivre avec des cachets. Les groupes survivent grâce à leurs fans. Je suppose que tout repose sur le crowdfunding d’une certaine façon, de la façon dont tu présentes la chose. J’ai l’impression que le crowdfunding ne peut fonctionner que si les fans reçoivent vraiment quelque chose en retour… Nous pensions tenter quelque chose avec cet album mais ça n’a pas abouti. Nous avions du mal à trouver une solution pour que les fans puissent se voir proposer autre chose que « donner nous du pognon et vous aurez un t-shirt », tu vois ? Car tu peux aussi aller à un concert et t’acheter le t-shirt. Il faut impérativement que les fans en tirent une vraie valeur.

 

 

Vous revenez jouer au Hellfest en juin. Des souvenirs de précédentes venues ?

Juho: J’y ai joué avec Grave Pleasures quand je n’étais qu’un musicien de session. Mais aussi avec mon autre groupe, Oranssi Pazuzu.

Mathew: Le dernier concert de Grave Pleasures là-bas avait été très bon d’ailleurs. La réaction du public avait été vraiment cool. Nous avions interprété pas mal de nouveaux morceaux qui avaient été bien accueillis. D’une manière générale, nous recevons un bon accueil en France, bien meilleur que dans d’autres régions. Notre album précédent y a été très bien accueilli d’ailleurs et je pense que le concert donné au Hellfest a contribué à nous ouvrir pas mal de portes en France. Les gens nous ont vus et ont compris notre message. Peut-être que le contexte d’une multitude de groupes différents et de se trouver au milieu de groupes plus heavy nous a permis de marquer notre différence. Ce concert a été très positif pour nous.

Juho: C’est vraiment la bon côté du Hellfest : c’est un gros festival mais il y a toujours une large place laissée aux multiples sous-genres de la musique typée metal. Je ne pensais pas qu’un groupe comme Jessica93 puisse y jouer, par exemple. C’est vraiment un festival qui dispose d’une ouverture d’esprit conséquente. C’est sans doute ce qui explique que Grave Pleasures y a été bien accueilli.

Mathew: C’est un super festival à fréquenter. Tu t’y sens dans ton élément.

Juho: Tu n’es pas dans l’obligation de regarder les headliners car il y a de tout pour tout le monde. C’est pour cette raison que le public se rue sur les billets avant même que la programmation soit annoncée : il sait que s’il va peu goûter les headliners, le reste des groupes est juste fantastique.

 

Et quelles sont vos attentes vis-à-vis de cette édition 2018 ?

Mathew: J’ai envie de me mettre bien minable dans l’espace Artistes (rire). Ils y a toujours de la Jägermeister etc. ! J’apprécie toujours de rencontrer des gens au Hellfest : je me suis fait de nouveaux amis grâce à des amis sur place. C’est une sorte de grand rendez-vous que j’ai toujours apprécié.

Juho: Ouais, c’est un endroit fun où tu peux te donner à fond sur les planches mais aussi profiter des lieux. C’est un endroit sympa où passer du bon temps.

Mathew: j’ai vraiment hâte de défendre l’album là-bas. Je pense que l’intérêt pour notre musique sera accru et que nous allons avoir de nouveaux fans. Jouer devant tant de monde va être excitant. Nous sommes un groupe qui est capable de s’adapter au contexte en présence : nous pouvons jouer dans de petits clubs tout comme assurer sur de grosses scènes. La taille de la scène ne nous affecte pas donc je pense que nous allons bien nous en tirer.

 

 

Interview : Wombat

Un grand merci à Ben (Northern Music)