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Interview exclusive pour hellfest.fr : STONED JESUS [Igor Sidorenko (guitar & vocals)]

16 novembre 2016

« Je pense que c’est une loi universelle : ne sois pas un trou du cul et tout se passera bien » – Igor Sidorenko – Vendredi 17 juin 2016

 

 

Comment vas-tu ?

Bien ! Très bien ! Je suis très satisfait du set de ce matin. Le public était bien dedans malgré l’horaire matinal. J’aurais bien aimé disposer de plus de temps mais une demi-heure représente 4 morceaux donc ça va quand même.

 

C’était le plus gros concert de ta vie ?

En termes de public, clairement. Jouer devant une telle foule nous fait fondre le cœur, d’autant plus que les gens nous connaissaient, nous et certains de nos morceaux.

 

Comment se passe votre collaboration avec Claire de chez Purple Sage PR?

C’est vraiment génial ! Elle nous a vraiment bien aidés l’année dernière concernant les chroniques liées à de la sortie de l’album. Je regrette de ne pas l’avoir contacté plus tôt d’ailleurs car nous ne l’avons fait qu’après la sortie de l’album. Elle nous a permis de rattraper les retours initiaux qui étaient en-dessous de nos espérances en termes de nombre. Les gens peuvent passer à côté d’une œuvre artistique car ils ne sont pas au courant de son existence. Si bien que c’est bien de disposer de quelqu’un qui aiguille correctement les infos. Ça ne signifie pas que toutes les chroniques concernant l’album étaient positives mais, au moins, elles ont pu être publiées.

 

Qu’est-ce que ça fait d’être un groupe de doom de Kiev aujourd’hui ?

Ça a toujours été compliqué. Ce type de musique est évidemment assez underground. Pendant des années, j’ai eu du mal à trouver un batteur qui aime ça. J’ai eu un batteur de death metal qui a joué avec nous juste parce que c’était un mec cool. Nous avons une scène assez forte malgré tout. Pas en termes de quantité mais de qualité. Il n’y a qu’une poignée de groupes mais ils sont tous costauds et ils commencent à se faire un nom. Par exemple, Ethereal Riffian qui grimpe et qui est vraiment constant. Il y a d’autres groupes mais beaucoup d’entre eux sont des grosses feignasses. Impossible de proposer une tournée du type Ukrainian Invasion !

 

Comment vois-tu ta place au sein de cette scène ?

J’ai un peu l’impression qu’elle est devenue trop étroite pour nous. Nous nous en éloignons musicalement, spirituellement entre autres. Nous aspirons à davantage. Nous apprécions que la plupart des gens nous aient découverts à travers des vidéos de doom sur YouTube et des blogs portant sur le stoner rock. Mais à mesure que nous nous développons, ils risquent d’être déçus. C’est normal : il n’est pas possible de satisfaire tout le monde. Quand nous avons sorti le 2ème album, les gens disaient : « Oh, pourquoi ne jouez-vous pas des trucs du 1er album ? ». Puis après le 3ème album, les gens réclamaient le 2ème. Nous avons un nouvel album en préparation et je suis sûr que nous allons rencontrer le même phénomène.

 

Vous vous éloignez spirituellement de la scène: qu’entends-tu par-là ?

Quand tu es un musicien, tu es au contact de plein de super groupes au sein de ta scène. Une compétition amicale s’instaure. Même si tu prétends le contraire, c’est pourtant bien le cas. Tu vois comment les groupes jouent, comment ils s’habillent. C’est toujours une sorte de compétition pour aller plus loin. Quand tu regardes au-delà, tu te rends compte que te cantonner à un genre et ainsi limiter ton évolution n’a aucun sens.

 

Comment est la vie en général à Kiev de nos jours ?

C’est OK. Le conflit en est toujours au même point. Les medias européens l’ont oublié car il ne se passe pas grand-chose aujourd’hui. Des gens sont tués tous les mois mais les évènements qui ont cours en Europe en ce moment sont bien pires. Ces choses peuvent conduire à des tensions involontaires et des choses vraiment mauvaises. Ce n’est pas notre sentiment mais, en Europe, l’Ukraine est juste à la périphérie du monde civilisé : ce que fait la Russie importe peu. La Russie continue d’y faire de la merde mais tout le monde est trop fatigué et en a marre. Si tu n’es pas directement concerné, tu essaies juste d’ignorer ce qui se passe. C’est tellement la merde que tu n’as pas envie d’y faire face. L’économie est baisée par contre. Tu peux te torcher le cul avec nos billets.

 

Quel en est l’impact sur votre musique ?

Il y a eu un impact sur le troisième album mais qui n’a pas été compris. L’album est plus direct colérique. Des gens ne l’ont pas bien interprété et ont dit : « Oh, vous sonnez comme les Foo Fighters maintenant ! ». Mais ce n’est pas le cas. C’est juste que nous ressentions désormais le besoin d’aller plus droit au but et d’être plus brutal. Le deuxième album était plus «hippies sous acide qui se font un trip dans les bois » alors que le dernier concerne plus l’actualité.

 

Vous pensez à déménager autre part ?

J’ai déjà abordé le sujet mais rien n’a vraiment été discuté.

 

Qu’aimez-vous tant au sujet de la musique ?

Qu’elle permette de communiquer et de rassembler des gens qui parlent des langages différents et qui sont issus de cultures différentes. Tu peux partager des expériences avec des gens que tu n’as jamais vus auparavant. Pas besoin de connaître la langue de l’autre car la musique te donne une énergie que tu donnes en retour. C’est fun de voir des visages souriants. Dans la zone backstage ici, c’est positif et détendu. Il faut juste rester cool avec tous ces artistes connus. J’aime ce phénomène de rassemblement de passion et d’énergie.

 

Quelques paroles sages pour conclure ?

Sois cool. Sois gentil. Ne fais pas de conneries. La règle principale, c’est : ne te comporte pas comme un trou du cul sinon tu finiras par le payer. Ne le fais pas car les gens sont sympas. Je pense que c’est une loi universelle : ne sois pas un trou du cul et tout se passera bien.

 

 

Interview: Matt Bacon.