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Interview exclusive pour hellfest.fr: PARADISE LOST [Aaron Aedy (guitare)]

31 août 2016

« La musique doit t’exciter. Si elle ne t’existe plus : arrête ! » – Aaron Aedy – Dimanche 19 juin 2016

 

 

Comment vas-tu ?

Je me sens alerte !

 

« Alerte » ? C’est original !

J’ai hâte de jouer !

 

Comment se passe ce Hellfest pour toi jusque-là ?

Nous ne sommes là que depuis quelques heures. Nous avons joué au Graspop hier et ça a été fantastique. Je suis un peu vexé de jouer en même temps que Black Sabbath car j’aurais moi-même adoré les voir – je suis juste fan. J’ai hâte d’y être

 

Ça se passe super bien pour vous en ce moment… Comment ça fait de vivre un tel pic après tant d’années ?

Nous sommes chanceux de faire ça depuis 28 ans ! Le fait que les gens continuent à nous apprécier après tant d’albums est une belle leçon d’humilité. Nous ne sommes plus des jeunes hommes mais nous éprouvons toujours la même passion que quand nous étions des ados. A l’occasion de l’enregistrement du dernier album, nous étions encore excités comme des gamins. Le producteur a su harmoniser notre vision et le résultat obtenu est vraiment bon.

 

Et quelle était cette vision ?

Nous souhaitions pouvoir enregistrer d’une façon plus simple et plus traditionnelle. Nous n’avons pas vraiment eu recours à des éléments digitaux et avons utilisé une vraie batterie. Nous voulions enregistrer de la même façon qu’il y a 20 ans. Nous avons utilisé Pro Tools certes, mais en l’utilisant comme une simple bande.

 

Pourquoi ce besoin de revenir à vos racines ?

Auparavant, ce que nous entendions en enregistrant dans le studio se traduisait sur l’album. De nos jours, il y a beaucoup de producteurs qui prennent ce que tu as fait puis lui donne une sonorité tout autre, à leur sauce. Les sons qui en ressortent peuvent être bons, mais ils ne correspondent pas à ce que nous voulions. Cette fois-ci-, nous nous sommes assurés que le son final serait celui que nous voulions. Il y avait moins de trucs à exécuter avec moins de risques de foirer. C’est du rock n’roll : gardons de la simplicité !

 

Un de mes très bons amis est un très gros fan de Paradise Lost et il est à fond dans le dernier album alors que j’ai plus de mal avec lui… Comment concilier les différentes attentes avec Paradise Lost ?

C’est quelque chose que nous avions besoin de faire à ce stade. Nous venions de passer 4 ans à jouer des trucs à deux guitares et à beaucoup tourner. Il nous fallait entreprendre alors une direction différente. Nous ne voulions pas refaire un autre Draconian Times. Nous faisons les choses selon que l’approche nous paraisse être la bonne, pas parce que c’est à la mode. Il nous fallait prendre une direction différente sinon nous nous serions ennuyés et nous aurions splitté. Quand tu t’éloignes beaucoup de ton orbite et que tu y reviens plus tard, tu prends conscience de ce que tu adorais au début. Des fois, il te faut ouvrir tes ailes pour pouvoir te rappeler ce qui te passionnait au premier abord. Quand tu deviens plus vieux, tu écoutes de nouveau la musique que tu écoutais quand tu étais ado. La plupart des albums que j’ai achetés ces derniers temps sont des remasters d’albums que j’aimais quand j’étais ado. Nous avons redécouvert d’où nous venions et ça s’est ressenti sur ce que nous proposons aujourd’hui.

 

Comment ces souvenirs de musiques écoutées pendant l’adolescence se manifestent-ils aujourd’hui ?

Je suis super content de pouvoir voir King Diamond mardi soir prochain. Je vais pouvoir le voir dans un club près de chez moi : je suis excité comme un gamin à cette idée. Je me revois à 17 ans, acheter l’album Abigail et lire les paroles dans le bus. C’est un de mes chanteurs préférés. J’adore ce genre d’album. Pareil avec Candlemass : ça explique en moitié pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Ce genre de choses m’enthousiasme. J’ai vu The Skull au Roadburn et je me suis senti comme un gamin.

 

En vieillissant, j’ai du mal à conserver l’esprit qui m’animait quand j’avais 15 ans. Comment y arrives-tu ?

Il arrive un moment où tu t’ouvres davantage. Ce moment est arrivé tôt pour moi car il n’y avait pas tant de types de metal que ça quand j’étais gamin. Il n’y avait pas trop de trucs à découvrir. La diversification est arrivée ensuite. C’était plus simple quand j’étais gamin : il y avait moins de groupes. C’est bien qu’il y ait plein de groupes qui aillent dans des directions différentes mais c’est difficile pour les gens de pouvoir tout suivre. Ce qui est cool avec Internet, c’est que tu peux découvrir un nombre incroyable de groupes. C’était impossible de le faire de mon temps, à moins d’avoir un disquaire super sympa dans le coin – ce qui était mon cas. Il y avait un mec cool qui m’a fait découvrir Trouble. J’ai alors acheté un import américain : c’était génial.

 

C’est assez admirable, à bien des niveaux !

Je pense que plus tu vieillis, plus tu apprécies des choses. Nous sommes très reconnaissants de pouvoir continuer à jouer pour le public. Nous sommes nous-mêmes fans de musique. Comme je l’ai dit, je suis super excité de voir King Diamond jouer Abigail. Je n’arrive toujours pas à croire que ça puisse arriver. La musique doit t’exciter. Si elle ne t’existe plus : arrête !

 

Qu’aimes-tu tant au sujet de la musique ?

Elle nous remue. J’aime tous les types de musiques et ces différents types se marient aux différentes humeurs. Il y a des fois où, quand je lis un bouquin, j’ai juste envie d’écouter un mec qui chante une chanson triste au son d’une guitare à acoustique. Des fois, j’ai envie d’écouter du Kraftwerk, d’autres fois, du Iron Maiden. La beauté de la musique, c’est qu’elle couvre un large champ. C’est comme ça que ça doit se passer. Je suis désolé pour les gens qui ont des œillères. Je suis principalement un fan de metal – je suis un fan de metal depuis que j’ai vu « The Number Of The Beast » à Top of The Pops en mars 1982. C’est mon ADN. J’ai été attiré par d’autres trucs à l’époque. Même les gens qui ne sont pas amateurs de musique aiment écouter certains trucs. Tout le monde aime la musique mais d’une façon différente. Si cette excitation n’existait plus pour moi, j’arrêterais d’en jouer. Si nous arrivions à ne plus prendre de plaisir à en faire, ce serait la fin pour moi. Nous nous sommes mis ensemble pour jouer la musique que nous aimons. Nous avons proposé pas mal de trucs excitants et qui sonnaient encore plus costauds live. Nous avons eu l’occasion de faire des choses différentes. C’était bien pour nous d’explorer puis de revenir. Si tu fais toujours la même chose, tu finis dans l’ornière. Nous avons redécouvert ce que nous adorons. Je connais les gars depuis que j’ai 11-12 ans, nous étions amis avant d’être dans le groupe. Nous sommes des potes qui aimons la musique. Nous aimons tous des trucs différents mais l’amitié est notre noyau.

 

Quelques paroles sages pour conclure ?

C’est une question difficile ! Les gens ont tous besoin de choses différentes mais avoir de bonnes manières ne coûte rien. Traite les gens de la façon dont tu voudrais être traité et essaie de toujours avoir une sourire sur ton visage.

 

 

Interview : Matt Bacon.