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Interview exclusive pour hellfest.fr : NO ONE IS INNOCENT [Kemar (chant)]

11 juillet 2016

« Il faut avoir un peu d’insouciance, de la rage, de la colère. Et aussi avoir beaucoup de second degré : avec les sujets que nous traitons, nous en avons besoin aussi » – Kemar – Dimanche 19 juin 2016

 

Comment se passe cette première expérience au Hellfest en tant qu’artiste ?

Pour moi, mais aussi pour le reste du groupe et notre équipe technique, c’est un super moment. C’est notre première fois au Hellfest, même si certains sont surpris qu’il ne s’agisse que de notre première fois. C’est notre première fois mais nous y arrivons par la grande porte. Que Ben (Barbaud) nous ait mis sur la Mainstage 1 à 15h est un énorme cadeau. Et puis, nous, nous avons amené le soleil quand même ! (sourire) Nous sommes arrivés samedi, la veille, et avec Shanka (guitare), nous nous sommes baladés pendant des heures sur le site, de la Warzone à la Temple, et tout le reste. Nous avons pris notre temps et nous avons mangé une tartiflette du côté de la Warzone. En fait, nous nous sentions bien avant même d’avoir vu le moindre concert : c’est ça, le Hellfest. Il n’existe aucun autre festival capable de fasciner autant que le Hellfest et l’univers qu’il dégage.

 

La place donnée aux groupes français dans le cadre du Hellfest te paraît-elle suffisante ?

Quand tu vois que Mass Hysteria, Le Bal des Enragés, Gojira ou No One Is Innocent jouent sur la Mainstage, je trouve que c’est quand même une édition pas mal pour les Frenchies. Je pense que le public a besoin de voir des groupes français et qu’on lui parle français entre les morceaux.

 

Alan, du groupe Primordial pense que la culture des festivals tue les tournées. C’est un point de vue que tu partages ?

Quand tu es une grosse tête d’affiche et que tu peux jouer 1h15, peut-être.  Quand tu es un groupe comme le nôtre et que tu joues 40-50 minutes, c’est plus court. Quand les gens ont compris que c’était la fin de notre set, nous avons senti qu’ils étaient déçus que ça se termine. Ça veut dire qu’ils sont prêts à revenir nous voir pour un concert de 1h15 dans un autre contexte. Après, chacun à son avis sur la question. Est-ce que c’est un groupe méga-connu ? Est-ce que jouer devant un public aussi conséquent que celui du Hellfest ne lui permet pas de se faire connaître davantage ? Jouer dans un tel cadre te permet de jouer devant des gens qui ne t’ont jamais vu jusque-là.

 

Tu as mentionné le Bataclan sur scène tout à l’heure. Est-ce que depuis ces évènements, tu conçois ton métier différemment dans des conditions live ?

Je pense que oui et je parle au nom du groupe. Après, c’est dû au fait que No One, particulièrement dans le dernier album (Propaganda, 2015), a mis l’accent sur le sujet avec des morceaux sur Charlie Hebdo (« Charlie ») pour défendre la liberté d’expression et la laïcité, ou « Djihad Propaganda » pour dénoncer ces fils de putes… Ces deux morceaux-là, qui sont plantés sur l’album ont eu un écho particuliers à la fois chez les gens et quand nous les jouons sur scène. Mais nous ne demandons pas pour autant à tout le monde d’être comme nous : nous n’avons pas le monopole du texte engagé. Jouer des morceau comme ceux-là nous remet dans notre colère, dans notre rage.

 

L’expression de ton art ne peut passer qu’à travers l’engagement ?

Oui. L’ADN de No One, il est là. Quand tu fais un album de No One, tu sais que tu vas parler de ce qui se passe autour de toi. No One, c’est l’antithèse du groupe narcissique et égocentrique. Les problèmes de couple du chanteur, nous n’en avons rien à foutre. Les problèmes familiaux du bassiste,  nous n’en avons rien à foutre. Ce qui nous intéresse, c’est de traiter de l’actualité autour de nous.

 

Propaganda rencontre un gros succès, vous sortez un DVD (Barricades), vous jouez au Hellfest, vous effectuez de nombreuses dates. Comment expliques-tu ce net retour au-devant de l’affiche ?

Nous revenons avec un album très ADN de No One. Il a sans doute une portée plus forte que les précédents. Notre pire cauchemar serait de faire 2 fois le même album. Nous avons testé, tâtonné, pendant 2-3 albums. Ça a plu à certains, moins à d’autres mais le résultat de ces albums a permis d’aboutir à Propaganda. Mais il ne suffit pas de faire un album retour aux sources : il faut aussi écrire de bonnes chansons. Nous prenons souvent du temps entre deux albums parce que nous sommes très exigeants avec nous-mêmes. Ce n’est pas facile. Par moment, c’est une souffrance car il y a le souci de bien écrire, d’être cohérent avec la musique. Il y a des moments où nous pouvons nous prendre la tête pendant 3 jours sur 2 phrases. Avec Propaganda, le public salue la musique et le texte : il salue en fait le parcours d’un groupe qui est très fidèle à lui-même et qui reste authentique. Et surtout, il salue le fait qu’il y a 11 bons titres et qu’il n’y a rien à jeter.

 

On vient d’entendre AC/DC en fond sonore il y a quelques secondes (« Thunderstruck » utilisé en intro du concert de Slayer). Je suppose que ça te rappelle quelque chose… Avec le recul, que retiens-tu de ton concert en ouverture d’AC/DC au Stade de France l’année dernière ?

Quand tu joues au Stade de France avec AC/DC, tu joues devant la France entière ! (sourire) Un peu comme au Hellfest, d’ailleurs. Et quand tu commences la zique, tu n’imagines jamais que tu vas jouer avec AC/DC un jour. A ce moment-là, nous étions sur le toit du monde ! Impossible de faire plus fort. Nous avions déjà joué avec Motörhead par le passé, nous avions fait 5 Zénith avec eux. Mais AC/DC… C’est 2h de morceaux qui ont changé l’histoire du rock. AC/DC, c’est planétaire.

 

Axl Rose vient de remplacer Brian Johnson pour quelques dates au sein d’AC/DC. Et toi, si quelqu’un doit te remplacer pour quelques shows, à qui No One doit-il appel ?

Ils seraient grave dans la merde ! Ils ne trouveraient pas ! (rire) Allez, ils appelleraient Zack De La Rocha (Rage Against The Machine) ! (sourire)

 

Vous sortez un DVD (Barricades – Live à La Cigale). A qui est-il destiné : à vous autant qu’au public ?

C’est notre maison de disque qui nous a branchés sur le sujet fin septembre, alors que nous étions en tournée : « A La Cigale (Paris), dans 2 mois, on filme un DVD ! ». Nous ne nous étions pas préparés à cette éventualité. Le concert se tenait 15 jours après les attentats de Paris. Une ambiance électrique, une heure de combat rock, de résistance pendant ce concert. Que ce soit le public ou nous sur scène, nous ne faisions qu’un. C’était comme une sorte de thérapie de groupe. Nous en avions besoin car ça faisait 3 ans que nous n’avions pas joué chez nous, à Paris. Et le moment où nous y revenons, c’est pour défendre la liberté d’expression et être totalement en résistance. Tous les titres avaient un sens ce soir-là. Et la cerise sur le gâteau : faire monter les gens de Charlie Hebdo sur scène. Nous avons dû jouer 8-9 fois à La Cigale : c’est notre jardin à Paris. Mais ce concert-là, c’était un état de grâce.

 

Vous êtes toujours dans le trip Propaganda ou vous avez commencé à vous projeter vers la suite ?

Oui, oui, nous avons commencé à composer il y a un mois et nous disposons de 3-4 titres qui commencent à prendre forme. Nous sommes 5 mecs qui aiment faire de la musique ensemble, qui font un album puis qui partent en tournée… Nous, nous ne composons pas en tournée : nous n’en serions pas capables car notre tête et notre corps ne seraient pas suffisamment disponibles pour ça. Quand le rythme devient plus cool, nous pouvons nous retrouver chez l’un ou chez l’autre et bosser un peu quand même.

 

Hormis être sur la même ligne musicale, quelles sont les qualités requises pour faire partie de No One Is Innocent ?

Il faut avoir un peu d’insouciance, de la rage, de la colère. Et aussi avoir beaucoup de second degré : avec les sujets que nous traitons, nous en avons besoin aussi. (sourire)

 

C’est l’heure de conclure. Pour ce faire, je vais te demander de terminer cette phrase pour moi : « Je n’ai jamais raconté cette histoire auparavant et je ne devrais sans doute pas le faire  d’ailleurs mais… »

Mais voilà Phil Campbell de Motörhead ! Hi Phil, how are you doing ? (rire)

 

 

Interview: Wombat.

Un grand merci à Roger (Replica).