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Interview exclusive pour hellfest.fr : MELVINS [Buzz Osborne, Dale Crover & Steven Shane McDonald]

11 juillet 2016

« Les gens évoluent au fil des années ! Je généralise mais 90 à 100% des gens qui nous appréciaient dans les années 90 ne nous suivent plus. Ils sont passés à autre chose » – Buzz Osborne – 17 juin 2016

 

Alors comment se passe ce Hellfest?

Buzz Osborne : C’est d’enfer.

Dale : Nous nous assayons dans des endroits comme celui-ci ! Et le catering est plutôt bon !

 

Vous avez cultivé une certaine forme d’esthétisme à travers les années permettant de clairement identifier le groupe. C’était le but dès le début ? Y a-t-il eu une évolution ? Les Melvins sont connus pour casser les règles…

Buzz : Au début, nous n’avions pas de but car nous voulions juste faire des concerts. L’idée de faire un disque était absurde.

Steve : Moi aussi, je voulais juste jouer des concerts ! Nous sommes le genre de gens qui ne font pas des choses par ce que certains les font déjà.

Buzz : Au final, nous en avons souffert.

Steve : Il est difficile de savoir comment ça aurait tourné si nous avions suivi la voie classique.

Buzz : Je ne pense pas que ça aurait fonctionné. C’est bizarre quand les gens parlent de nos albums en les qualifiant de classiques car personne ne les aimait quand ils sont sortis. Je me souviens d’eux comme des albums que j’aimais mais que personne d’autre n’aimait à leur sortie. Impossible de gagner à tous les coups!

 

A partir de quand pensez-vous que les gens ont commencé à considérer vos albums comme des classiques ?

Buzz : Le temps permet de guérir les plaies !

Dale : Les choses sont devenues plus faciles dans les années 90 quand la scène de Seattle est devenue populaire.

Buzz : A la fin des années 80, nous étions déjà des musiciens professionnels. Nous ne gagnions pas beaucoup d’argent mais suffisamment pour gagner notre vie.

 

La situation est pire en 2016 qu’elle l’est aujourd’hui ?

Buzz : Oh, non, c’est mieux aujourd’hui. Bien mieux.

Dale : Mieux que jamais.

 

J’ai l’impression que les groupes de votre génération pensent différemment…

Buzz : Ils ne font pas les choses comme nous.

 

Et comment faites-vous pour que ça marche ?

Buzz : Je pense que si tout le monde fait les choses de la même façon, c’est la mauvaise méthode.

 

Pourquoi ?

Buzz : Parce que ça ne peut pas marcher pour tout le monde. Le troupeau n’a pas toujours raison. Ce n’est pas facile. Nous avons beaucoup d’amis. Il faut juste persévérer. Si je devais me poser et essayer de faire les choses en essayant d’imaginer ce que les gens aimeraient, ça ne marcherait pas pour moi : je ne saurais pas faire. En revanche, je sais ce que j’aime. Il y a longtemps de ça, je me suis dit que tant que je faisais des trucs qui me plaisaient, d’autres devraient également aimer, même si ça ne devait pas entrainer des millions de ventes. Et ça, ça me suffit.

Dale : Quand les groupes font les choses en essayant de réfléchir à ce que les gens aimeraient entendre, ça marche rarement. Le résultat sonne stérile.

Buzz : Ce n’est pas parce que tu aimes actuellement un de nos albums que ça signifie que tu continueras à le faire à l’âge de 40 ans. Je te garantis que tu lâcheras l’affaire, j’ai déjà vu ça se produire.

Steve : Et tu pourrais aussi y revenir par la suite!

Buzz : Les gens évoluent au fil des années ! Je généralise mais 90 à 100% des gens qui nous appréciaient dans les années 90 ne nous suivent plus. Ils sont passés à autre chose.

Dale : Tu le vois en jetant un œil à notre public car il a toujours le même âge. Certains ont le même âge que nous mais en général, ils ont plutôt dans leur vingtaine.

 

Pourquoi les Melvins inspirent-ils les gens dans leur vingtaine?

Buzz : Pourquoi les Pink Floyd inspirent-ils les gens dans leur vingtaine ? C’est la même chose. Steve disait l’autre jour qu’il avait consulté l’iPod d’une jeune personne et qu’il avait été époustouflé par toute la musique underground qui y était hébergée. Elle n’écoutait pas que ce que les jeunes sont sensé écouter mais un vaste éventail. Comme moi à l’époque. Je n’écoutais pas la même chose que les kids de mon âge, je ne considérais pas la musique avec le même angle de vue.

Steve : Il y a 15 ans, quand Internet a vraiment décollé, ma nièce avait un iPod première génération et une librairie iTunes assez sophistiquée. C’était une gamine comme les autres mais j’avais été estomaqué par sa playlist. Je viens juste de me balader à travers l’Extreme Market où tu peux trouver plein de t-shirts mais il n’y en avait aucun des Melvins en vente. Pas qu’ils soient moins populaires mais le groupe a fait les choses à sa façon : si tu veux un t-shirt des Melvins, il faut que tu ailles à un concert des Melvins. C’est une manière de pratiquer qui diffère de celle des autres aujourd’hui. Beaucoup de gens veulent que les t-shirts soient disponibles et ainsi être visibles. Si les Melvins t’intéressent, tu trouveras les Melvins. Et tu peux être quasiment sûr que les Melvins tourneront pour cela. C’est une approche différente de la plupart des autres groupes.

Buzz : J’ai une vision très différente de la plupart des gens. J’ai une vision très tordue de l’économie en général.

 

As-tu déjà envisagé d’écrire sur le sujet ?

Buzz : J’en ai parlé à beaucoup de gens mais personne ne semble vouloir le faire.

Steve : Mais il te faudra changer car tout le monde agirait en fonction de ça.

Buzz : Non, ils ne le feraient pas car cela requière des efforts ! Les gens sont les partisans du moindre effort.

Steve : J’ai moi-même pas mal questionné Buzz sur le sujet. Je peux résumer ça avec la fable du lièvre et de la tortue. En y allant lentement mais surement, la course est gagnée. C’est plein de sagesse. Il te faut être cohérent. Peu de gens sont suffisamment stables pour l’être dans le monde du rock n’roll. En général, les enjeux en termes de business font que tout le monde veut très rapidement un retour sur investissement. Si les gens marchent à la commission, ils ne voudront pas ralentir et ils voudront un retour immédiat. Ces mecs-là sont prêts à tout pour y parvenir.

Buzz : Encore plus que ce que les gens peuvent imaginer. Si ça devient trop énorme je ne veux pas être impliqué dans le truc.

 

Mais ce soir, tu vas quand même jouer devant 7.000 personnes !

Buzz : Oui, mais selon nos conditions.

Dale : Des choses bizarres se produisent quelquefois. Nous ne participons que rarement à ce genre d’évènements et on ne nous le demande que rarement.

Buzz : Nous n’avons jamais vraiment écumé les festivals.

Steve : Tu parlais des 90s tout à l’heure. La situation était meilleure pour beaucoup de groupes : Atlantic Records frappait à leur porte alors qu’il ne l’aurait jamais fait si le grunge n’avait pas été à la mode. Mais l’attitude de ces mecs était très différente : il n’avait pas des dollars plein les yeux en se disant « C’est notre tour ». Non, c’était plus : « Ha, OK : vous voulez nous donner de l’argent ?».

Dale : Nous n’avons jamais considéré ceci comme quelque chose d’exclusif. Nous avions conscience que quelque chose de bizarre était en train de se produire et que c’était voué à l’échec. Mais nous avions la possibilité de retourner faire ce que nous faisions auparavant.

Buzz : Ce fut un échec à leur niveau mais un succès au nôtre. Nous en sommes ressortis bien plus gros et mieux positionnés qu’avant le phénomène.

Steve : Ils avaient une sagesse que la plupart des mecs dans leur vingtaine n’ont pas. Quand tu es soumis à autant de pression que celle à laquelle ils étaient soumis, la plupart des gens de cet âge, moi inclus, auraient vécu un sentiment d’échec. Au contraire, ça les a renforcés car ils avaient pleinement confiance en eux.

 

Comment votre idéologie anti-populiste est-elle née ?

Buzz : Musicalement, dès le premier jour. Dans ma vie, ça a pris plus de temps. Je suis né dans une petite ville. En sortir m’a pris du temps ainsi que de comprendre que ce n’était pas un endroit pour moi et que le reste du monde n’était pas comme ça. Je ne me sens pas à l’aise au contact de beaucoup de gens de toute façon.

 

Le bon endroit, il est où pour toi ?

Buzz : Je me sens chez moi à los Angeles, je peux m’y fondre dans l’anonymat.

 

Même si tu as quand même un physique pour le moins distinctif…

Buzz : Je ne m’associe à rien. Je peux me fondre dans la masse. Werner Herzog l’a dit. New York n’est pas assez grand pour moi. C’est trop petit. C’est trop encombré. Los Angeles est tellement vaste que tu n’arriveras jamais à vraiment la connaître.

Steve : C’est pourquoi les gens détestent LA quand ils y vont la première fois, elle est difficile à comprendre.

Buzz : J’y ai vraiment grandi ! Je ne vivrais nulle part ailleurs et ça fait 23 ans que j’y suis. Je ne pourrais pas vivre autre part. Je ne pourrais pas la quitter maintenant que je connais ce que je connais.

Steve : N’importe quelle ville peut être un enfer. Tout dépend de ce que tu en fais.

Buzz : Cette ville est tellement géniale que je n’ai même pas à la soutenir. Si les gens ne s’en rendent pas compte eux-mêmes, je ne peux pas les aider !

 

Interview : Matt Bacon.

Un grand merci à Elodie & Charles (HIM Media)