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Interview exclusive pour hellfest.fr : MASS HYSTERIA

4 avril 2016

« Venez nous voir : nous allons faire le plus grand wall of death du week-end ! » – Mouss – Le Plan, Ris Orangis – 05/12/2015

 

 

Bon, aujourd’hui, c’est le 5 décembre. A cette date, en 1560, Charles IX montait sur le trône de France. C’est aussi le jour de la mort de Mozart en 1791 et de la naissance de Walt Disney en 1901 En 1941, New York devient également le siège permanent des Nations Unies. Nous sommes en 2015 : comment Mass Hysteria compte-t-il marquer l’histoire en ce 5 décembre 2015 ?

Mouss (chant) : (rires) Déjà, nous allons essayer de marquer notre histoire, notre petite histoire. Nous ne sommes pas un groupe international : si nous étions un groupe international, peut-être que nous essaierions de voir les choses en plus grand ? En tant que groupe français, nous essayons de faire partie des groupes marquants de la scène française, en faisant des concerts qui marquent les mémoires et si possible, d’anthologie.

Fred (guitare) : Ça ne se marque pas en une date. Pour le coup, Mass Hysteria fait ça depuis 23 ans… Moi, je viens d’arriver. C’est un long procédé : en France, c’est sur la longueur que ça se passe. Je me demande si le groupe n’est pas en train d’enclencher un petit truc en ce moment…

Mouss : Nous sommes en train de marquer l’Histoire, en quelque sorte, par notre longévité. Nous essayons de proposer une musique chiadée, recherchée… Nous sommes exigeants, nous restons modestes mais nous nous sortons les doigts du cul pour enregistrer de bons albums et des bonnes pochettes, de belles tournées… Et comme le disait Fred, ça fait 23 ans que ça dure. Peut-être que cette longévité nous permettra de marquer l’Histoire. J’espère (sourire) !

Fred : Ça s’installe aussi avec quelque chose qui est hors-mode. Paradoxalement, avec Internet, etc., et tous ces groupes qui émergent d’un coup, ce qui a trait au metal met davantage de temps à réussir, à occuper le devant de la scène. Ça ne se passe pas comme ailleurs, j’ai l’impression. Les médias ne s’y intéressent pas donc le développement ne passe que par la scène… Du coup, c’est brique par brique…

Mass : Gojira est une petite exception mais eux chantent en anglais. C’est toujours mieux de chanter en anglais si tu souhaites t’exporter, je pense. La musique française qui s’exporte propose un chant en anglais et c’est surtout la scène electro : Daft Punk, Justice, The Dø… Mais il y a aussi des groupes qui chantent en français qui y arrivent : genre 5-6 dates en Russie à la Smash Hit Combo… Nous, nous nous exportons un peu. C’est plaisant mais c’est plus long…

 

Etes-vous surpris, voire charmés, par les retours de la presse concernant votre dernier album, Matière Noire ? Vous semblez avoir fait l’unanimité et du bon côté, en plus. C’est aussi votre sentiment ?

Mouss : Carrément ! C’est même au-delà de ce que nous pouvions espérer. Complètement. Donc oui : nous le ressentons à fond. Tu vois, que ce soient les journées promo effectuées, la couverture de Rock Hard… Nous sommes le seul groupe français avec Gojira à avoir décroché la couverture de Rock Hard. Ce n’est pas rien ! Et puis nous avons été « Album de la Semaine » sur Canal+. Certaines choses sont des marqueurs quand même ! Nous avons toujours fait de la promo, pour tous nos albums, que ce soit avec la presse nationale, les fanzines, les webzines… Et là, nous sentons l’unanimité des critiques concernant l’album et c’est un engouement que nous n’avons pas connu depuis longtemps, voire depuis Contraddiction, ce qui remonte quand même à 1999, tu vois ? C’est appréciable et nous en sommes conscients.

 

La couverture de Rock Hard me semble être un signe important. Il y avait quand même des interviews de Scorpions et de Def Leppard au sommaire : il aurait été facile de consacrer la couverture à un de ces deux-là. Est-ce dû à la qualité de l’album ? Ou une sorte d’hommage à vos 23 ans de longévité ?

Fred : Je pense que c’est la conjugaison de plusieurs facteurs. Les médias français qui traitent de cette musique-là ont envie d’imposer des groupes français, d’une certaine façon. Peut-être que c’est une question de fierté, de ne pas uniquement parler de groupes américains, d’autant qu’il n’y a pas 150.000 groupes français qui perdurent dans ce style, et qui ne sont pas des vieux tontons comme nous (sourire)… Peut-être que tout le monde veut apporter sa pierre à l’édifice et d’imposer un groupe d’une certaine façon, je ne sais pas…

Mass : Les deux facteurs sont bons : la longévité et l’album font que c’était peut-être le bon moment pour Rock Hard de se dire : « Mass Hysteria, c’est bon. Ils ont installés, ils sont là, c’est constant, ils ont de bons albums« . Peut-être que le constat est plus mitigé sur certains albums mais sur les quatre derniers enregistrés avec Fred, nous sommes revenus avec ce que nous faisons de mieux, point barre. C’est l’autoroute : des chansons taillées pour le live et que pour le live. Les radios, les télés, nous nous en foutons. Mais si elles veulent nous inviter ou passer notre musique, aucun souci ! (rire) Nous ne voulons pas formater notre musique et musicalement, nous ne voulons pas proposer une musique plus douce mais une musique qui nous ressemble, qui ressemble à la réalité du moment. Mais bon, des choses se produisent à un instant T avec les médias : toutes les planètes sont alignées, quoi ! Tout arrive et c’est notre moment à nous ! Après 23 ans d’existence, c’est notre tour sur cet album, le 8ème. Et moi, le chiffre 8, c’est mon chiffre porte-bonheur. Il représente l’infini… J’aime bien les signes comme ça. C’est un petit peu mon côté mystique. C’est notre 8ème album, il y a un sentiment d’infini, il y a cette longévité… Et les médias nous le rendent bien ! Comme le disait Fred, nous ne sommes pas 150.000 groupes à évoluer dans ce style musical et nous avons prouvé que nous étions une entité à part entière, une entité remarquable. Nous avons une histoire, musicalement : nous sommes des vétérans ! (rire)

Fred : Ce développement s’opère sans chercher à aller capter l’attention des radios, des médias. Tu fais ta sauce dans ton coin, tu fais un concert, deux concerts, tu captes l’attention des gens petit à petit… Et finalement, tu t’aperçois que tu n’as pas besoin des grands médias. Et à partir du moment où tu acquières ça tout seul, ce sont eux qui viennent vers toi ! C’est génial de pouvoir créer ça ! A une autre époque, c’était un peu l’inverse : il fallait trouver la grosse maison de disque pour te signer pour atteindre tel ou tel média, etc. Et depuis quelques années, je ne te cache pas que nous nous en battons un peu les couilles ! (rire) Le fait d’être libéré de ça, je me demande si ça ne créé pas quelque chose de fortement…

Mouss : De plus vrai ? De plus authentique, peut-être ?

Fred : Je pense que c’est une force et que nous nous en rendons compte. Nous sommes bien dans nos baskets et quand tu es bien dans tes baskets, les gens s’en rendent compte.

 

Cet album, Matière Noire, avez-vous eu personnellement le temps de le digérer ?

Mouss : Personnellement, il m’a fallu attendre quelques dates. Nous avons fait une résidence d’une semaine à Nancy dans la salle L’Autre Canal pour roder le set de la tournée. Nous avons répété, répété, répété… J’avais encore besoin de feuilles avec mes paroles, c’est la première fois que ça m’arrivait. Je ne les avais pas encore complètement digérées car il m’est arrivé beaucoup de choses au niveau de ma vie personnelle. Quand les premiers concerts sont arrivés, je buttais un peu sur les paroles. Mais ce n’était pas trop grave : c’est juste un travail technique, de mémoire. Mais collectivement, nous avons hélas digéré très vite cet album… Il a pris tout son sens le 13 novembre 2015 : c’était le premier concert de la tournée et donc le jour des évènements qui ont touché Paris et le Bataclan. Nous avons appris la nouvelle en plein concert. Nous venions juste de terminer « L’Enfer des Dieux«  sur scène, un morceau qui n’avait à la base pas d’actualité, sinon une actualité du passé, de Charlie etc. Et le lendemain, nous devions jouer au Bikini, à Toulouse… Tout s’est bousculé. « Est-ce qu’on fait le concert ? Est-ce que c’est approprié ? » Et puis c’est « Bien-sûr qu’il faut le faire ! ». La digestion de l’album pour le groupe s’est faite dès le premier concert, j’ai envie de te dire.

Fred : Inutile de te dire que nous n’avions pas prévu de le digérer de cette façon-là…

Mouss : Nous avons des morceaux qui ne sont pas calés sur de tels évènements mais qui prennent un tout autre sens depuis. Même parmi les vieux morceaux. Nous avons été mis dans le bain très vitre, avec une charge émotionnelle très forte. Et encore aujourd’hui, quand nous jouons « L’Enfer des Dieux« , nous ne pensons qu’à ça et ça risque de nous suivre longtemps…

Fred : Il reste encore beaucoup de dates donc le processus peut encore être très évolutif. Je commence juste les concerts avec le groupe dans des clubs et je vais découvrir les gros festivals avec les gars. Là, le décor a été planté en une seconde et c’est vraiment bizarre à vivre… Il faut accepter de monter sur scène pour montrer que ça ne s’arrêtera pas, qu’il faut continuer. Les gens le sentent et ils se sentent encore plus intégrés dans la démarche. Je me demande d’ailleurs si les concerts ne sont pas plus fous qu’avant. Il se passe quelque chose à ce niveau-là.

Mouss : Oui, il y a un petit grain de folie qui n’existait pas auparavant, une petite dimension supplémentaire…

 

Côté setlist – et c’est la tendance depuis maintenant les quatre derniers albums [Une Somme de Détails (2007), Failles (2009), L’Armée des Ombres (2012), Matière Noire (2015)], vous vous focalisez vraiment sur les derniers albums. Jouer des morceaux plus anciens est devenu du domaine de la contrainte ?

Mouss : Oui et non. Nous jouons toujours des morceaux du premier [Le Bien-Être et La Paix (1997) ] et du deuxième [Contraddiction (1999)]. Mais nous ne jouons rien des troisième [De Cercle en Cercle (2001)] et quatrième [Mass Hysteria (2005)], qui correspondent à une période où nous étions un peu lessivés et où nous nous sommes peut-être un peu perdus. Certains nous les réclament et nous les jouerions s’ils étaient aussi bons que les autres et si nous avions davantage d’envie de les défendre et de plaisir à les jouer. Nous avons pour habitude de sonder les fans sur leurs envies et à les confronter aux nôtres. Il s’avère que ces deux albums reviennent peu souvent et que cela confirme notre ressenti. Donc nous ne les jouons pas car il n’y a ni feeling à notre niveau, ni d’attente au niveau des fans.

Fred : C’est vrai que le groupe a connu une ascension jusqu’à De Cercle en Cercle et que c’est devenu plus compliqué avec l’album éponyme. Les gens n’ont pas adhéré… Mais peut-être qu’au final cette étape a été bénéfique au groupe ? En continuant son ascension, il aurait pu définitivement s’essouffler. Alors que là, le groupe a su se régénérer et progressivement redresser la barre et regagner le succès qui était le sien auparavant.

Mouss : Je te rejoins à 100% et je rajouterais qu’à la sortie de De Cercle en Cercle nous étions trop en zone de confort… Mais après deux albums en demi-teinte, nous nous sommes alors trouvés en zone d’inconfort et il nous était alors impératif de sortir quelque chose de beaucoup mieux… Et c’est ce qui s’est passé avec Une Somme de Détails, enregistré avec Fred. Avec ce type de musique, si tu es trop dans une zone de confort, peut-être tu oublies les fondamentaux du pourquoi tu fais ça… J’essaie de faire une petite psychanalyse ! (rire) Pour faire du bon rock, il faut en chier un peu !

 

Mouss, si on prend le temps de lire tes remerciements dans le livret de l’album, il y a de quoi s’inquiéter quant à ta future implication dans le groupe… Ton avenir s’inscrit-il toujours avec Mass Hysteria ?

Oui, oui, oui… J’ai perdu mes parents pendant la création de l’album et ça m’a mis un coup. J’ai réalisé ce que j’avais raté avec eux, pendant toutes ces années pendant lesquelles j’étais pris par mon travail. J’ai l’impression d’avoir raté plein de choses pendant les dernières années de ma vie. J’ai donc beaucoup de regrets malgré 23 ans de carrière, 8 albums… Pendant la phase de composition de l’album, je me suis retrouvé très en retard. D’habitude je remplis des cahiers avec des textes puis je presse, je filtre et j’extraie ce qu’il y a de meilleur. Et là, je n’ai pas réussi à faire ce travail. Je n’étais pas dans mon assiette, en quelque sorte. Au fur et à mesure que la date de l’entrée en studio approchait, j’ai commencé à travailler dans le rush, à essayer de faire des vrais textes. Et puis derrière, il fallait réussir à les chanter en studio, les placer. A la base, je n’aime pas trop être en studio mais j’arrive à faire le boulot, à prendre sur moi. Tu y arrives quand tu n’as que ça à penser. Mais là, avec la perte de mes parents, les échéances du studio de la future tournée, ça m’a pesé sur l’esprit. J’avais l’impression d’être fatigué, je pensais au temps que je ne consacrais pas à mes enfants… Du coup, je me suis dit : « OK, je fais cet album, je le fais bien, puis c’est la tournée et après, je vais faire un break« . Histoire d’arrêter de penser à la musique et à Mass Hysteria, et à de me consacrer à ma famille, d’engager d’autres projets avec ma femme qui souhaite notamment devenir son propre patron et que je souhaite accompagner dans son projet. Je veux juste faire un break de 2 ans, 3 ans, je ne sais pas. Psychologiquement, j’ai besoin de me dire : « Je ne pense qu’à moi, ma famille et notre petit quotidien ». C’est quelque chose que je n’ai fait que par intermittence et je veux que ce soit plus constant à ce niveau. Donc je vais faire un break après la tournée… Mais la tournée semble partie pour durer, quoi ! (rire) J’ai 44 ans mais je pourrais très bien avoir 47 ans quand la tournée va s’arrêter ! (sourire)

Fred : Cette question est légitime : nous nous la posons tous. Quand tu as 44 ans et que tu fais du rock n’roll, tu ne sais pas de quoi demain sera fait. Donc il te faut développer un boulot en parallèle et y accorder du temps, un temps que tu ne consacres pas au groupe. Il est difficile de s’imaginer vieillir avec une guitare à la main et à jouer du metal. Peut-être que continuer à faire des albums, c’est la peur d’affronter une vie réelle à laquelle il faudrait se dédier à 100%. A titre personnel, j’ai peur de me dire qu’il faille arrêter la musique et trouver un vrai boulot qui m’amène jusqu’à 60 balais…

 

Je vous ai amené l’affiche de l’édition 2016 du Hellfest. Des trucs qui vous motivent ?

Mouss : La classe ! [Yann (guitare) rentre dans la loge] Hey Yann ! Viens voir, c’est pour le Hellfest ! Bon pour moi, déjà, y’a Rammstein, un groupe que je n’ai vu qu’en vidéo et ça avait été une grosse claque. J’ai toujours voulu aller les voir et ça n’a jamais pu se concrétiser. L’idée de savoir que je vais jouer sur la même scène qu’eux me donne les frissons. Y’a vraiment du beau monde… Strife : j’ai jamais vu ce groupe que j’adore pourtant !

Yann : Moi, je traîne plutôt du côté des scènes annexes car les têtes d’affiche, en général, je les ai vues 50 fois ! Bon, j’exagère un peu, hein ?! (sourire) Pour moi, il va y avoir Hangman’s Chair : ce sont des potes à nous. Dopethrone : j’adore. Asphyx aussi : Je suis fan. Sur le site, j’aime bien me balader et découvrir des trucs de metal extrême. En général, je prends l’affiche aussi et j’essaie de prendre le temps d’écouter les groupes que je ne connais pas, je découvre, et si ça me plaît, je vais les voir sur scène. Il y a aussi Turnstile, Converge, Walls Of Jericho : je suis fan de tout ça.

Mouss : Anthrax, putain ! Je parle d’Anthrax même si ce n’est pas un groupe dont je suis particulièrement fan, même si j’ai beaucoup d’admiration pour Scott Ian. Je les ai vu il y a quelques semaines à Paris en première partie de Slayer et j’ai pris une grosse claque. J’espère qu’ils seront aussi bons au Hellfest. Gojira et No One Is Innocent : ce sont des potes !

Fred : Et puis le dernier concert de Black Sabbath en France. Je suis également fan de Kvelertak.

Yann : Le Bal des Enragés, Terrorizer…

Mouss : Joe Satriani, putain ! Surfing With The Alien : quel album! Voivod, UK Subs, Toy Dolls: y’a plein de trucs mortels en fait. Tiens, Ratos de Porao, ça existe encore ? Hey, y’a Torche aussi ! J’avais également adoré la prestation de Sick Of It All lors de leur dernier passage. J’avais pris une grosse claque : les mecs sont un peu plus âgés que nous, sveltes et toujours aussi hardcore ! Total respect ! Je ne suis pas super fan de Twisted Sister mais j’aimerais quand même bien les voir !

Yann : Je les ai vus au Heavy Montreal et j’avais été bluffé. Déjà musicalement, c’est du très bon rock n’roll. Et Dee Snider, il défonce sur scène. Il y a aussi Deicide : c’est impressionnant.

 

Allez, je vous laisse conclure :

Mouss : Rendez-vous au Hellfest…

Yann : Et que les gens supportent la scène française ! Même s’ils viennent nous voir en concert, les gens n’imaginent pas à quel point c’est dur de garder en vie un groupe comme le nôtre ou comme Lofofora, No One Is Innocent ou Tagada Jones…

Mouss : Et c’est également compliqué pour les groupes qui arrivent !

Yann : D’autant plus que la scène française n’a rien à envier au reste du monde : elle regorge de purs groupes ! Gojira en est le meilleur exemple : c’est pour moi un des meilleurs groupes au monde.

Mouss : Donc rendez-vous au Hellfest et soutenez la scène française ! Venez nous voir : nous allons faire le plus grand wall of death du week-end ! C’est notre objectif ! (rire)

 

 

Interview : Wombat.

@La Plan, Ris Orangis – 05/12/2015

Un grand merci à Roger (Replica) et John (tour manager)