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Interview exclusive pour hellfest.fr : Hansi Kürsch (BLIND GUARDIAN)

20 février 2016

« Aujourd’hui, à chaque fois qu’on me parle du Hellfest, les gens déclarent que c’est le meilleur festival en Europe »Hansi Kürsch – Webster Hall, New York – 03/11/2015

 

Alors, comment ça va ?

Pas trop mal. C’est notre quatrième venue ici et ça devrait être cool aujourd’hui. Nous avons l’habitude de rassembler pas mal de monde à New York et y jouer est toujours spécial. Donc ça va être super ce soir.

 

Comment se passe la journée jusqu’à présent ?

Elle se passe vraiment très bien. Il faut dire que nous ne venons ici que tous les quatre ans ! Les gens en sont conscients, si bien qu’ils ressentent le besoin impératif de se rendre aux concerts. L’ambiance est bonne à chaque fois. Avant de venir ici, nous avons tourné en Amérique du Sud et ce fut vraiment intense. Mais les shows donnés sur la côte ont également été fabuleux.

 

Ce côté évènementiel lié à la rareté est-il quelque chose que vous cherchez à cultiver ?

Je pense qu’il est important de prendre du temps pour travailler le public. J’ai la conviction qu’il ne faut pas saturer le marché. Même si j’admets qu’une durée de 4 ans est trop longue, il faut concevoir qu’il s’agit également de la durée que requière l’écriture au sein de Blind Guardian. C’est comme ça, il faut s’y faire. Cette gestation induit un trou entre deux tournées qui s’avère être à notre avantage au final. J’aimerais être en mesure de revenir tous les deux ans et demi environ. Je ne pense pas que nous devrions tourner ici tous les ans mais cette absence de quatre ans est trop longue.

 

Pour accentuer la chose : j’ai beaucoup d’amis jeunes qui sont amateurs de power metal et qui n’ont ainsi jamais eu l’occasion de vous voir sur scène, notamment car ils n’ont pas l’âge requis pour pouvoir le faire !

En Europe, il n’y a pas de restriction au niveau de l’âge pour assister aux concerts : tu peux t’y rendre du moment que tes parents te laissent y aller. Je viens de réaliser que les gens doivent avoir 18 ou 21 ans pour voir un concert de Blind Guardian. Il y a donc des gens qui ont grandi au son de notre musique et c’est enfin le moment pour eux de pouvoir nous voir à l’œuvre. Je n’avais jamais pris en compte ce phénomène. Ce n’est qu’en lisant des commentaires sur Facebook de fans âgés de 17 ans que j’ai pu réaliser que ces derniers ne pouvaient pas assister à nos shows. C’est vraiment malheureux. Mais il faut voir le côté positif : nous disposons de jeunes fans et ce serait dommage que la jeunesse ne soit pas attirée par le metal.

 

Comment expliques-tu l’attraction qu’opère la musique de Blind Guardian ?

Je pense qu’elle est due à l’intensité et au caractère individuelle de notre approche de la musique metal. Les gens doivent apprécier l’association des mélodies et de la rudesse qui nous différencie des autres groupes de power metal. Pour autant, nous ne prétendons pas être ce que nous ne sommes pas. Nous mêlons beaucoup d’influences et c’est quelque chose que nous avons toujours fait depuis nos débuts. Il y a évidemment aussi la thématique fantasy liée à notre musique mais je ne pense pas que cette dernière soit essentielle.

 

Vraiment ? Personnellement, c’est pourtant ce qui m’a attiré dans un premier temps ?

C’est juste un sentiment, je n’en ai aucune certitude. Il y a certainement des gens qui voient les choses différemment. Quand je m’exprime par la musique, cela produit une image. Si on écoute la musique de Blind Guardian, c’est une image empreinte de fantasy qui se dégage. J’ai toujours été plus concentré sur la musique du groupe que sur ce qui ressort des textes. Pour beaucoup, ce sentiment pourrait ne pas être le même de prime abord. Je sais que beaucoup de gens se sont intéressés à Tolkien mais aussi que beaucoup se sont intéressés à nous via l’intérêt qu’ils avaient déjà pour Tolkien.

 

Et toi, qu’est-ce qui t’attire dans l’univers fantastique ?

J’aime les analogies, les interprétations. Tu en trouves beaucoup dans l’œuvre de Tolkien notamment. Si je le souhaite vraiment, je peux l’analyser et y trouver énormément de liens avec la réalité. Mais d’un autre côté, je peux aussi apprécier la narration par simple plaisir. Si tu analyses mes textes, tu peux y trouver beaucoup d’éléments personnels sur ma vision de la société mais rien ne t’empêche de les ignorer si tu le souhaites. C’est la même chose pour moi avec l’univers fantastique.

 

Je me suis toujours demandé, à titre personnel, si Tolkien avait été ton initiation au monde fantastique…

C’est une bonne question ! A l’origine, j’étais à fond dans l’horreur et j’appréciais particulièrement Stephen King. A l’école, quelqu’un m’a recommandé Tolkien. Vu que je n’avais qu’une confiance limité en ce gars, je pensé que ce serait un peu craignos. J’ai donc évité la lecture de Bilbo Le Hobbit pendant quelques années ! Puis, par hasard, j’ai découvert que ma sœur possédait ce livre et j’ai commencé à le lire. Et j’ai été transporté ! Je n’avais jamais entendu parler du Seigneur des Anneaux jusqu’à ce que ma sœur m’en parle et j’ai fini par le recevoir à Noël ! Je m’intéressais aussi beaucoup à la science-fiction, à plein d’autres choses mais jamais rien ne m’avait autant marqué auparavant.

 

La science-fiction et l’horreur permettent aussi d’avoir recours aux analogies que tu mentionnes. Pourquoi te cantonner à l’univers fantasy et ne pas t’aventurer sur leur terrain ?

C’est le langage de notre musique. Quand je l’écoute, je perçois une approche narrative particulière. Si bien que l’univers fantasy s’y adapte mieux. J’essaie de temps à autre d’y apporter une touche d’horreur ou de science-fiction si une thématique m’intéresse et que le morceau est plus rugueux ou sonne plus futuriste. Mais d’une matière générale, je reviens plus facilement à la fantasy. C’est du gagnant-gagnant pour moi étant donné que je suis un lecteur avide : j’ai l’occasion de lire beaucoup d’histoires dont je peux m’inspirer pour les faire coller. Ce n’est pas un processus élaboré, c’est juste complémentaire. Si je sens que les éléments ne s’insèrent pas correctement, je change les paroles et, dans la majeure partie des cas, la thématique restera fantasy. Notre musique est hors-norme donc nos story-boards le sont aussi. Je peux tout aussi bien aborder des légendes mythologiques, des thèmes wagnériens, Tristan & Iseult ou la saga de Siegfried : tous ces sujets peuvent trouver leur place. De temps en temps, je les aborde, d’autant plus qu’ils ont plus ou moins trait à la fantasy. Idem avec les légendes bibliques. Les meilleures histoires sont celles qui ont une approche narrative : tu peux même les apprécier si tu n’es pas croyant. Si j’estime que c’est la meilleure association possible, je le fais. Dans de très rares cas, je traite un sujet plus abstrait ou ancré dans la réalité mais pour cela, il faut qu’il s’agisse d’une chanson vraiment spécifique.

 

Tu as l’habitude de te produire devant des publics conséquents à travers le monde. Le public power metal est bien moindre en Amérique du Nord. Qu’est-ce que ça fait de jouer ici devant moins de monde ?

Tout dépend de la salle en elle-même. Si la salle est plus petite mais qu’elle est bondée, le feeling est tellement intense qu’il est identique à celui que je peux éprouver à l’occasion d’un gros concert en Europe. En revanche, si c’est une salle qui peut contenir 1.500 personnes qui n’est remplie qu’au tiers, c’est plus compliqué. C’est un challenge mais c’est un challenge que nous nous efforçons de relever et qui nous motive. J’ai l’impression que nous sommes un groupe hybride : nous pouvons nous adapter en fonction de la taille de la salle. Quand nous nous produisons dans une salle de taille moins imposante, il nous est nécessaire de générer le même enthousiasme quoi qu’il arrive. Même si nous sommes devant 200 personnes, ces gens-là sont tellement dévoués et connaissent si bien notre discographie qu’il est de notre devoir de donner le meilleur de nous-mêmes et qu’ils sentiraient instantanément si nous ne le faisions pas.

 

Blind Guardian est probablement le plus influent des groupes de power metal au monde. Que ressens-tu quand tu constates l’émergence d’une nouvelle génération de groupes qui a été guidée par votre œuvre ?

En fait, j’ai un problème avec l’appellation « power metal ». Il est difficile d’intégrer tous les éléments de notre musique sous le label « power metal ». Je nous considère comme un groupe de heavy metal et à nos débuts, nous nous voyions davantage comme une groupe de speed metal. Mais je sais que beaucoup de jeunes groupes sont motivés par ce que nous faisons. Je veux juste qu’ils se sentent libres de faire ce qu’ils veulent. Je pense que beaucoup de groupes étiquetés « power metal » stagnent : ce qu’ils proposent est bon mais sans plus, ils ne cherchent pas à évoluer. Pendant les années 90, le paysage était plus varié, les gens intégraient des éléments classiques, entre autres, si bien que tout nouvel album n’était pas une logique séquelle du précédent. Notre mission est de montrer que le temps passe très vite et qu’il est toujours possible d’évoluer. Tu ne dois pas te renier mais il te faut grandir avec le temps. Il te faut évoluer continuellement. Je suis satisfait du statut dont nous disposons au sein de la scène mais j’ai toujours de l’appétit.

 

Et tu peux me mentionner le nom de ces groupes de power metal qui stagnent ?

(rire) Bien sûr que non ! Mais la liste serait assez longue ! Ça me rappelle une discussion que j’ai eu avec Kai Hansen qui, lui-aussi a un problème avec ce terme de « power metal ». A nos débuts, nous nous considérions davantage comme un groupe de speed metal et le power metal était à nos yeux incarnés par des groupes comme Vicious Rumors ou Metal Church. Puis, pendant les années 90, c’est davantage devenu quelque chose qui s’est appelé le « True Metal », avec des groupes dans la veine de Hammerfall et consorts, avant de devenir ce qu’on appelle le power metal. De nos jours, dès qu’un côté traditionnel s’exprime, on a recours au terme « power metal ». Ce que j’appelle « traditionnel » se résume souvent à du « heavy metal » mais il y a plein d’éléments que tu peux intégrer sous ce nom. Bien évidemment, il ne s’agit que d’une définition : si quelqu’un nous définit comme un groupe de power metal, ça ne me met pas en colère, je ne m’en sens pas offensé. Si les gens nous considèrent comme « power metal » alors que nous nous voyons comme « heavy metal », peut-être devons-nous laisser les choses se faire.

 

As-tu eu l’occasion de jeter un œil à l’affiche du Hellfest?

Non. En revanche, je sais que le festival a bien grandi. Nous y avons joué il y a quelques années (2007) et le festival était sympa. D’après ce qu’on m’a dit, il a vraiment pris de l’assurance et il ne peut pas être comparé à celui que j’ai connu à l’époque. La qualité proposée semble aussi très supérieure. A l’époque, je l’ai trouvé bien organisé même s’il y a avait certaines carences évidentes. Tout n’a pas été facile pour eux : ils ont appris à la dure. Mais aujourd’hui, à chaque fois qu’on me parle du Hellfest, les gens déclarent que c’est le meilleur festival en Europe.

 

As-tu un message à destination du public ?

Venez chanter « The Bard’s Song » avec nous !

 

Qu’aimes-tu tant concernant la musique ?

Les émotions, le mouvement. La liberté qu’elle m’octroie. Elle me permet de vraiment passer du bon temps. Elle relie les gens entre eux également. Pas uniquement le metal, la musique en général. C’est une importante source pour notre humanité !

 

 

 

Interview : Matt Bacon.

@Webster Hall, New York – 03/11/2015

Un grand merci à Kristin (Nuclear Blast USA).