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Interview exclusive pour hellfest.fr : HANGMAN’S CHAIR [Mehdi Birouk Thépegnier (batterie) & Julien Chanut (guitare)]

11 juillet 2016

« C’est clair que nous nous sommes sentis plus attendus que lors de notre premier passage. La première fois, c’était un peu plus une découverte, voire une découverte complète pour le public. En 2016, les gens sont venus pour vraiment voir ce qu’on donnait. Et nous avons senti une grosse différence quand même : il y avait plus d’affluence, les gens étaient plus dedans, ils chantaient les paroles » – Julien Chanut – Samedi 18 juin 2016

 

Comment se passe ce festival depuis votre arrivée hier ?

Mehdi : Ecoute, tout se passe bien. Nous sommes arrivés hier sur le coup des 15 heures puis nous avons effectué une petite session promo. Nous avons pu regarder quelques groupes mais pas tant que ça, je te l’avoue. Nous avons plutôt fait le tour du VIP, etc. Nous avons joué à 11h40 ce matin et ça s’est bien passé. Nous sommes vraiment ravis, d’autant plus qu’il y avait pas mal de monde.

 

Et ça ne vous fait pas trop chier de devoir assurer des interviews au lieu de profiter pleinement du festival ?

Julien : Non, d’autant plus que nous le faisons avec plaisir. Si les gens veulent dialoguer avec nous, nous le faisons sans soucis et ça fait également partie de notre activité.

Mehdi : C’est une partie du truc à gérer et c’est la moindre des choses que de l’assurer : c’est dans l’intérêt du groupe.

Julien : Et puis, si les questions sont intéressantes en plus…

 

Bah, désolé, mais là, ça s’annonce mal pour vous…

Mehdi : Alors, au revoir, merci ! A la prochaine ! (rire)

 

Bon, deuxième participation au Hellfest (2011-2016). Il est rare que des groupes français soient sollicités plusieurs fois sur une période ramassée, si l’on fait abstraction des poids lourds comme Gojira, Dagoba ou Mass Hysteria. Votre sentiment à ce sujet ?

Mehdi : Je pense que nous devenons un poids lourd ! (rire)

Julien : C’est un grand honneur, quand même.

Mehdi : Nous sommes super ravis d’avoir été rappelé. En 2011, nous avions joué le vendredi à 10h du matin. Cette fois-ci, grâce au dernier album (This Is Not Supposed To Be Positive, 2015), nous avons pu revenir produire le samedi à 11h40. Peut-être qu’avec le prochain nous jouerons à 15h ? (rire) Plus sérieusement, nous sommes très contents que le festival ait de nouveau fait appel à nous car c’est un festival que nous respectons beaucoup. Et qui est respecté à l’échelle mondiale. On y trouve des scènes alternatives, plein de choses différentes : rien que ça, ça impose le respect.

Julien : C’est un des seuls festivals où tu vois cohabiter Black Sabbath et des groupes comme nous sur la même affiche. Je ne suis d’ailleurs pas certain qu’il existe d’autres festivals qui proposent ça, qui osent une programmation aussi éclectique avec des groupes underground comme Goatsnake ou Torche aux côtés de poids lourds comme Rammstein. Proposer les deux, c’est vraiment…

Mehdi : Super respectable.

Julien : Franchement !

 

Trouvez-vous la place laissée aux groupes français suffisante ?

Mehdi : La présence des groupes français est à l’échelle du festival. Vu le caractère international du festival, que des groupes français puissent jouer, c’est déjà très bien.

Julien : Moi aussi, je trouve que l’équilibre est respecté.

 

Revenons à votre concert de ce matin. L’avez-vous vécu de manière très différente qu’en 2011 ?

Julien : Oui, bien sûr. Cette année, nous savions que nous étions un peu attendus, notamment suite aux retours vis-à-vis de l’album qui est sorti en septembre. Nous avons eu une bonne promotion et pu faire en sorte que tout soit bien travaillé. C’est clair que nous nous sommes sentis plus attendus que lors de notre premier passage. La première fois, c’était un peu plus une découverte, voire une découverte complète pour le public. En 2016, les gens sont venus pour vraiment voir ce qu’on donnait. Et nous avons senti une grosse différence quand même : il y avait plus d’affluence, les gens étaient plus dedans, ils chantaient les paroles.

Mehdi : La tente était pleine, il y a eu une vraie réponse de la part du public.

 

Avant la sortie de l’album, aviez-vous le pressentiment que l’album serait aussi bien accueilli : les retours ont été unanimes.

Mehdi : Pas du tout. Nous avons appliqué les mêmes méthodes mais nous l’avons sans doute mieux travaillé grâce aux gens qui nous entourent désormais.

Julien : Auparavant, nous étions très DIY, nous faisions tout nous-mêmes. Nous pouvons désormais mesurer l’intérêt de posséder une bonne structure à nos côtés, d’avoir des gens, une manageuse, pour exécuter le taff que nous n’étions pas capables de faire. Il faut savoir se vendre aux journalistes, aux labels, etc. : le genre de trucs que nous ne savions pas faire. Ou mal ! Ça peut paraître basique mais il faut vraiment avoir une structure derrière toi pour passer une étape.

 

Toutes les planètes semblent alignées pour vous en ce moment. Du coup, quel sentiment domine ? La plénitude ? L’euphorie ?

Julien : Pas d’euphorie, non. Mais de la plénitude, oui. Nous nous sentons vraiment bien car nous arrivons à faire ce que nous voulons faire et les retours sont bons. Quand tu sors un album, tu n’attends pas forcément de beaucoup de bons retours mais au moins à un retour de tes pairs.

Mehdi : Nous évoluons au sein de la sphère doom/stoner, un milieu un peu plus clos, destiné à un public averti. Mais je pense que cet album nous a ouvert de nouvelles portes sans le vouloir. Musicalement, les choses sont arrivées et c’est très bien comme ça.

Julien : Le précédent album (Hope///Dope///Rope, 2012), que je trouve pourtant d’aussi bonne qualité, n’avait pas bénéficié du même travail. Quand tu engages beaucoup de travail et que les retours n’existent pas, tu peux être un peu frustré… Mais grâce au dernier album, nous sommes parvenus à faire plein de concerts, de festivals. C’est clair que ça nous donne envie de poursuivre dans cette voie.

 

Considérez-vous votre musique comme un art au sens large, une sorte de bande-son à un univers visuel, voire spirituel. Iriez-vous jusqu’à proposer de la musique hors du cadre habituel album/live, genre une bande-son à un court ou un long métrage ?

Mehdi : Ce serait en tout cas intéressant de pouvoir le faire mais nous ne nous sommes pas penchés sur la question à ce jour. Pourquoi pas donc, mais sans doute pas avec l’étiquette Hangman’s Chair.

Julien : « Art », c’est peut-être un grand mot. Mais disons que nous concevons tout ce que nous faisons comme une unité : la pochette, la musique, les paroles, le concept. Tu ne peux pas moins travailler la pochette que la musique : tout est très important. C’est notre point de vue, en tout cas.

 

Vous êtes un groupe émergeant qui commence à bien avancer. Comment parvient-on à se développer quand on doit concilier le boulot du quotidien avec sa passion, la musique ?

Mehdi : C’est dur car ça prend beaucoup de temps. C’est quelquefois pesant de gérer les deux mais…

Julien : Mais nous avons toujours procédé de la sorte.

Mehdi : Et je pense que nous ferons toujours comme ça. C’est une question d’équilibre. Car nous avons notre vie à côte, nous n’avons pas que la musique. Si nous devons entreprendre des choix plus importants à l’avenir, nous le ferons car nous avons toujours été maîtres de nos choix et de nos mouvements. Dans l’immédiat nous gardons les pieds sur Terre.

Julien : Et nous savons que nous ne vivrons jamais de cette musique. C’est trop tard. Mais cette cohabitation fait partie de notre équilibre : faire de la musique et avoir sa vie en parallèle et son boulot qui remplit ton frigo… Nous avons besoin des deux.

Mehdi : Entre nous, c’est une affaire de famille, c’est quelque chose qui remonte à longtemps. Nous avons commencé à jouer de la musique ensemble quand on avait dix ans, tu vois ? Nous ne lâcherons pas l’affaire : nous avons besoin de le faire ensemble. Pas pour percer mais parce que c’est vital pour nous. Même si nous ne rencontrions aucun succès, nous persévèrerions pour nous-mêmes. Dans le cas présent, il y a un certain engouement, du buzz, et c’est tant mieux. Mais si ça s’arrête nous continuerons.

 

A moyen terme, quelle est votre ambition : s’installer de manière pérenne sur le marché français ou se diversifier en insistant sur l’étranger ?

Julien : C’est dur en France car il n’y a pas vraiment de culture rock : il n’y a pas de place pour ça.

Mehdi : Je suis peut-être moins radical que toi sur le sujet. Je pense qu’il y a plusieurs méthodes. Nous n’avons jamais autant joué en France que grâce au dernier album. Nous avons toujours davantage joué au Benelux, en Allemagne, en Suisse, qu’en France…. Tu peux percer à l’étranger puis en France ou t’installer en France puis te développer ensuite à l’étranger.

 

C’est l’heure de conclure. Pour ce faire, je vais vous demander de terminer cette phrase pour moi : « Je n’ai jamais raconté cette histoire auparavant et je ne devrais sans doute pas le faire d’ailleurs mais… »

Julien : J’ai super envie de pisser en fait ! (rire)

 

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Elodie (Dooweet).