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Interview exclusive pour hellfest.fr : Frank Novinec (HATEBREED)

8 juin 2016

« Tu ne m’entendras jamais dire quelque-chose d’autre à son sujet. Le Hellfest est AISEMENT le meilleur festival au monde » – Frank Novinec – Le Cabaret Sauvage, Paris – 04.05/2016

 

 

Nemtheanga de Primordial m’a récemment dit qu’il était d’avis que la culture des festivals tuaient les tournées. Partages-tu ce pont de vue ?

Je ne sais pas, peut-être. Je n’y avais jamais réfléchi auparavant. Car les festivals ont toujours existé. Il y a des festivals similaires au Hellfest, au Graspop ou au Download qui émergent aux Etats-Unis un peu partout en ce moment, ce qui n’était pas le cas par le passé. En termes de musique heavy, il y a avait le Mayhem ou le Ozzfest, des festivals itinérants qui se déplaçaient pendant deux mois. Maintenant, ce sont plus des festivals sur un week-end qui se montent ici et là. Peut-être que ces festivals tuent les tournées : peut-être que les gens préfèrent voir tous les groupes dans leur ville en même temps et dépenser tout leur budget concerts à cette occasion. D’une manière générale, la situation de l’industrie musicale est difficile. Les groupes survivent en tournant, plus en vendant des CDs. La situation est compliquée et je n’avais jamais réfléchi à cette question sous cet angle. C’est peut-être le cas, en fait, car nous venons moins souvent en Europe et nous tournons moins que par le passé et nous participons à davantage de festivals. Il nous arrive quelquefois de venir en Europe 4-5 fois dans l’année, juste pour des festivals avec quelques concerts entre 2 festivals. Nous verrons mais j’espère bien que ce n’est pas le cas ! (rire)

 

Hatebreed s’apprête à sortir un nouvel album (The Concrete Confessional – le 13 mai). Pas trop anxieux quant à la réaction à venir des fans ?

Non, car l’album a déjà été partagé pour des chroniques et nous avons aussi sorti 2 vidéos et le retour est super : les gens adorent et ça, c’est plutôt un bon début. Je n’ai pas de crainte que les gens ne l’aiment pas car nous ne sommes pas un groupe qui fait beaucoup évoluer son son. Je ne pense pas qu’il soit bon d’éloigner les gens que la raison qui les a amenés à vous apprécier à la base. Quand tu vas chez ton disquaire pour t’acheter un CD de Motörhead, tu n’as pas envie que ce dernier ne sonne pas comme du Motörhead. Je suis un fervent partisan de l’adage suivant : « Si quelque chose n’est pas cassé, ce n’est pas la peine d’essayer de le réparer ». Bref, je trouve que les retours sont très bons. Sa sortie est prévue le 13 mai et nous sommes excités à cette idée. Nous ne sommes pas un de ces groupes qui sortent un album par an. Pour nous, c’est plutôt un album tous les 3 ans car chaque sortie occasionne des tournées à travers le monde. Donc chaque sortie d’album est pour nous un moment excitant et, je l’espère, également un moment excitant pour tous ceux qui nous soutiennent.

 

Quelle idée se cache derrière le titre de l’album ?

Sortir ce que tu as sur le cœur, exprimer quelque chose. C’est le principe d’Hatebreed. C’est aussi la raison d’être de la musique underground : avoir quelque chose à dire. Que cela soit les gens impliqués dans le milieu de la musique underground, les fans, les musiciens dans les groupes : tous sont des gens différents de ceux de la société normale, du quotidien normal. Nous devons avoir quelque chose à dire. Je trouve que c’est un titre qui colle bien au groupe et je suis très content du choix du titre, de la pochette, de tout le package. Si tu as quelque-chose à dire, exprime-toi, il faut qu’on t’entente. Comme aux Etats-Unis actuellement en période d’élections : tout le monde devrait s’exprimer, surtout les plus jeunes. Peut-être qu’ils ne le font pas tellement d’ailleurs…

 

D’après-toi, quelle est la valeur ajoutée de ce nouvel album ?

Si nous continuons à sortir des albums, à tourner à travers le monde, à jouer dans des festivals… Nous sommes toujours dans un tour bus, ça fait 22 ans que nous sommes là… Je veux dire par là que ça signifie déjà beaucoup. Etre toujours capable de continuer de sortir des albums, à rassembler des gens, à faire les festivals, être bien classés dans les charts : toutes ces choses sont importantes. Et la raison pour laquelle le groupe se porte si bien, c’est parce que nous essayons de prendre des décisions intelligentes. En ces temps où règnent des choses comme les réseaux sociaux et le téléchargement, les groupes pullulent – regarde le nombre de groupes à l’affiche de ce soir (Impericon Fest – 10 groupes). Nous, nous sommes là depuis 20 ans. Est-ce qu’eux seront là dans 25 ans ? Difficile à dire… Mais nous avons eu la chance d’être déjà établis avant que la situation de l’industrie musicale ne devienne aussi merdique qu’aujourd’hui. Hatebreed était un nom connu avant que la situation ne dégénère. Du coup, j’estime que chaque nouveau CD que nous sortons et le fait que des gens continuent de nous suivre sont des trucs énormes au regard de ce que je viens de dire et malgré le fait que nous ne sortons un nouvel album que tous les 3 ans.

 

Je n’ai pas eu la chance d’écouter l’album mais j’ai pu voir le track-listing. Les morceaux sont plutôt courts. C’était une ambition dès les premiers jours pour cet album ?

(rire) Non, non.  Pour être très juste concernant l’album, il y a quelques chansons qui sont sous les 3 minutes pour quelques secondes : quelques secondes supplémentaires et la barre des 3 minutes aurait été dépassée. C’est du Hatebreed typique, typiquement hardcore, de l’agression, de la vitesse : taper là où ça mal fait mal, point barre. Je trouve que ça donne une bonne illustration de ce qu’est Hatebreed en 2016.

 

Tu viens de mentionner le mot “hardcore”. Je ne sais pas si tu seras d’accord avec moi mais j’ai l’impression que Hatebreed est de plus en plus lié au metal, que ce soit au niveau des pochettes, du merch… Jusqu’à quel point Hatebreed est-il encore lié à l’univers du hardcore.

Selon moi, Hatebreed est un groupe qui incarne du hardcore, du metal, du punk rock, du rock… Nous sommes toutes ces choses. Nous jouons avec plein de groupes différents. Nous voulons que tout le monde ne fasse plus qu’un. Nous ne sommes pas assez pour être divisés, tu sais ? Et puis, nous sommes issus de la scène hardcore : nous voulons être positifs, c’est quelque chose que nous gardons de cette scène, nous continuons à jouer devant 200 où 100 personnes quelquefois. Si ça, ce n’est pas hardcore, qu’est ce qui peut l’être ? Nous emmenons des groupes avec nous sur les routes, Jamey (Jasta – chant) a un podcast où il interviewe des groupes de hardcore, il animait Headbangers Ball et il faisait jouer des vidéos, il manage aussi des groupes… Nos mains sont toujours bien trempées dans la scène hardcore. Mais nous devons aussi incarner Hatebreed en même temps. Et Hatebreed est un groupe qui rencontre beaucoup de succès et je suis assez confiant en disant que nous sommes le groupe de hardcore ayant rencontré le plus gros succès au sein de la scène metal. Nous aimons les metalleux et les metalleux nous aiment aussi : j’adore les metalleux. Je serai toujours un skater, je serai toujours un punk rocker, toujours. Nous sommes comme ça, le groupe est comme ça aujourd’hui. Nous ne pouvons que continuer à faire notre truc et espérer que les fans de hardcore continuent à nous apprécier. Et si ce n’est plus le cas, que pouvons-nous faire ? Il n’est pas possible de contenter tout le monde et ça ne sert à rien de se rendre malheureux pour le faire.

 

Autre sujet que je voulais aborde r: les meet and greet payants. C’est quelque–chose avec lequel tu es à l’aise ?

Oui. En Amérique, les gens veulent vraiment pouvoir côtoyer les groupes. Etre pris en photo en compagnie d’un groupe signifie beaucoup à leurs yeux. Nous, voilà comment nous procédons : nous facturons que ce que tu achètes – un pass laminé, un t-shirt, un poster, un sac, des médiators mais au final, ça te coûte moins cher via le meet and greet en fait. C’est comme ça que nous essayons de procéder. Ce n’est pas comme si tu payais pour rencontrer le groupe : la valeur des produits est supérieure à ce que tu payes dans le cadre du meet and greet. Et puis, tu peux être pris en photo avec le groupe au complet, nous te signerons tout ce que tu veux et nous passerons du temps avec toi. C’est assez cool comme ça. Maintenant, je sais que des groupes de rock font payer 200 dollars pour un meet and greet, tu vois ce que je veux dire ? Donc là, c’est un petit peu différent ! (rire) Nous essayons de donner aux gens assez de trucs pour qu’ils soient contents. Bien sûr, tu pourras toujours nous guetter à proximité du bus et espérer rencontrer chacun de nous mais en aucun cas tu n’arriveras à obtenir autant en dehors du meet and greet. Je pense que si des gens veulent payer un extra pour ça, pourquoi pas. Aux States, tu trouves une multitude d’options : tu peux acheter un simple meet and greet, un meet and plus avec la place de concert, un meet and plus avec la place de concert et le téléchargement de l’album… Aux States, les groupes essaient de recourir à ce système car les CDs ne se vendent plus. Tu gagnes de l’argent sur la route et il te faut sortir de certains schémas. C’est un phénomène très populaire en Amérique, particulièrement au niveau des groupes de metal et de rock. En Europe, c’est plus ambigu donc nous ne le faisons pas. Les gens ne semblent pas avoir forcément adhérer… Mais, je comprends, pas de problème. (sourire)

 

J’ai vu Hatebreed sur scène pour la toute première fois en 2002 à l’occasion du Resistance Tour. Tu ne faisais pas encore partie du groupe mais tu étais déjà proche des gars. Quelle est la différence principale entre le Hatebreed de 2002 et le Hatebreed de 2016 ?

Pas aussi bourré! (rire) Et pas aussi tapageur. Et plutôt plus futé vis-à-vis du business de la musique.

Hatebreed 2002… C’était une grosse période pour le groupe : signature sur une major, une nomination aux Grammies en 2006, je crois… Quand vois tous ces trucs qui se sont enchainés pour ce petit groupe de cave du Connecticut jusqu’à aujourd’hui… Je pense que, de nos jours l’industrie musicale est tellement soumise à de nombreux changements que nous souhaitons surtout continuer à exister en tant que groupe, qu’il reste pertinent, continuer à jouer. A l’époque, le groupe était sur une pente ascendante. Impossible de s’imaginer que les gens allaient délaisser les CDs et qu’il serait plus difficile pour les groupes de subsister. Quand tu es un petit groupe de hardcore qui vient d’écouler 100,000 disques vendus chez Victory Records et qui vient de signer chez Universal, tu n’envisages pas ce genre de choses… Quand tu as le vent en poupe, tu ne penses pas à ça. Alors que quand tu deviens plus âgé, tu deviens aussi plus sage. En 2002, j’avais, voyons… 30-31 ans. Et je suis plus futé aujourd’hui que je l’étais à l’époque, c’est clair. L’autre jour, nous étions en train de parler de Kurt Cobain, de Jim Morrison et de tous ces artistes décédés à l’âge de 27 ans car nous regardions un documentaire à ce sujet. Nous disions : « Mec, quand tu as 27 ans, tu ne connais vraiment rien à la vie ». Peut-être que tu penses le contraire quand tu as 27 ans mais, aujourd’hui, j’ai 44 ans et j’ai une bien meilleure connaissance. La grande différence entre 2002 et 2016, c’est que nous sommes plus futés aujourd’hui.

 

Quel est ton album favori d’Hatebreed?

Soit Satisfaction Is The Death Of Desire, soit The Rise of Brutality, ouais. Je ne joue pas sur ces albums, tu sais, Mais j’étais un fan du groupe avant même d’en faire partie et j’en suis toujours un fan aujourd’hui ! (sourire)

 

Une date maintenant: 22 juin 2007. Ça te rappelle quelque chose?

… Nous étions en Europe ?

 

Oui.

… Il va falloir que tu m’aides là-dessus…

 

Vous étiez en France. Au Hellfest 2007. Vous étiez au Hellfest pour la toute première fois…

C’est quand il y avait du vent et qu’il n’a presque pas eu lieu ? (rire) Je me souviens de ça ! Il y avait aussi Slayer et nous avons joué nous aussi, alors que d’autres groupes ont dû annuler… C’était sauvage ! Le Hellfest est mon festival préféré au monde. Je le répète tout le temps en interview. Tu ne m’entendras jamais dire quelque-chose d’autre à son sujet. Le Hellfest est AISEMENT le meilleur festival au monde. Pour quelqu’un comme moi. Il y a des groupes comme Deep Purple ou Kiss, des groupes que j’ai idolâtrés en grandissant et je les aime toujours à mort ! (il montre ses tatouages à l’effigie des membres de Kiss) Tu passes du temps avec tes amis, tu joues avec Napalm Death, tu vois des groupes fantastiques genre Monster Magnet… Tout le monde y trouve son compte. Pour quelqu’un comme moi qui écoute plein de trucs différents, c’est inégalable. Et quand tu vois comment le Hellfest a grandi depuis qu’il… Il avait un nom différent à l’époque…

 

Fury Fest.

Fury Fest, ouais! Je crois qu’Agnostic Front y a joué à la toute première édition… (C’est correct, en 2002). Quand on voit ce que le festival est devenu… J’aimerais pouvoir y jouer chaque année ! Mais je me contente d’y jouer tous les 2 ans! (rire) Je me souviens de ce show de 2007. C’était effrayant. Le vent soufflait, Slayer jouait, Korn était supposer le faire… Le temps joue quelquefois un rôle dès lors qu’il s’agit d’un festival en plein air… Je m’en souviens assez clairement malgré tout ce que j’ai bu depuis ! (rire) J’adore le Hellfest et je suis vraiment excité à l’idée d’y jouer de nouveau cette année. Je suis également très excité à l’idée de jouer avec Turbonegro. Je sais que les Melvins jouent le même jour que nous. Mais le grand jour, c’est le dimanche : Slayer, Black Sabbath, King Diamond, tous ces groupes… Mais ce serait vraiment stupide de se plaindre : c’est juste cool d’y revenir.

 

Penses-tu que le festival ait pu perdre une partie de son esprit originel ?

Je ne peux pas voir ça, tu sais ? Mais c’est difficile pour quelqu’un comme moi de pouvoir me rendre compte : quand j’y viens, je joue, je prends du plaisir et je cours d’une scène à l’autre pouvoir voir des groupes. Je ne suis pas dans le public, même si je me rends à l’Extrême Market pour acheter des t-shirts. Nous n’y sommes présents qu’un jour tous les 2 ans : difficile de constater ça. Je pense que ça concerne toute chose qui grandit, tu sais ? Particulièrement quand les gens adorent quelque-chose qui est petit et que personne ne connait. Et quand tout le monde se met à l’aimer, c’est : « Noooon ! ». Ҫa leur gâche le plaisir. Mais je comprends, je comprends cette mentalité. Ça reste un super festival et j’espère vraiment que les gens qui s’y rendent – pas simplement les Français car je sais que des gens du monde entier y vont – réalisent à quel point ce festival est spécial et unique. OK, le Download, c’est super. Mais il est question de groupes de rock. OK, le Wacken, c’est super. Jouer devant 100.000 personnes, c’est genial. Mais ça ne concerne que des groupes de metal. Tu sais, le Hellfest devient vraiment quelque chose de spécial et j’espère que les gens s’en rendent compte.

 

 

Interview : Wombat.

Le Cabaret Sauvage – 04/05/2016

Un grand merci à Valérie (Nuclear Blast) et Marcus (tour manager)