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Interview exclusive pour hellfest.fr : ENSLAVED [Ivar Bjørnson (guitare)]

20 septembre 2016

20« Nous apportons beaucoup de fond à ce que nous faisons. Il nous arrive d’être pompeux ou démesurément sérieux mais ça fonctionne. Les gens apprécient ça » – Ivar Bjørnson – Dimanche 19 juin 2016

 

 

Comment vas-tu ?

Je vais très bien, merci. Je suis enthousiaste à l’idée de me produire le dernier soir du Hellfest. Normalement, nous jouons plutôt ici le vendredi !

 

Et comment se passe cette édition à ton niveau ?

C’est génial à chaque fois. Le Hellfest commence le jour de la première annonce car c’est dingue à chaque fois. Les gens plaisantent en disant que tous les groupes du monde sont à l’affiche mais il faut le prendre comme un compliquent et comprendre qu’il est question en fait de tous les groupes qui comptent. Dès que nous aurons fini notre set, nous allons courir pour voir Black Sabbath et King Diamond. C’est excitant et assez irréel.

 

Comment se passe la collaboration avec Simon, votre manager ?

C’est assez fantastique. Son apport est extrêmement positif. Notre ancien manager, qui s’avère être ma femme, a dû jeter l’éponge l’année dernière. Elle travaillait avec nous depuis 2005 mais une opportunité professionnelle qu’elle ne pouvait pas refuser s’est présentée à elle, si bien qu’elle a dû stopper avec nous. Depuis l’automne dernier jusqu’à février ou mars dernier et l’arrivée de Simon, j’ai géré quelques trucs moi-même. Mais c’est vraiment super depuis que Simon est là. Ça va mettre un peu de temps pour qu’il puisse complètement maîtriser toutes les spécificités du monde d’Enslaved mais jusque-là, travailler avec lui a été super.

 

Et c’était comment, d’avoir ta femme comme manager du groupe ? Ce principe n’est en général pas une très bonne idée…

J’ai déjà entendu ça ! Pour plaisanter, nous l’appelions Yoko. La situation peut ne pas s’avérer raisonnable, surtout au regard de toutes ces histoires connues. Moi, j’écris la musique donc je peux n’avoir qu’une vision étriquée concernant d’autres aspects et j’ai donc tendance à perdre de vu la principale perspective. C’est moi qui, en 2000, ai eu l’idée de recourir à un manager externe. Ce fut donc bizarre quand ma femme nous a rejoints, même si elle n’était pas ma femme à l’époque. Elle est devenue notre manager car elle avait une opinion qui lui était propre. C’était sain car beaucoup de ses points de vue s’avéraient opposés aux miens. Il y a eu une poignée de conflits au sein du groupe ces 10 dernières années et la plupart du temps, elle ne s’est pas rangée à mes côtés. C’est bien qu’elle ait pu s’impliquer pour résoudre ces tensions au sein du groupe. La façon dont elle gérait ces désaccords était la preuve qu’elle savait faire abstraction d’avec qui elle était mariée et qu’elle agissait avant tout dans l’intérêt du groupe.

 

Des désaccords de quel type ?

Le premier désaccord sérieux est arrivé quand Arve (Isdal – guitare) a commencé à davantage s’impliquer au sein d’Audrey Horne. Ce qui est assez ironique, c’est que je l’ai aidé dans son entreprise au début. Il y avait un sujet de loyauté à mon niveau, j’avais du mal à le voir jouer avec son autre groupe sur les mêmes festivals. Imaginer qu’il puisse davantage s’impliquer dans un autre groupe était vexant pour moi. Je m’étais tellement investi dans Enslaved que je ne l’ai pas bien pris. La situation est devenue très personnelle et émotionnelle pour Arve et moi. Ma femme nous a réunis et a déterminé comment les choses devaient fonctionner et établir des compromis. Arve a besoin d’avoir son groupe en parallèle pour pouvoir laisser libre cours à sa créativité. Et le problème a été ainsi réglé.

 

D’autres désaccords ?

Juste des bêtises ! Celui que je viens de mentionner a plus de fond.

 

La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à l’occasion de la tournée avec Between The Buried And Me. Ce soir, vous allez jouer devant 20 fois plus de monde. Qu’est-ce que ça fait ?

Avant, ça nous paraissait dingue. C’est un peu comme avec un décalage horaire, en fait. Ton esprit est confus et ton corps est affecté. Nous gérons mieux la situation désormais. Les deux contextes sont excitants. Au début, ça m’inquiétait un peu : jouer sur de grosses scènes puis devoir retourner jouer en club… Mais il s’avère que les deux fonctionnent. Dans un club, tu as vraiment le public face à toi, il y a davantage de communication. Tu peux plaisanter et établir une certaine tension. A Londres, à l’occasion de la tournée By Norse, nous n’avons joué que des vieux morceaux et les gens ne continuaient à ne réclamer que des vieux morceaux. Ça ne m’ennuie pas du tout même si on peut le penser quand je le dis. Ça montre juste que les gens en veulent davantage. Ils sont vraiment enthousiastes vis-à-vis de nous.

 

Et rien que les super fans d’Enslaved donnent envie de poursuivre…

Exactement. Pour eux, Enslaved compte énormément. Ils ont leurs morceaux préférés, lesquels sont associés à des moments importants de leur vie.

 

Pourquoi Enslaved est-il si important pour les gens ?

Parce que nous apportons beaucoup de fond à ce que nous faisons. Il nous arrive d’être pompeux ou démesurément sérieux mais ça fonctionne. Les gens apprécient ça.

 

Quels sont les groupes qui n’apportent pas de fond ?

(rire) Ce n’est pas à moi d’en juger. Tu trouveras des gens qui trouvent un sens à ce qu’ils lisent sur une carton de lait donc qui suis-je pour juger de ce qui a du sens et de ce qui n’en a pas. Je peux avoir ma propre opinion mais c’est le consommateur final qui décide. Si c’est une fille de 12 ans et qu’elle aime les groupes de metal à la mode, je ne peux rien y faire !

 

 

Interview : Matt Bacon.