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Interview exclusive pour hellfest.fr : CROBOT [Brandon Yeagley (chant)]

20 août 2016

“Heureusement que j’ai un chien. C’est lui qui m’écoute le plus et il est toujours d’accord avec ce que je dis” – Brandon Yeagley – Samedi 18 juin, 2016

 

 

Tu as deux cigarettes et deux bouteilles dans les mains… Tu ne fais pas semblant…

Je ne suis là que pour passer un bon moment.

 

Les cigarettes et le vin sont obligatoires pour ce faire ?

Pas obligatoires mais ils ne peuvent pas faire de mal !

 

Tu ne penses pas qu’après un certain stade, ça commence un peu à piquer quand même ?

Je pense que ça peut arriver si tu dépasses les limites. Je ne suis pas un surfeur mais j’apprécie de surfer sur la vague. Une des grandes problématiques de ces festivals repose sur le fait de déterminer à quel endroit la vague va casser. Et si tu restes suffisamment à distance de celui-ci, ça va bien se passer.

 

Et comment as-tu appris à surfer cette vague ?

De la même façon que pour parvenir à jouer à Carnegie Hall : en travaillant !

 

Et comment se passe cette première expérience au Hellfest ?

Ça se passe super bien. Tout le monde est super cool. Nous sommes tombés sur les gars de Fu Manchu et d’Hermano : nous les adorons. Nous avons également revu Phil Campbell que nous n’avions plus vu depuis que nous avons tourné avec lui. C’était sympa de le revoir. Tout le monde a envie de se lâcher, de boire des coups et de passer un bon moment.

 

Qu’est-ce que ça fait de pouvoir avoir tourné avec Motörhead avant que Lemmy ne rende l’âme ?

Ce mec ne s’arrêtait pas une seconde. Il montait sur scène tous les soirs. Il flânait toujours backstage. Le fait d’avoir pu cohabiter avec une icône comme lui est un sentiment incomparable : impossible de le résumer avec des mots. Nous avons été tellement reconnaissants d’avoir eu l’opportunité de pouvoir évoluer au contact de des mecs de Motörhead. Nous dinions tous les soirs avec eux au catering et ils nous racontaient plein d’anecdotes. Tu es assis et tu te demandes alors comment tu as fait pour te retrouver là. Putain, merci pour tous ces moments, Lemmy !

 

Mon père a assisté à un concert de cette tournée en ma compagnie et quand Lemmy a quitté la scène, il m’a dit : « On dirait qu’ils vont remettre Lemmy dans son cercueil ». Dans quelle mesure ce point de vue peut-il s’avérer correct ?

C’était marrant car nous avions entendu des rumeurs disant à quel point il était malade. Je me souviens qu’un jour, à Las Vegas, les rumeurs laissaient supposer qu’il ne pourrait peut-être pas jouer le jour-même. Et ce soir-là, sitôt son set terminé, il a quitté la scène, a traversé la salle, est entré dans un casino et puis il a commencé à jouer. C’est un très trucs les plus rock star auquel j’ai pu assister. Alors que chacun pensait qu’il allait rejoindre son cercueil, il allait juste jouer aux machines à sous ! Il a regardé notre set à plusieurs reprises et discutait avec nous. Nous étions comme des gamins en admiration. Nous le remercions puis nous courions nous cacher dans notre loge !

 

Il semble que votre carrière connait une ascension assez fulgurante. Qu’en penses-tu ?

Je n’en sais rien, mec ! Je pense fermement qu’il y a une grande part de chance dans tout ça et que nous avons étrangement disposé des bonnes cartes au bon moment. C’est également le cas concernant la rencontre avec notre producteur. Nous jouions un court set dans le cadre du festival SXSW, très tôt le matin. Ce mec s’est pointé, s’est lâché au son de notre musique puis il s’est présenté à nous, nous disant qu’il produisait également Clutch, etc. C’était en fait un des mecs avec qui nous rêvions de travailler. L’unique raison pour laquelle il a assisté à notre show, c’est parce qu’il venait de la côte est et qu’il n’avait pas réglé sa montre. Il s’est donc pointé une heure en avance et il a vu notre set à la place de celui du groupe prévu. Nous nous sommes entendus puis il nous a présentés à Clutch et nous sommes partis en tournée avec eux pour ce qui a été une de nos plus grosses tournées : ça nous a permis de commencer à poser notre empreinte. Tout ça grâce à cette rencontre avec ce producteur et le fait que les gars de Clutch nous appréciaient. Ils nous ont embarqués sur la route et ça a été sauvage. Une succession de circonstances… Une chance sur un million.

 

C’est comme si… Dieu vous avait choisis ?

Je n’irais pas jusque-là mais je nous sommes honorés d’avoir pu atterrir sur le bon tas de merde

 

N’est-ce pas un tas de merde trop terrifiant ?

Pas terrifiant et à l’odeur plus plaisante que tu pourrais le penser. C’est clairement un tas de merde mais si tu atterris dessus de la bonne façon, tu garderas le sourire quoi qu’il arrive.

 

J’aime la façon dont les acteurs de l’industrie musicale réalisent à quel point cette dernière est un gros bordel.

C’est clair. C’est un double discours constant. Mais cette situation est similaire un peu partout, même si tu as un job normal de 9h à 17h. Nous avons juste la chance de ne pas avoir à subir les contraintes de la vie quotidienne de beaucoup d’autres personnes. Nous avons juste à donner des concerts. Impossible de se plaindre. Je ne sais même plus ce qui est du domaine du réel aujourd’hui !

 

Et être déconnecté de la réalité n’est pas une source d’inquiétude ?

Si, clairement ! Quand je rentre à la maison… Heureusement que j’ai un chien. C’est lui qui m’écoute le plus et il est toujours d’accord avec ce que je dis. Expliquer ça à des proches est définitivement plus compliqué. C’est difficile de tout mettre en perspective quand tu es tous les jours soumis à une culture et un environnement différents. Quand tu rentres à la maison, tu t’aperçois que rien n’a changé depuis que tu es parti.

 

Et “la maison”, c’est où pour toi ?

N’importe où entre le nord du New Jersey et le centre de la Pennsylvanie. Je suis un pro du squattage de canapé !

 

Penses-tu que le fait d’être issu de campagne pennsylvanienne a un impact sur ta musique ?

Nous sommes issus d’une région très rurale de la Pennsylvanie, en fait. Dans ces coins très reculés, il n’y a pas grand-chose à faire. Avec un peu de chance, tu rencontres des gens avec qui jammer, sinon tu en rencontreras d’autres avec qui prendre des amphétamines. Nous n’avions rien d’autre à faire quand nous avons débuté le groupe. Nous nous levions, prenions le petit-déjeuner en commun, nous fumions jusqu’à être super stone puis nous allions jammer pendant 12 heures dans une grange et écrire autant de morceaux que possible. Nous essayions de les jouer et jetions la moitié d’entre eux. Puis nous en écrivions de nouveaux. Il n’y avait rien d’autre à faire. Ne serait-ce que pour aller dans un bar, il fallait rouler pendant 45-60 minutes : nous étions trop stoned pour pouvoir le faire.

 

Qu’aimes-tu autant concernant la musique ?

Je l’aime dans son entièreté. J’aime avoir la possibilité de pouvoir lui donner des visages, des sons différents. Je peux me déhancher et les gens ne peuvent pas me dire que c’est mal car je peux leur rétorquer que c’est de l’art. En toute honnêteté, j’aime le fait que par son biais il soit possible de s’exprimer d’une façon qu’il ne serait pas possible de faire avec des mots. Ça te procure un sentiment plus planant que n’importe quelle drogue. La musique, c’est mon addiction. La musique, c’est ce que je suis.

 

Quelques paroles sages pour conclure ?

Laisse tomber !

 

 

Interview : Matt Bacon