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Interview exclusive pour hellfest.fr : Bobby « Blitz » Ellsworth (OVERKILL)

3 juin 2016

« Je suis vraiment fier du fait qu’en 35 ans de carrière, les gars et moi n’avons jamais eu le sentiment de faire les poches des gens ! »– Bobby « Blitz » Ellsworth – Le Trabendo, Paris – 03/04/2016

 

 

La première question est la suivante : quel effet cela te produit de te retrouver sur l’affiche du Hellfest 2016 ?

C’est un sacré honneur ! Je veux dire que, parmi tous les festivals qui existent sur la planète aujourd’hui, le Hellfest fait partie des petits derniers… Si tu regardes du côté des festivals allemands ou ceux qui se produisent ailleurs en Europe… Et évidemment, le Hellfest est le plus important sur le territoire français en termes de festivals de musique metal, donc tu penses bien que nous sommes heureux d’être à l’affiche cette année. Donc, j’apprécie le fait que le Hellfest fasse partie des petits derniers de la basse-cour des festivals d’une part, et qu’il se déroule en France d’autre part. Parce que la France, c’est un nouveau terrain de jeu pour le Metal. Et la réputation du festival grandit chaque année. Tu sais, crois le ou non, les mecs en causent tout le temps, ça jase en permanence sur le Hellfest. Quand je suis en coulisses, tout le monde parle du Hellfest. Et c’est toujours la même question qui revient : « Alors, t’as des nouvelles du Hellfest ? ». Donc j’ai entendu plein de bonnes choses au sujet du festival, et tu imagines bien que, dans ce contexte, lorsque tu as la possibilité d’y participer pour la première fois, cela devient très excitant et… Merde !!! (Bobby bondit du canapé d’un seul coup et se précipite sur sa chemise qui est en train de cramer alors qu’il l’avait posée sur une lampe du tour bus)

 

Qu’est ce qui se passe ? C’est ta chemise ?

(rire) Oui, c’est ma chemise ! Oh putain !!! (rire) Je reviens : je vais prévenir le chauffeur de bus pour qu’il ne s’inquiète pas !… (Bobby est de retour 30 secondes plus tard, toujours en riant) Je peux expliquer ce qui se vient de se produire pour ton interview si tu veux ?

 

Oui, bien sûr Bobby, fais toi plaisir !

Et bien, ce qui vient tout juste de se produire est que j’avais posé ma chemise sur une des lampes du tour bus et j’ai vu que de la fumée commençait à se propager à l’intérieur de la pièce dans laquelle nous sommes en train de faire l’interview ! (rire) Oh, merde : attend il y a le feu là-dedans ! Mais bon, revenons à la question initiale : j’ai hâte de jouer au Hellfest !

 

Lorsque tu te produiras au Hellfest, ce sera le même jour que Anthrax, Testament, et Sacred Reich qui sont tous des pionniers du courant thrash metal. Un courant “thrash metal revival” est actuellement mené par des groupes tels que Havok ou Dust Bolt qui sont également à l’affiche du Hellfest le même jour. Connais tu ces groupes et si oui, que penses-tu de cette nouvelle scène ?

Tu sais, je pense que ce qui est super dans le « thrash metal revival », c’est qu’il injecte une bonne dose de jeunesse dans le thrash, avec les groupes que tu as cités. Et bien sûr, lorsque tu cites Anthrax, Sacred Reich, Testament et Overkill, tu fais vraiment référence à la sagesse que tu compares à la jeunesse. Tu sais, de mon point de vue, c’est probablement plus naturel lorsque cela vient de la jeunesse, comme Havok que tu citais tout à l’heure. Et je pense que, d’une certaine manière, cela motive des groupes comme Overkill ; parce que ces jeunes groupes… Je n’irais pas jusqu’à parler de renaissance, mais… Ils réinstallent l’énergie, et je pense que c’est la raison pour laquelle ces jeunes groupes existent. Et nous ne voulons pas être en opposition avec eux, donc cette coexistence est des plus amicale qui soit. Et les gagnants dans tout cela restent les fans qui apprécient cette musique.

 

Les pionniers du thrash comme toi sortent des albums ultra-violents de nos jours. Quelles en sont les principales raisons d’après toi ?

Je pense que l’on peut davantage parler d’énergie que de violence. Peut-être un peu d’agressivité, certes, mais je ne pense pas qu’Overkill soit un groupe violent. Je parlerais donc davantage de puissance. Nous avons des recettes différentes au sein de notre courant musical, par exemple, on peut parler de la Côte Ouest ou d’un groupe de thrash européen. Je pense que nous sommes plus basiques… La Côte Ouest a un son spécifique, agrémenté de différentes épices. Et je pense que les groupes allemands sont eux aussi légèrement différents des autres groupes européens. Mais je pense que tout cela vient de… L’expérience en premier lieu. Ensuite, vient le degré de bordel que tu introduis dans ta musique et dans ton son. Quand tu as acquis une expérience similaire à la nôtre, tu peux parler de bordel organisé ! Donc tu sais exactement ce que tu es en train de faire, et quand tu le fais : tu maîtrises la situation. Il y a quelque-chose de vraiment très intéressant dans notre recette, parce que tu peux construire une putain de bombe musicale sur-énorme ! Et quand tu as chopé cette drogue en toi, tu en veux toujours plus. Ça devient énorme, et ça prend des proportions toujours plus importantes. Si tu crois que… Les gens pensent qu’il suffit de se poser autour d’une table au milieu d’une pièce pour définir la façon dont les choses vont se passer… Cela n’arrive jamais ! Il n’y a jamais de prévisions, on parle vraiment sensations d’agressivité et de puissance là ! Je pense que nous avons ça dans le sang !

 

As-tu pensé à reprendre la chanson “Overkill” de Motorhead en hommage à Lemmy sur scène ?

Non… Nous le faisions par le passé, quand nous jouions “Fuck You!” et que nous insérions “Overkill” en plein milieu. J’ai eu l’honneur de monter sur scène pour jouer avec lui à Berlin en 2008… Il m’a appelé sur scène et m’a laissé chanter avec lui… Depuis sa mort nous n’en avons pas parlé. Tu sais, nous sommes en train de jouer sur nos premières dates depuis son décès, et donc nous n’avons rien préparé à ce sujet. Je sais tout ce que Lemmy a fait pour tout un chacun… Compte tenu de ma propre expérience personnelle et les souvenirs que j’en ai, je préfère que cela reste ainsi, parce que nous avons vraiment vécu de grands moments ensemble. On lui rendra hommage, c’est sûr, mais plus tard… Pas maintenant en tous cas.

 

En parlant des prestations scéniques, avant de monter sur scène, as-tu des rituels particuliers ?

Non, pas vraiment. Oh… Je m’échauffe la voix un peu, je m’étire, je bois une bière, je me détends… Mais ce n’est pas comme si je m’installais dans une pièce pour faire tout ça, hein ?! Je prends quelques aspirines, j’essaye de me relaxer…Bon ok, tu as raison, c’est une espèce de rituel quelque part ouais ! Mais je fais des trucs simples, il s’agit davantage d’habitudes que de rituels en fait !

 

Lorsque le groupe est en tournée, trouvez-vous le temps de composer des nouveaux morceaux ? Je crois savoir qu’un nouvel album d’Overkill est attendu pour l’automne par exemple…

Nous avons complétement finalisé 5 chansons, il nous reste encore les arrangements à faire et, bien sûr, nous allons continuer à bosser là-dessus. Lorsque nous tournons aux USA, nous avons une sorte de studio d’enregistrement que nous trimballons avec nous dans le bus, donc nous pouvons y enregistrer quelques démos par exemple, après les concerts ou plus tard pendant la tournée. Parce que tu sais, les concerts te procurent une énergie incroyable, où que cela soit, à New York, Paris ou Miami et donc, enregistrer une demo dans le bus est une putain de bonne drogue !

 

S’il n’y avait eu de guerre froide entre la Russie et les Etats-Unis, le nom de ton groupe aurait-il été différent ?

Oh mon Dieu ! Pas Motörhead, en tous cas ! (rire) Tu dois comprendre que nous n’avons jamais eu aucune motivation politique ou quoi que ce soit ! Nous étions des gamins de banlieue qui aimaient picoler des bières et rencontrer des gonzesses ! (rire) Nous étions à la recherche d’un nom qui devait susciter la puissance, et le nom d’Overkill a été utilisé à des fins politiques par tout une génération à propos de la guerre froide, mais la réalité était tout autre car nous n’étions qu’un groupe de reprises, et bien évidemment nous aimions l’album « The Ace Of Spades » !

 

Que penses-tu de la longévité de tes relations avec D.D.(Verni- basse) ? Cela explique-t-il la régularité et les nombreux albums dont le groupe est l’auteur ?

Et bien tu sais, nous n’évoquons que rarement la nature de notre relation… Nous avons les mêmes principes de vie, les mêmes valeurs, je pense que nous avons bien conscience de ce que nous sommes, et lorsque tu as conscience de ce que tu es et que l’autre personne avec qui tu fonctionnes l’est également, c’est un énorme facteur de confort et de constance… Tu vires toute la merde qui t’entoure, il n’y a pas de sujet d’ego. Tu deviens en fait les deux mecs qui font le boulot ! Nous sommes issus de l’immigration européenne, nos grands-parents étaient des ouvriers qui partaient bosser avec leurs gamelles et leurs paquets de clopes… Je pense que lorsque tu as ces valeurs au sein d’un groupe, cela aide à faire en sorte que le boulot soit fait et bien fait. Donc nos relations actuelles viennent de là, nos principes de vie, et le succès de leur longévité aussi. Nous savons quels types de personnes nous sommes, nous n’avons pas besoin de beaucoup nous parler lorsque quelque chose ne va pas, cela vient plutôt naturellement, c’est notre réalité.

 

Comment comptes tu célébrer les anniversaires respectifs des albums Horrorscope (25ème anniversaire) et Feel The Fire (30ème anniversaire) cette année ?

Ecoute, nous allons faire un truc vraiment très spécial à la fin de cette tournée, car nous allons enregistrer les deux albums en live sur un seul et même DVD, en Allemagne à Oberhausen. Et je suis en fait très fier de ce projet, parce que nous allons y prendre une bonne part de responsabilité. En effet, nous serons co-promoteurs sur ce concert. Donc cela n’est pas aussi simple que de dire « Hé, on veut faire ça »… Nous avons évalué le budget nécessaire, et nous y avons travaillé avec un partenaire allemand pour faire en sorte de réaliser ce projet. Donc nous allons prendre un risque, et en fait nous avons dit à Nuclear Blast que nous avions une super idée, et que nous souhaitions qu’ils s’associent à nous sur ce projet. Maintenant, il ne nous reste plus qu’à répéter sans relâche jusqu’à la date fatidique… C’est en quelque sorte ce que nous allons faire ici ce soir à Paris, répéter sur un concert d’une durée plus longue que d’habitude, avec quelque chose comme une vingtaine de morceaux à interpréter… Car nous voulons vraiment être au top pour l’enregistrement de ce DVD, et pour ce faire, nous devons être parfaitement huilés, comme des machines. Donc ce soir, nous jouerons au moins 5 morceaux de l’album Horrorscope et 7 morceaux de l’album Feel The Fire.

 

Quelles sont tes principales satisfactions avec Overkill ? Quelle est selon toi l’expérience la plus réussie avec Overkill ?

Tu sais, je suis un mec simple qui vit dans un monde compliqué ! (rire) Je me rappelle de ma nièce qui me demandait, lorsqu’elle allait à l’université : « Qu’est-ce que tu souhaites vraiment faire dans la vie » ? J’ai répondu : « J’ai passé plus de 30 ans à travailler en jean, voilà ce que j’ai fait de ma vie !» (rire) J’ai délibérément pris mes distances avec cette partie de la société dans laquelle tu passes ton temps tel un rat dans une course contre la montre. J’ai décidé de courir ma propre course. Et c’est vraiment ce qu’il y a de plus important pour moi. J’évolue au sein d’un groupe qui perdure, et qui a traversé des périodes difficiles, notamment celle où les mots « heavy metal » étaient considérés comme des gros mots. Quand on nous disait : « Hey, arrêtez les gars, ça craint ce que vous faites ! », Nous, nous répondions répondait « Nous sommes désolés, nous ne vous entendons pas car le son de nos guitares est trop fort ! » (rire) Donc c’est une putain de fierté de réaliser que tu as les couilles d’être toujours debout, surtout lorsqu’il est nécessaire de l’être ! C’est une chose de le dire, et c’en est une autre de le faire. Et nous l’avons fait. Donc voilà où se trouve ma plus grande fierté !

 

Il y a quand même bien dû y avoir des jours où tu as dû avoir envie de jeter l’éponge et d’essayer de faire autre chose, pas vrai ?

Non, cela n’a même jamais fait l’objet d’une discussion. Attention, je ne dis pas que nous n’avons pas vécu de moments difficiles, bien sûr. Mais, lorsque tu manages le groupe, tu te mets toi-même dans une position dans laquelle tu dois te remettre en question tout le temps. Par exemple, tu te dois d’innover en permanence, de réinventer le business. Il ne s’agit pas forcément de réinventer ta présentation, mais de réinventer la façon dont tu vas te présenter. Donc je pense que nous avons beaucoup appris, un peu comme une école pour laquelle tu ne peux pas payer mais que tu dois pratiquer pour bénéficier de son savoir. Saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, et les prendre en connaissance de cause. Et tout cela devient un processus assez simple finalement. Comme je l’ai dit, je suis un mec simple qui évolue dans un monde complexe. Donc je pense simplement ! Si je trouve qu’un truc est trop compliqué à faire, alors je le simplifie au maximum et ça roule !

 

Revenons un peu au Hellfest. Voici une photo de l’affiche complète ! Veux-tu la commenter un peu et nous dire quels sont les groupes que tu apprécies particulièrement, ou pas d’ailleurs ?

Et bien, tu sais, lorsqu’on me demande ce que j’aime et ce que je n’aime pas, je me réfère toujours à une situation dans laquelle j’aurais à recourir à mon portefeuille afin de payer pour voir ! (rire) J’ai déjà vu Megadeth gratos par exemple, mais j’ai aussi payé pour voire Megadeth un jour, à leurs débuts. Mais depuis, nous sommes devenus amis, je ne paierai plus maintenant ! Idem pour Slayer, King Diamond que j’aimerais beaucoup voir sur cette tournée car je l’ai manqué aux USA, avec Exodus…J’étais trop occupé à ce moment-là et je n’ai pas réussi à me libérer… J’aime aussi Twisted Sister et Blind Guardian… les mecs d’Hatebreed aussi. Et bien-sûr, j’aimerais bien revoir Joe Satriani jouer de la guitare… Oh attends ! Je suis un énorme fan de ce groupe, Overkill! (rire) Quel putain de chanteur ! (rire). Mais bon, tu sais, le vrai super groupe sur cette affiche, c’est Enslaved parce que j’adore leur musicalité, la façon dont ils réussissent à tourner les trucs de façon si symphonique. Ah aussi Sick Of It All des débuts… Oh mon Dieu ! C’est une vraie réunion de potes de fac cette affiche ! (rire) Je pense que je vais revoir des mecs que je n’ai pas vu depuis 25 ans et qui diront « Hey, tu as l’air en forme !» alors qu’ils penseront « Bordel, ce qu’il est devenu gros et vieux !» !!! (rire)

 

Que dirais-tu aux metalleux qui n’ont encore jamais vu Overkill se produire sur scène afin de les convaincre d’assister à votre concert au Hellfest ?

Si vous êtes curieux, attendez-vous au pire ! (rire) Je suis vraiment fier du fait qu’en 35 ans de carrière, les gars et moi n’avons jamais eu le sentiment de faire les poches des gens !

 

As-tu un dernier mot à dire aux festivaliers ? Un truc à dessiner peut être ?

 

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Interview : Keuf.

03/04/2016 – Le Trabendo, Paris.

Un grand merci à Valérie (Nuclear Blast).