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Interview exclusive pour hellfest.fr : ALEA JACTA EST [Olivier (guitare) & Pierre (basse)]

11 juillet 2016

« Le Hellfest n’a pas besoin de nous donc c’est appréciable qu’on nous donne la possibilité d’y jouer » – Olivier – vendredi 17 juin 2016

 

Alors, comment se passe votre journée jusqu’à présent ?

Pierre : Cool, super. Il ne fait pas trop chaud : c’est bien, c’est agréable.

Olivier : Nous ne pensions pas dire ça mais en fait, le fait qu’il n’y ait pas trop de soleil fait du bien. Quand tu te tapes 3-4 jours de Hellfest sous le soleil et que tu joues le dernier jour, tu es juste éclaté.

 

Parlons-en d’ailleurs : dernier jour, set à 11h05, contexte open air… Ça requière une forme de préparation spécifique ? Vous avez des attentes, des appréhensions particulières ?

Pierre : Déjà, il va falloir faire attention à ne pas trop faire la fête le samedi soir… (sourire)

Olivier : Vu que les gens mettent du temps à rentrer, de par les mesures de sécurité, mais aussi en raison l‘éloignement de la Warzone, j’ai peur qu’il y ait peu de monde pour nous. S’il y a des gens qui veulent absolument nous voir jouer, j’espère qu’ils ne seront pas bloqués. En ce qui concerne une préparation particulière, pas vraiment : nous allons juste essayer de ne pas être trop mauvais ! Nous avons quand même un peu répété… En 2012 ! (rire)

 

Pour Alea Jacta Est, jouer au Hellfest, c’est quoi exactement ? L’acquisition d’un statut ? Une étape ? Une opportunité ? Un concert comme un autre ?

Pierre : C’est un peu une reconnaissance, finalement.

Olivier : Je pense que c’est un peu comme quand un groupe sort son premier album ou fait sa première tournée internationale : c’est une vraie étape. Tout le monde n’a pas l’opportunité de jouer au Hellfest, si bien que c’est cool quand ça t’arrive. Ça fait plaisir. D’autant plus que l’équipe du Hellfest a été cool avec nous. Certains connaissent le groupe : nous n’avons pas été invités par hasard.

 

Qui est à l’initiative de la démarche : vous avez été contactés directement ou vous avez postulé ?

Olivier : Nous avions postulé il y a quelques années (édition 2011) et au final, ça n’avait pas abouti. Et puis, cette année, si je ne me trompe pas, ce sont eux qui sont revenus vers nous en juillet 2015 en nous demandant de revenir vers eux par e-mail en septembre. Je pense que ça fait suite à notre demande de l’époque.

 

La place donnée aux groupes français dans le cadre du festival vous paraît-elle suffisante ou pas ?

Olivier : Moi, je trouve que oui. Juste après nous, c’est un groupe américain reconnu qui joue, Backtrack. Le Hellfest n’a pas besoin de nous donc c’est appréciable qu’on nous donne la possibilité d’y jouer. En fait, il existe deux types de groupes français : les groupes de première partie comme nous et les groupes confirmés. On trouve quand même pas mal de groupes de première partie quand même : au moins un par jour et par scène, sans compter tous ceux qui jouent au Metal Corner. Les groupes confirmés sont aussi très présents : Le Bal des Enragés, Gojira, The Arrs, Mass Hysteria, etc. Inviter des groupes confirmés et laisser de la place tous les jours sur chaque scène pour les petits groupes, c’est déjà très cool. Les groupes comme le nôtre ne fait pas vendre de tickets au Hellfest. Attention, je ne suis pas en train de lécher les bottes mais quand on propose une affiche de 170 groupes et que tous les tickets sont vendus presque un an à l’avance, mettre Alea Jacta Est à 11h c’est une super opportunité, même si ça doit faire chier les techniciens de bon matin… (sourire) Ce serait dommage que de telles opportunités disparaissent pour les groupes avec un statut comme le nôtre.

 

Alan, du groupe de black metal irlandais Primordial m’a récemment confié que, selon lui,  les festivals tuaient les tournées. Vous partagez son point de vue ?

Olivier : Je ne pense pas. Au contraire, j’ai l’impression qu’il n’y a jamais eu autant de concerts qu’aujourd’hui. Nous appartenons à la scène hardcore, une scène où le live est au centre de tout. La scène black metal ne dispose pas d’un public qui se déplace beaucoup aux concerts. Dans les concerts de black metal, les visages dans le public changent d’une date à l’autre. Alors que pour les concerts de hardcore, tu vois toujours les mêmes têtes. Fréquenter les festivals et assister à des concerts dans des salles sont deux choses différentes et ne concernent pas forcément le même public. Je ne suis personnellement pas super friand des festivals : si je n’avais pas mon stand avec mon label, je ne viendrais pas au Hellfest. Je me retrouve davantage dans les concerts en club. Je pense que chacun peut y trouver son compte. Rien qu’à voir que le festival est sold-out signifie qu’il reste de la place pour le reste, pour les tournées. Que le Hellfest affiche complet ne signifie pas qu’il n’y aura plus de concerts à Toulouse, Bordeaux ou Paris. Que des groupes choisissent de ne faire que des festivals est peut-être une question d’argent et de praticité. Quand des groupes rassemblent des musiciens qui ont 60 ans, peut-être que ces derniers n’ont pas envie d’entreprendre des tournées. Pour chaque groupe, les besoins et les envies sont différentes. Bien évidemment, sans festivals, certains groupes devraient s’imposer de tourner véritablement. Mais il existe des groupes dans la scène hardcore, Terror par exemple, qui tournent constamment. Selon moi, le Hellfest contribue à développer des structures. En France, c’est une vitrine pour tout le monde : les groupes, comme les labels. C’est mon point de vue, en tout cas.

 

Pourquoi ce choix de s’exprimer à travers la musique hardcore ?

Olivier : Nous écoutions du metal au début, ainsi que du hip-hop. Le harcdore, finalement, c’est un peu à mi-chemin des deux. Aujourd’hui, le metal me parle moins. Vers 14 ans, je suis allé à des concerts de hardcore et ça m’est apparu tellement plus vivant par rapport aux concerts de metal. Je me suis davantage retrouvé dans les textes, dans l’approche, dans le côté DIY. Dans le metal, les groupes sont plus dans l’attente que dans la prise d’initiative. Prends mon cas, par exemple : j’ai monté mon label (Useless Pride Records) tout seul, nous avons également monté une distro, une structure de merch, un groupe… Tout ça, nous l’avons fait car nous étions dans l’optique que tout était possible, pas que nous étions meilleurs que les autres. Dans le hardcore, tu fais tout par toi-même et tu pourrais tout autant le faire dans le metal, alors que ça arrive plus rarement. Monter ce groupe nous a pris du temps et de l’argent mais dix ans plus tard, nous nous marrons toujours autant. Et puis il y a sans doute une attitude plus décontractée dans la scène hardcore : là, je réponds à cette interview en jogging et en K-Way. Si un groupe de black metal fait la même chose, il signe son arrêt de mort ! (rire)

 

Votre actualité s’annonce brulante avec la sortie d’un album à la rentrée, une grosse date à Paris labellisée Useless Pride Fest…

Olivier : Nous fêtons les 10 ans du groupe cette année et nous sortons un album pour marquer le coup. Nous avons pu booker des grosses dates comme le Hellfest et l’Extreme Fest. Nous allons également pouvoir défendre ce nouvel album à compter de septembre environ. Nous avons été sollicités pour jouer dans des salles françaises pour des dates. Alors qu’initialement nous étions davantage calés sur des dates à l’étranger ces dernier temps, sans raison apparente. Tout ça fait que nous avons monté un plateau avec d’autres groupes qui veulent jouer avec nous (The Great Divide, Kids Of Rage, Real Deal, Seekers Of The Truth) en mettant l’image de Useless Pride en vitrine.

 

Et ce nouvel album ? Que peut-on attendre de lui en particulier ?

Pierre : Ce sera globalement dans la même veine que les précédents, en fait…

Olivier : Nous en parlions tout à l’heure : les tempos seront un peu plus rapides. Souvent, nous sommes catégorisés dans un metal hardcore un peu beatdown. Là, il y a quelques passages lents mais qui ne représentent pas du tout la majorité du disque car le reste est globalement beaucoup plus rapide. Je trouve que le contenu est plus énergique et fidèle à nous-mêmes. Les paroles sont à la fois sérieuses et moins sérieuses. Il y a du blast, du très lent, des trucs basse-batterie et, au final, ça reste du Alea Jacta Est. Des gens critiqueront en disant que c’est toujours pareil, d’autres se plaindront que ça change trop : il y aura des déçus, quoi qu’il arrive…

Pierre : Mais clairement, nous avons un peu écarté le côté beatdown.

Olivier : Oui, c’est plus énergique. Comment catégoriser ça ? Metal hardcore ?

Pierre : Metal-hardcore-energie-beatdown-2 steps-circle pit ! (rire)

 

Toujours le trip du peplum ? Plus que jamais ?

Olivier : Ouais, nous avons conservé une image très latine, peplum, etc. Et toujours à côté le film nanard / film d’action. Nous avons conservé cette ambiance dans le contexte global et la pochette.

 

Pour terminer, je vais vous demander de bien vouloir terminer cette phrase pour moi : « Je n’ai jamais raconté cette histoire et ne devrais sans doute jamais le faire mais… »

Olivier : … la sexualité de Pierre a beaucoup évolué ces dernières années et il va d’ailleurs vous lâcher une petite exclu de suite…

Pierre : Les végétaux ! J’en peux plus !

Olivier : Il est devenu veganophile !

 

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Elodie (Dooweet).