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Interview exclusive – hellfest.fr : SABATON [Pär Sundström (basse)]

24 mars 2017

Sabaton

« Le Hellfest ne se résume pas simplement à proposer des groupes : il permet au public de vivre une expérience »

Pär Sundström – Olympia, Paris – 19 janvier 2017

 

 

Comment se passe la tournée jusqu’à présent ?

Elle se passe bien. Nous en sommes à sept-huit concerts, ou quelque chose comme ça, et pour le moment, c’est fantastique. Les chroniques sont super, les gens sont contents. Je suis vraiment content de voir les fans réagir, qu’ils soient contents de la production que nous avons mis en place, d’autant plus qu’il s’agit du show le plus sympa que nous ayons proposé jusque-là. Aujourd’hui, tout le monde commence à être un peu malade, ce qui est assez fréquent en tournée. Nous avons des gens qui ont une grippe intestinale, d’autres ont attrapé froid ou ont la fièvre, ce genre de trucs. Moi, je suis fiévreux et pas vraiment en super forme mais il faut quand même y aller.

 

J’ai noté que la setlist évoluait très peu date après date…

Nous sommes toujours en train d’effectuer des ajustements pour obtenir la meilleure setlist possible. Nous intégrons beaucoup de nouveaux morceaux pour mettre en avant le nouvel album. Et puis nous avons aussi des morceaux plus anciens que nous n’avons pas joués depuis un bail. Mais nous commençons à la faire évoluer, comme hier, par exemple. Il va nous falloir continuer de la sorte pendant quelques semaines. Et puis, nous essayons aussi de nous adapter en fonction du pays dans lequel nous jouons.

 

Vous interprétez six morceaux issus du nouvel album. Il y en a un qui est particulièrement apprécié par le public ?

Oui, nous pouvons clairement dire que “Shiroyama” est celui qui rencontre le plus de succès. Le public adore ce morceau qui génère un super sing-along.

 

La setlist se focalise sur vos trois derniers albums [Carolus Rex (2012), Heroes (2014) et The Last Stand (2016)]. Comme s‘il y a avait deux carrières pour Sabaton : avant et après Carolus Rex.

Je ne dirais pas que les morceaux plus récents sont foncièrement meilleurs mais nous avons énormément tourné par le passé en nous focalisant davantage sur The Art Of War, par exemple. Pendant des années, nous avons systématiquement joué “Ghost Division”, “40:1”, “The Art Of War” et quelques autres. Tous les soirs. Là, nous avons souhaité baisser d’un cran concernant The Art Of War, étant donné que l’album a désormais dix ans et aussi insister sur les morceaux plus récents. Je suis content que le public apprécie cette approche car cela démontre que nous sommes toujours capables d’écrire de bons morceaux. S’il ne voulait qu’entendre des morceaux de The Art Of War ou Primio Victoria, c’est que nous serions à la peine : ce n’est pas un bon signe quand un groupe se focalise sur son passé. C’est super de pouvoir se concentrer sur la nouveauté.

 

Vous allez jouer l’intégralité de Carolus Rex en Norvège cet été…

Nous aurions dû le faire bien avant. Carolus Rex est un album qui porte sur le roi suédois, Carolus Rex (Charles XII), lequel est mort pendant le siège de ce château. Et nous allons enfin jouer dans ce château ! Et un des morceaux de l’album parle justement de sa mort lors de l’attaque du château ! Pendant le processus d’écriture, nous espérions pouvoir un jour jouer sur place. Et maintenant, il nous en est donné l’occasion ! Beaucoup de Norvégiens risquent de se plaindre que nous envahissons de nouveau leur pays mais ils leur faudra bien l’accepter car, après tout, ils ont gagné cette guerre et tué notre roi à l’occasion !

 

J’ai posé à Joakim (Brodén- chant) la question suivante en 2014 : « Si tu as l’occasion de pouvoir assurer un show au sein d’un autre groupe que Sabaton un soir, quel groupe choisis-tu ? » ? Il m’avait répondu : « Accept ». Une chance de voir une apparition de Joakim avec Accept un de ces soirs ?

Non, je ne pense pas, même si on ne peut jamais en être certain… Accept doit jouer son set et nous, le nôtre. Eux comme nous avons un timing spécifique au sein duquel proposer la meilleure performance qui soit. Il y a dans tout ça un point très important : sortir de scène puis produire une nouvelle performance. Vu que Joakim chante sur un morceau de l’album de Twilight Force, ces derniers lui ont proposé de venir chanter le morceau avec eux sur scène. Ce qu’il a refusé car quand il décide de monter sur scène, il y met pas tout son cœur : quand Joakim fait quelque-chose, il pousse le truc à fond. Puis il lui faudrait alors quitter la scène après avoir dépensé beaucoup d’énergie puis reconstituer tout son réservoir d’énergie. C’est assez compliqué. C’est ce que nous faisons chaque année à l’occasion de la Sabaton Cruise où il nous est nécessaire de donner deux concerts le même soir : nous jouons un premier concert puis prenons un break de 90 mins avant d’en jouer un deuxième, et ce pour plusieurs raisons. Déjà parce qu’il y a tellement de monde à bord qu’il est nécessaire de pouvoir répartir la foule. Et puis, quand nous prenons notre break, nous sommes en pleine mer et la foule pourrait alors ne pas profiter du concert en raison d’une mer agitée, surtout en décembre. Les vagues peuvent donc être un peu rudes à encaisser. Quand nous débarquons du premier set, nous sommes en sueur et épuisés mais il nous faut garder un niveau d’énergie élevé. Normalement, si tu veux rester dans le trip, tu commences à boire plein de bières et tu conserves cette bonne humeur. Mais Sabaton ne veut pas donner un deuxième set en étant bourré deux heures plus tard. Donc quand nous rentrons dans les loges, nous nous gavons de bonbons ! Je sais que manger des bonbons pendant deux heures n’est pas forcément très sain mais nous le faisons quand même ! Donc quand vient le moment d’assurer le second set, nous sommes toujours contents et plein d’entrain. Pour revenir au sujet : si tu joues un premier set ou que tu apparais en guest un peu plus tôt dans la soirée en te donnant à 100%, il est important de se relaxer pour être en mesure de re-performer à 100% quelques minutes plus tard. Fournir deux grosses performances le même soir n’est pas idéal. Mieux vaut relâcher toute la tension emmagasinée à une seule reprise pendant la journée. Peut-être que tu peux t’y préparer pour un jour précis pendant la journée mais tu ne peux pas le faire chaque soir car c’est beaucoup trop épuisant.

 

The Last Stand est sorti le 19 août 2016. Quelle est ta perception de celui-ci quelques mois après sa sortie ?

J’ai dit précédemment à quel point j’étais content de pouvoir jouer tant de nouveaux morceaux à l’occasion de cette tournée. Et c’est aussi la preuve que les fans l’apprécient également. J’aime jouer ces nouveaux morceaux, ils sont très variés. Nous avons d’ailleurs répété un nouveau morceau que nous n’avons jamais joué live. Nous l’avons fait au soundcheck mais il ne sera pas interprété ce soir. Je trouve que chacun des morceaux du nouvel album pointe dans une direction différente. Et au niveau du live, j’en suis très satisfait. La réception de l’album est super, les ventes le sont aussi : je n’ai aucune raison de me plaindre le concernant…

 

En lisant quelques chroniques hier soir, j’ai noté que The Last Strand recevait moins de suffrages que Heroes. Es-tu sensible aux critiques qui proclament que Sabaton propose toujours la même chose ?

Pas vraiment. Les remarques « C’est le même album à chaque fois » ou dans le genre, sont vraiment très bizarres. De toute façon, tu auras des gens qui se plaindront qu’un album ne propose pas assez de nouveauté et d’autres qui ne le trouverons pas assez classique…  Mais à notre niveau, ça ne nous dérange pas. Quand nous créons un album, nous ne sous disons pas : « ça sonne trop comme ceci ou comme cela ». Que les morceaux soient bons, c’est ce qui compte quand nous écrivons un album. Bons morceaux = bon album. Que ça sonne comme les albums précédents, nous n’en avons rien à… Des groupes évoluent et c’est leur force. D’autres n’évoluent pas et c’est aussi leur force. Et je pense que la force de Sabaton, c’est décrire des morceaux qui collent à Sabaton ! (rire)

 

Parlons du sujet des packages Meet & Greet. Sur le site web de Sabaton, il est évoqué la possibilité de rencontrer le groupe sans rémunération. Allez-vous un jour passer en mode payant ?

Je ne sais pas… Beaucoup de gens cherchent à rencontrer des groupes. Certains sont prêts à payer pour, d’autres non. Certains détestent les groupes qui font payer, d’autres non. Sur notre site web, nous demandons de détailler la raison de ce souhait de rencontrer le groupe. Crois-moi, il y a plein de gens qui postulent et il est impossible de répondre à tout le monde. Nous avons essayé par le passé pourtant…. Nous avons créé cette section car, au fil des années, des gens nous ont invités et nous ont donné plein de bonnes idées et sont même devenus amis du groupe depuis. Ils nous ont fait découvrir des endroits desquels s’inspirer ou des histoires dont nous n’aurions jamais entendu parler autrement. Rien que pour ce soir, il devait y avoir une cinquantaine de requêtes juste pour nous rencontrer. Impossible pour nous de pouvoir le faire, à moins de l’organiser dans un cadre officiel avec une session de signature d’autographes, un meet & greet, etc. Puis vient la deuxième question : si nous le faisons, faisons-nous payer les participants ? Ou pas ? Certains groupes font payer et la démarche a du sens car, d’un point de vue économique, pour être honnête, les choses ne fonctionnent pas trop bien pour les artistes actuellement. Les salles sont de plus en plus chères… En France, la situation n’est pas complètement cadenassée. Mais nous revenons de l’Angleterre où Live Nation a acheté le pays complet. Si tu veux jouer dans une salle, il faut tout acheter chez eux : leurs billets, leur bière, leur salle, leur staff, leur merch’… Les t-shirts ne sont même plus les nôtres mais leurs t-shirts avec notre nom dessus…  Ils nous prennent tout et ne laissent rien. Nous avons donné quatre concerts là-bas et nous avons payé un max alors que nous avons rempli de grandes salles. Il y a quelque chose qui ne marche pas. Il faudrait trouver un système pour qu’ils ne nous volent plus notre argent. Nous sommes le dernier rempart. J’espère qu’un jour, je ne leur appartiendrai pas en tant que personne. Je suis persuadé qu’ils essaieront quand même de le faire un jour. L’humain, à la fin, c’est la seule chose qui reste. Pour gagner de l’argent au Royaume-Uni sur cette tournée, il aurait fallu nous commercialiser, nous assoir et signer des autographes pour les fans. Nous y sommes allés pour faire de la promo et y perdre de l’argent. Donc… Je sais que les gens détestent payer pour pouvoir rencontrer des artistes mais je pense que c’est inévitable. A terme.

 

Sabaton dispose également de sa propre bière : The Last Beer. Tu peux m’en dire plus à son sujet ?

A la base, cette bière n’était destinée qu’aux journalistes présents pour la listening session de The Last Stand. Nous voulions servir notre propre bière aux journalistes venus du monde entier. Nous pensions que l’idée était sympa. Une brasserie a donc customisé quelques bouteilles pour cet évènement. Les journalistes ont trouvé la bière super bonne et voulaient en acheter. Nous sommes retournés plus tard à la brasserie où nous avons procédé à des essais pour concevoir notre propre bière. Cette bière est désormais disponible mais en Suède uniquement. Son exportation est compliquée car, étant donné qu’elle est brassée en Suède, elle est onéreuse avec les taxes, etc. C’est donc difficile pour nous de lui faire franchir les frontières. Je ne pense toutefois pas qu’elle rencontrerait du succès à l’international. En Allemagne, France, Belgique, République Tchèque ou en Pologne, je ne pense pas que les gens seraient prêts à payer autant pour une bière. Les goûts y sont aussi différents et la bière suédoise n’a pas une très bonne réputation. Franchement, je doute que ça marche car une bouteille de cette bière coûte 2€ à fabriquer, puis il faut ajouter les différentes taxes…

 

Sabaton propose beaucoup de choses en parallèle de sa musique : un festival, une croisière, une bière, un système de billetterie… Le groupe va finir par devenir une franchise ?

Non, mais comme je l’ai dit, le contexte économique est compliqué de nos jours donc c’est bien de faire ces trucs en parallèle. Le Sabaton Festival n’est en revanche pas une moyen de se faire de l’argent : ce sont les groupes qui y jouent qui en gagnent. Mais c’est un projet amusant. Chaque année, j’ai les larmes aux yeux en constatant le nombre de gens qui s’impliquent dans son organisation. Nous avons 300 volontaires qui viennent de partout dans le monde, des fans, qui séjournent pendant deux semaines dans notre ville et montent le festival  : c’est fantastique. L’atmosphère est une des meilleures que l’on puisse trouver dans un festival. Tout a commencé par un petit projet : nous souhaitions marquer le coup pour la sortie de The Art Of War. Et il s’est développé : maintenant, c’est un festival qui dure quatre jours, si on y inclue la journée de warm-up. Et puis, il y a la croisière, la Sabaton Cruise… Si nous arrêtions de la faire, les gens seraient tellement en colère ! De toute façon, nous avons atteint la taille maximale : nous vendons toutes les places en 15 mins et il n’y a pas de plus gros bateaux disponibles. Ce projet a démarré comme étant la solution à un problème, en fait. Nous devions voyager de Suède en Finlande et la compagnie maritime voulait nous imposer un coût démentiel juste pour faire traverser le groupe et le crew. Du coup, j’ai loué le bateau complet, vendu des billets de concerts et ai rempli le bateau de fans ! La première édition a eu lieu il y a sept ans et nous sommes sold-out tous les ans. Nous disposons aussi de notre station de radio. Elle est en sommeil en ce moment. Nous l’avons fait marcher pendant un petit bout de temps. Tu pouvais l’écouter partout dans le monde mais les programmes étaient en suédois. La plupart des programmes étaient pré-enregistrés mais nous avons fait quelques émissions en direct. C’était assez marrant. Nous l’avons inauguré le jour de la listening session de The Last Stand. Ça marchait plutôt bien et nus avions pas mal d’auditeurs. J’attends d’ailleurs un bilan complet pour la fin de la tournée. Nous allons nous assoir avec les gens qui s’en occupent et allons voir s’ils sont satisfaits.

 

Parlons Hellfest maintenant. 2017 marquera votre troisième participation. Des souvenirs de vos précédents passages ?

Je me souviens très bien de notre première venue. Et notre chanteur encore plus car il avait attrapé une salmonellose. Je me souviens que nous étions à la fois heureux et surpris de voir autant de monde malgré un passage en début d’après-midi. Il y avait eu beaucoup de monde à la signing session également, ce à quoi nous ne nous attendions pas car nous étions un si petit groupe en France. Un bon souvenir donc. La deuxième fois, ce fut surtout un très court passage. Nous sommes arrivés tard puis avons dû directement assurer nos obligations médiatique, puis direction la scène puis le catering. Le timing était dense. Je pense que je n’ai même pas eu le temps de manger d’ailleurs. Mais je dois dire que c’est vraiment un très beau festival. J’adore le coin. C’est vraiment un endroit où j’aimerais pouvoir davantage me balader pour jeter un coup d’œil. C’est un de ces festivals qui sont une source d’inspiration, notamment pour notre propre festival car il ne se résume pas simplement à proposer des groupes : il permet au public de vivre une expérience. Les Américains devraient venir jeter un œil au Hellfest car aux Etats-Unis… La dernière fois que nous avons joué là-bas, il n’y avait pas de lights sur scène. ! Ils se sont dit : « Qui en a besoin ? Economisons sur les lights et entassons autant de groupes que possible. 15 mins entre chaque groupe et tout le monde joue 30 mins ». C’est quoi ce bordel ? OK, certains artistes doivent jouer moins longtemps. Mais nous étions en avant-dernier sur l’affiche et malgré tout, nous ne disposions que de 30 minutes. Il devait y avoir 6 à 7.000 personnes mais ils n’avaient droit qu’à 30 mins de Sabaton. Stupide. De nos jours, le Hellfest est sold out avant même d’annoncer les groupes : les gens viennent car le festival représente quelque-chose en lui-même. Le Hellfest m’impressionne, tu sais.

 

La programmation 2017 est à ton gout ?

En fait, la programmation est l’une des meilleures chaque année. Ce sera sans doute ma dernière chance de voir Aerosmith, je pense. Ça va être super. Et nous allons amener de gros moyens sur place. Ce soir, nous aurons pas mal de matériel avec nous mais nous ne pourrons pas utiliser de pyrotechnie. Alors qu’on Hellfest, nous pourrons le faire : sera donc un show très sympa.

 

J’ai rencontré les musiciens de Betraying the Martyrs la semaine dernière. Je leur ai demandé de vous poser une question par mon biais. La voici : « Est-ce que vous nous prêtez votre tank pour le Hellfest ? ».

(rire) Et bien, il faudra avoir un camion à disposition pour pouvoir le transporter et quelques personnes pour le manipuler : c’est quand même un peu compliqué ! Et puis nous allons en avoir besoin pendant un an et demi… Mais c’est une bonne question, quand même ! Tout le monde le veut maintenant. Depuis le début, j’ai toujours souhaité avoir une structure sympa pour surmonter la batterie qui soit la plus cool du monde. Et désormais, nous l’avons !

 

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Roger (Replica).