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Interview exclusive – hellfest.fr : PAIN OF SALVATION [Daniel Gildenlöw (chant & guitare)]

27 mai 2017

Pain_Of_Salvation

« La météo était très différente à chaque fois que nous avons joué au Hellfest et ça ne me dérangerait pas que le temps soit chaud et sec en 2017 ! Ce n’est que ma préférence mais ce serait sympa si vous pouviez faire en sorte que ce soit le cas. Je crois qu’on l’a inscrit sur le rider donc… »

Daniel Gildenlöw – Le Divan du Monde, Paris – 11 avril, 2017

 

 

Comment se passe la tournée ?

C’est une tournée très agréable, avec une très bonne réponse de la part du public dans tous les pays, beaucoup de concerts sold-out mais aussi un très bon retour concernant tous les nouveaux morceaux interprétés sur scène.

 

Es-tu satisfait des retours de la presse et des différentes chroniques concernant les concerts en cours ?

Difficile de répondre car j’ai tendance à éviter les chroniques. Je pense qu’en tant qu’artiste, tu es toujours un peu sensible aux retours concernant ton travail. Et la plupart des artistes ont probablement une sorte de besoin de recueillir une confirmation le concernant… Tu peux recueillir 99 bonnes chroniques et une seule mauvaise. Mais tous les artistes que je côtoie dans le business sont très impliqués dans leur travail et ils ne se souviendront que de cette mauvaise chronique ! (rire) Les bonnes, tu t’en souviens mais davantage de manière générique. Alors que les mauvaises, tu vas être capable d’en citer des passages, des phrases entières car elles te marquent davantage…

 

Même après toutes ces années ?

Même après toutes ces années. Intellectuellement, je conçois que c’est idiot et stupide. Mais émotionnellement, ça compte. Par exemple, tu peints quelque chose en classe et toute la classe dit : « Ce que tu as peint est superbe ». Et puis il y a ce gars qui dit : «Moi, je trouve que c’est de la merde ». Et c’est ce point de vue auquel tu vas penser en rentrant chez toi, hein ? C’est très humain. Comme avec les réseaux sociaux de nos jours : beaucoup de gens ne mesurent pas le poids de leurs mots. Ils ont passé une mauvaise journée et ils s’expriment au moyen de propos stupides ou sous le coup de la colère, sans penser que d’autres personnes se les prendront de face à l’autre bout. Et ces dernières sont des êtres humains qui ressentent des émotions.

 

Le titre de l’album est très beau, je trouve : In The Passing Light Of Day. D’où ce titre est-il sorti ? Au cours des séances d’écriture où vous a-t-il accompagné dès le début ?

Assez bizarrement, le titre de l’album est extrait d’un morceau qui aurait dû figurer sur l’album mais qui, au final, n’en fait pas partie. A l’époque, je bossais sur un morceau sur mon PC portable et ledit morceau comportait ce passage, que je trouvais marquant et que j’aimais beaucoup. Pendant longtemps, ce morceau devait comporter deux parties : “In The Passing Light Of Day – part one” et “In The Passing Light Of Day – part two”. Et finalement, ne figure sur l’album que celui qui devait être le “part two”. Tout simplement parce qu’au final, le PC a planté alors que je travaillais dessus… Enfin, pas le PC en lui-même, mais le logiciel, a planté. J’ai tout essayé pour récupérer le fruit d’une journée complète de travail, j’ai fait des recherches via Google comme un malade : en vain… Imagine : tu travailles sur une multitude de détails et d’un coup, tout disparaît… J’étais dévasté. J’ai ouvert le document une fois pour constater l’étendue du travail perdu puis je l’ai refermé et je ne pense pas l’avoir ouvert de nouveau depuis. Initialement, je rencontrais beaucoup de problèmes avec ce morceau et durant cette journée-là, j’étais parvenu en plusieurs heures à solutionner tous les différents problèmes en y intégrant beaucoup de détails minutieux. La simple idée de devoir s’y repencher de nouveau était juste impensable. En donnant le meilleur de moi-même, peut-être que j’aurais pu obtenir un encore meilleur résultat en me remettant à la tâche mais j’aurais toujours eu la certitude malgré tout que le résultat n’aurait pas été aussi bon ! C’est un peu la quête du Saint Graal, tu vois ? Donc le morceau ne figure pas du tout sur l’album mais il a donné le titre à l’album. Et je l’ai conservé à travers l’album, au sein des morceaux « In The Passing Light Of Day » et « On A Friday ». C’est une sorte de thème récurrent et qui peut symboliser beaucoup de choses différentes dans la vie.

 

La discographie de Pain Of Salvation est déjà très riche. Quelle est la valeur ajoutée de ce nouvel album ?

Oh, c’est compliqué… Déjà, je ne sais pas si c’est le cas pour chacun mais c’est le cas pour moi-même : je ne serai jamais pleinement satisfait d’un album que j’ai conçu, ce qui est aussi une forte source de motivation pour te tirer vers le haut. C’est une chose pour laquelle tu dois te battre pour y parvenir, tout en gardant l’idée que ça n’arrivera jamais car une telle issue est impossible. Et c’est tant mieux comme ça : que ferais-tu après avoir obtenu un tel résultat ? (rire) Pour moi, c’était sympa de revenir à des compositions plus heavy et je pense que cet album parvient à synthétiser les différentes périodes de la carrière du groupe ainsi que les différentes victoires enregistrées par le passé. Les gens le comparent beaucoup à Remedy Lane (2002) par exemple mais il me semble que Remedy Lane est plus traditionnel en termes de metal. Je trouve que ce nouvel album est plus robuste et que cette robustesse est présente sur les albums Road Salt One (2010) et Road Salt Two (2011). Mais si ce type d’approche ne te parle pas, tu ne parviendras pas à saisir ces albums. Ce nouvel album combine les différentes périodes expérimentées par le groupe sans que cela en soit l’objectif. Ce n’était pas notre intention première : c’est juste que nos albums sont à l’image de ce que nous aimons.

 

Tu as dit être perfectionniste et c’est également mentionné comme tel sur ta page Facebook. Où tu mentionnes également être « un Peter Pan tourmenté ». Qu’entends-tu par là ?

J’allais dire que j’ai l’impression de ne pas grandir ! (rire) Et tu peux interpréter ça à différents niveaux. Il y a une certaine forme d’utilité à laquelle je m’associe avec Peter Pan. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est de l’immaturité mais, d’une certaine façon  – j’enseigne la musique à des enfants en parallèle – il y a aussi une forme de maturité qui s’efface quand les enfants deviennent plus âgés et qu’ils deviennent adultes. C’est bien de grandir mais devenir un adulte n’est pas nécessairement bon car le passage à l’âge adulte s’accompagne de tant de choses merdiques. Par exemple, si je demande aux enfants à l’école : « qu’est-ce qu’un instrument de musique ? », la plupart me répondront « quelque-chose avec lequel tu peux faire de la musique ». Si tu poses la question à des adultes, ils te répondront « une guitare » ou « un piano ». Je suppose que c’est la même chose avec la mémoire. C’est à l’âge de 9 ans que tu disposes de la meilleure mémoire mais l’usage de celle-ci est meilleur en grandissant, donc tu seras capable de mieux l’utiliser en quittant l’enfance. Tu accumules beaucoup de bénéfices en grandissant mais tu disposes également de beaucoup de bénéfices en étant un enfant.

 

Jusqu’à quel point Pain Of Salvation est-il un groupe à part entière et non ton projet personnel avec des musiciens qui t’accompagnent ?

Je me suis déjà moi-même posé cette question. Tout dépend de ce qui se passe autour du groupe à un moment donné. Ma vision d’un groupe est très tribale, très familiale. Je n’ai jamais perçu l’intérêt de faire partie d’un groupe qui s’apparentrait davantage à un projet. Aujourd’hui, tant de groupes se résument à des projets. Ça peut être agréable les premières années, quand tu as 15-20 ans, que tu te retrouves dans la salle de répet’, que tu y joues pendant 12 heures d’affilée. C’est appréciable car personne ne remet en question le principe, ni la motivation. Quand je suis sorti de l’hôpital, j’ai commencé à faire de la course à pied, de la capoeira et à fréquenter une salle de sport. Ce qui est bien avec la salle de sport, c’est que tu y rencontres des gens qui y vont tous les jours ou au moins 2-3 fois par semaine et qui ne se disent pas « Qu’est-ce que j’ai à gagner à faire ça ? ». Car là n’est pas la question. Attention, je ne dis pas que les gens ne doivent pas retirer des bénéfices financiers quand ils entreprennent quelque-chose, bien au contraire. Et moi aussi, je veux gagner de l’argent avec ma musique. Mais, à titre personnel, il me faut être guidé par la passion car si la passion n’est pas là, je n’y vois aucun intérêt… Je dois être guidé par la passion et d’une certaine manière il me faut une sorte… D’aveuglement ou une forme de stupidité car au fur et à mesure que passent les années – à moins d’être une artiste à grande échelle – tu te rends compte que ce que tu gagnes est tout petit par rapport à ce que tu investis. Un tel investissement est insensé si tu occultes la passion. Il faut donc ne pas trop apporter d’attention à la raison tant le déséquilibre est important. C’est ce qui explique pourquoi notre line-up a changé au fil des années. Car tu arrives à un moment de ta vie où les aspects pratiques de celle-ci vont prendre une importance plus importante. C’est entre notre deuxième album (One Hour by the Concrete Lake – 1998) et les deux albums Road Salt (2010-2011) que nous avons eu notre line-up le plus stable. Mais ce line-up n’a plus tenu une fois que certains membres ont eu des enfants. Et c’est totalement compréhensible. Je veux dire par là que, moi aussi, j’ai eu des enfants et que je sais à quel point les choses changent alors considérablement au niveau de ta vie, de ton énergie, de tes priorités. Les changements sont si conséquents qu’il n’est pas possible de faire comme avant en tant que musicien. Personnellement, je n’étais pas dans la même position que les autres : ils pouvaient arrêter la musique, moi pas. C’est une question d’individu. Je pouvais le faire, certes : je pouvais arrêter le groupe, passer plus de temps à la maison et me concentrer sur ma famille. Mais toutes ces choses qui me font avancer – qui, comme je l’ai dit, me rendent stupide face aux réalités pratiques – étaient toujours présentes. Cette forme de passion coule encore dans mes veines, complètement connectée à mes mots et ma musique. Ce carburant aurait toujours été présent en moi et m’aurait surtout déstabilisé car je n’aurais plus eu la possibilité d’utiliser le groupe comme échappatoire. J’aurais sans doute dû prendre un peu plus de recul quand les enfants sont nés tant les choses ont changé. Ce n’était toutefois pas une solution pour moi et ça ne m’aurait pas plus aidé. Mais j’ai une totale compréhension vis-à-vis de ceux qui ont pris de telles décisions et fait de tels sacrifices. A chaque fois que j’ai ressenti que la famille s’écroulait – par « la famille », j’entends « le groupe », « la tribu »… Quand la tribu s’effondre, je perds la motivation et la foi en ce que je fais, c’est certain. A chaque fois que des gens ont quitté le groupe, j’ai pensé qu’était venu le moment de renoncer et d’arrêter le groupe. Et à chaque fois, j’ai surmonté l’épreuve, principalement parce que les gens qui quittaient l’aventure me tannaient pour que je ne lâche pas l’affaire et que je continue le groupe. Quand Johan (Langell – batterie) a quitté le groupe, il avait au préalable insisté pour que le groupe continue suite à son départ. Une fois sa décision de stopper prise, il a continué à jouer avec nous pendant 3-4 ans, de sorte à nous laisser le temps de trouver d’autres solutions : « Le temps est compté, tu sais, il va bien falloir que je parte un jour ». Mais il a aussi dit : « Il faut que tu continues. Car plus que tout, je veux pouvoir voir un concert de Pain Of Salvation, chose que je n’ai jamais pu faire en jouant au sein du groupe ! » (rire) Joahn (Hallgren –guitare) a dit la même chose : « Pain Of Salvation reste mon groupe préféré : tu ne peux pas arrêter aujourd’hui ! ». Tout ceci permet d’avancer. Je dirais que la réponse est une bizarre combinaison de sentiments et de doutes personnels. Car le groupe a été renouvelé dans son intégralité depuis ses débuts : j’ai l’impression d’être une sorte de survivant. Tu perds également une partie de tes racines en même temps. C’est un peu comme recomposer une nouvelle famille : tu perds ta famille et tu en refondes une nouvelle et les choses seront forcément différentes mais ce n’est pas comme si tu n’avais pas de famille. Tu te crées un nouvel environnement et tu apprécies cette nouvelle famille.

 

Pain of Salvation, c’est de la musique mais pas seulement, non ? Les textes des morceaux sont toujours à disposition, l’univers graphique est toujours très travaillé, très raffiné et varié : tu considères l’expérience Pain Of Salvation comme une approche artistique globale ?

Oui, tout est connecté selon moi. Pour l’univers graphique du nouvel album, Lars (Ardarve), le photographe, et moi-même avions imaginé de transposer le groupe entier dans un environnement hospitalier (en 2014, Daniel a contracté une bactérie et a dû être hospitalisé pendant de nombreuses semaines). C’est-à-dire que les photos qui sont présentes dans l’artwork devaient s’inscrire dans une représentation collective. Nous avions adoré notre démarche pour traiter de l’univers graphique des albums Road Salt où nous avions des idées très précises mais aussi une volonté de saisir toutes opportunités. Nous nous étions rendus dans le nord de la Suède, où réside ma belle-famille, où les paysages sont très singuliers et laisser les idées émerger. Genre « Nous avons 3 jours, toutes les idées sont bonnes à prendre. Ne nous refusons rien. C’est une séance de brainstorming de 3 jours : voyons ce que nous pouvons en tirer ». En sont sortis plein de choses bizarres : un de nos guitaristes vêtu d’une robe et en train de grimper vers le toit d’un vieux moulin. Or tout le groupe nu à la fenêtre d’une maison déserte. Ou moi dans une eau si gelée que j’éprouvais des difficultés à respirer. Les photos étaient vraiment super et nous avons terminé notre séjour avec un énorme feu de joie où nous avons balancé des meubles et plein d’idées. Genre « En ajoutant une bouteille et une carabine, ça pourrait marcher ? » (rire) Nous avons adoré faire ça et Lars et moi avions pour projet de reconduire une expérience de 3 jours pour le nouvel album et voir ce que ça pourrait donner. Alors que j’étais en train de réfléchir à des dates adéquates pour l’organiser, j’ai réalisé que seul Leo (Margarit – batterie) semblait comprendre mon projet. Gustaf (Hielm – guitare) and Ragnar (Zolberg – guitare) ne voyaient pas d’intérêt à y consacrer 3 jours. « C’est quoi le dress code ? «  « Amène juste plein de fringues ! », « Ce n’est pas pratique! Qu’est-ce que je suis sensé porter? Ne peut-on pas restreindre ça à une seule journée ? ». Et finalement, c’est devenu impossible de rassembler tout le monde pour organiser cet atelier créatif et photographique. Et finalement, il n’y a que moi qui me suis prêté à l’exercice avec Lars car il aurait été bizarre que seuls 3 ou 4 membres du groupe figurent sur les clichés. Nous avons également pris le soin de prendre des photos plus classique du groupe au complet. Nous prenons soi des détails.

 

Quatrième participation au Hellfest en 2017 pour toi. Ton impression globale sur le festival ?

Je ne suis pas trop au courant de la programmation, pour être honnête ! J’aime beaucoup le Hellfest et je suis très content d’y revenir : ça va être sympa. Nous y avons joué plusieurs fois par le passé et ça s’était bien passé .Maintenant que tu me montres ce poster, ça m’intrigue. Blue Öyster Cult ? Ça ne me gênerait pas de les voir. Et puis Deep Purple, bien sûr. Je suppose que c’est une tournée d’adieu ? Ça va être intéressant. Suicidal Tendencies ? Je me souviens qu’ils avaient joué le même jour que nous par le passé. Je me souviens qu’ils avaient un super batteur. Ça s’annonce vraiment intéressant. Cool ! J’ai hâte d’y être. La météo était très différente à chaque fois que nous y avons joué et ça ne me dérangerait pas que le temps soit chaud et sec en 2017 ! Ce n’est que ma préférence mais ce serait sympa si vous pouviez faire en sorte que ce soit le cas. Je crois qu’on l’a inscrit sur le rider donc… (rire)

 

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Julien & Cyril (K Productions) et Marc (Rock N Road)