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Interview exclusive – hellfest.fr : JARED JAMES NICHOLS

11 juin 2017

Jared James Nichols

« J’ai l’impression que je m’y prépare depuis des lustres : j’ai engagé beaucoup de travail et c’est maintenant le moment de casser la baraque et de tout défoncer. Participer à des festivals comme le Hellfest est un honneur ! »

Jared James Nichols – 16 mai 2017

 

 

Comment ça va ?

Ça va super bien, mec ! Je vis au soleil à Los Angeles, je suis assis tranquille, posé avec ma guitare : je ne peux pas me plaindre.

 

J’ai été super étonné de te voir quitter ton Wisconsin natal pour venir t’installer à Los Angeles. Comment ça s’est passé ?

Ça a été un choc culturel de dingue ! J’ai littéralement grandi à la ferme. Le voisin le plus proche habitait à 5-10 minutes en voiture. Pour atteindre le premier bourg, il fallait rouler 10 miles. Donc partir de là-bas et atterrir à Hollywood, c’est un choc des cultures. J’étais comme un gamin qui descend du bus et qui découvre la ville. J’ai compris qu’il y avait ici un gros potentiel : je me suis vite adapté et j’en ai pris parti.

 

C’est un projet que tu avais en tête depuis un petit bout de temps mais initialement, qu’est-ce qui t’a amené à te tourner vers LA ?

Je jouais et tournais dans le Midwest depuis l’âge de 15 ans et j’étais conscient qu’il fallait que je parte et que je m’établisse dans une ville où la musique soit un élément prépondérant, d’autant plus que trouver des musiciens avec lesquels jouer devenait problématique. J’avais toujours ce feu en moi et j’avais conscience que bouger sur Nashville, New York ou LA serait une bonne décision. Ce qui m’a séduit dès le début concernant LA, c’est qu’une tonne de mes musiciens préférés y étaient basés. Le temps y est splendide et je ne souhaitais pas forcément adopter une approche country comme celle en vogue à Nashville. Je me suis donc dit que je devais y aller avec une foi aveugle.

 

Jusqu’à quel point le fait que tu sois du Wisconsin impacte ta musique aujourd’hui ?

Je me sens encore plus proche de mes racines depuis que je suis ici. Je continue de jouer la musique au son de laquelle j’ai grandi. J’ai emmené mon héritage avec moi à LA. Une fois sur place, j’ai pu mettre sur place un trio et j’ai adopté une approche plus rock et agressive. C’est juste mon mode de vie. Je conserve mes racines blues et soul mais j’y ai ajouté plein d’entrain. C’est cool de voir les éléments se fondre de cette façon et c’’est assez marrant d’observer l’évolution. Tu te rends compte à quel point c’est différent après coup.

 

Pourquoi penses-tu que ta musique soit tellement appréciée par des gens plus âgés que toi ?

Je pense qu’ils aiment fondamentalement le blues et le rock n’roll et la guitare. Je mets tout mon cœur dans l’action. Je n’essaie pas de faire ce qui semble être cool de faire : je fais ce que j’aime. Peut-être que c’est parce qu’au Wisconsin, les choses arrivent vingt ans plus tard. C’est un peu comme voyager dans le temps. Les gens voient que j’ai grandi au son de la même musique qu’eux. Peut-être qu’ils apprécient de voir un mec plus jeune faire cette musique aujourd’hui et non pas il y a dix ou vingt ans.

 

Comment réussis-tu à proposer des compositions qui restent modernes malgré tout ?

C’est assez marrant mais les morceaux que je compose viennent de nulle part. J’entends un riff ou une mélodie, je l’imbrique avec d’autres éléments et vingt minutes plus tard, j’ai un morceau. Je ne sais pas si c’est en rapport avec ce que j’écoute au même moment ou si tout se passe dans ma tête. J’aime aussi collaborer. Pour le dernier album, j’ai pu écrire un morceau avec Eddy Kramer, qui a écrit avec Hendrix et Led Zeppelin par le passé. En travaillant à son contact, j’ai pu explorer plein de nouveaux territoires dans mon tête. La façon dont nous avons conçu le morceau était totalement différente, jamais nous n’aurions imaginé procéder de la sorte. En ce moment, je suis en train d’écrire avec Tony Perry, le fils de Joe, le guitariste d’Aerosmith. Il est très tendance et écoute ce qui se fait à la radio. Il est plein d’idées. C’est intéressant car ce que je fais est très « old school or die » mais je suis capable de m’adapter et d’intégrer des sons plus actuels à mon travail pour un résultat final qui me corresponde. Le but est d’apporter une approche moderne à une base plus ancienne et de considérer le tout avec un angle différent. J’essaie de ne pas me prendre la tête, de voir ce qui m’inspire et de l’approfondir.

 

Avoir un avis extérieur peut vraiment aider…

Absolument ! Je pense que beaucoup de gens pensent qu’ils peuvent y arriver seuls. J’adore entreprendre une collaboration car tu peux alors disposer d’une influence dont tu n’aurais jamais profité autrement. Et quand ça aboutit, tu te dis « Putain, c’est génial ! ».

 

Comment choisis-tu avec qui collaborer ?

Ça dépend. Il y a des gens que j’avais initialement en tête pour connaître des morceaux ou un travail de production de leur part. Ou alors, c’est plus une rencontre qui se passe bien et où nous sommes sur la même longueur d’onde. Je ne suis pas difficile. Après quelques minutes à discuter ou à jouer, je sais si ça va marcher ou non.  En ce moment, je collabore avec un batteur metal brésilien. Il joue sur certaines parties du nouvel album. Il a tellement de talent, et quand j’entends son jeu à la fois metal et Led Zeppelin et mes parties de guitare… ça me fait jouer et écrire différemment. Je ne suis pas intrépide et je commets des erreurs. J’aime écrire avec des gens venus d’horizons divers. Qu’est-ce qui pourrait m’arriver de pire ? Ҫa va être naze ? Si c’est le cas, nous ferons différemment la fois d’après !

 

Tu viens de dire quelque-chose de très intéressant. Tu as dit que si devines après quelques minutes si la collaboration va fonctionner ou pas. Comment le sais-tu ?

Je sais que ça peut sonner comme un cliché mais c’est une question d’ondes positives. Si tu te retrouves dans une pièce, face à face avec quelqu’un, en train d’écrire, ou de jouer, il faut qu’il se passe quelque chose. Des fois, les gars vont être un peu passifs, agressifs, stricts ou bornés et dès lorsque quelqu’un commence à être borné… Je suis toujours dans l’optique d’essayer. Après quelques minutes, tu ressens si la personne est sur la même longueur d’onde que toi ou si elle peut aboutir à quelque chose pour des questions de rapidité ou de technique. La question, c’est de savoir si la personne est là pour la bonne raison, c’est-à-dire de concevoir le meilleur morceau possible. Avec Tony, le déclic a été instantané.

 

Petit moment fanboy : ça ne fait pas bizarre de travailler avec le fils du guitariste d’Aerosmith ?

Au début, oui ! J’ai rencontré son père avant de faire sa connaissance. Alors qu’Aerosmith était en train d’enregistrer son dernier album, j’ai eu l’opportunité de pouvoir en écouter les bandes en présence du groupe. J’étais dans le studio avec Jack Douglas, qui s’est occupé de tous les albums classiques d’Aerosmith et de John Lennon. C’était comme un rêve de gamin. Quand j’ai rencontré Tony quelques semaines plus tard, je lui ai dit que je connaissais son père, en quelque sorte. Nous nous sommes tout de suite bien entendus. C’est irréel d’enregistrer à LA, notamment dans la maison de Johnny Depp, vu que ce dernier est pote avec Joe. C’est dingue : j’enregistre dans un cadre qui dépasse mes rêves les plus fous. Le côté fanboy ? Je comprends ! Si tu m’avais dit il y a quelques années qu’un jour je pourrais accomplir tout ça, je n’y aurais jamais cru!

 

Tu as dû te pincer combien de fois par jour pour y croire ?

(rire) Il y a un ou deux ans, j’étais en plein dedans, plein de choses se passaient. Je ne me pose plus la question désormais. Maintenant, le mot d’ordre est de se dire qu’il faut continuer à travailler dur pour continuer d’avancer et d’aller au-delà. J’ai conscience d’avoir la chance de faire ce que je fais, d’avoir ces opportunités, de rencontrer tous ces gens. Je me dis aussi que je fais ça depuis l’âge de dix-sept-dix-huit ans, que c’est toujours aussi excitant d’autant que ça commence à payer. J’ai encore du mal à réaliser ce qui m’arrive. Cotoyer Zakk Wylde : j’ai encore du mal à me rendre compte que ça m’arrive. Je suis vraiment chanceux!

 

Parlons justement des trucs cool qui t’arrivent : tu as pu jeter un oeil à la programmation du Hellfest ?

Bien sûr ! J’ai même vu le documentaire ! Ҫa va être dingue. Ouvrir la main stage du Hellfest… Avant même de commencer à rêver de tourner à travers l’Europe, je savais déjà ce qu’était le Hellfest. Rien que de voir le documentaire, la programmation et de savoir que je vais pouvoir y passer du temps, je suis super enthousiaste ! J’ai hâte d’y être ! Je n’y ai jamais cru jusqu’à voir mon nom figurant sur l’affiche officielle. Ouvrir la Main Stage est cool et puis le headliner, c’est Aerosmith, ce qui a une vraie signification après ce que je t’ai raconté. Je suis super content de ça. Le temps ne va pas passer assez vite d’ici-là. J’ai l’impression que je m’y prépare depuis des lustres : j’ai engagé beaucoup de travail et c’est maintenant le moment de casser la baraque et de tout défoncer. Participer à des festivals comme le Hellfest est un honneur ! Nous allons rester sur place pendant deux jours donc nous allons en profiter sur place !

 

En guise de conclusion : qu’aimes-tu tant au sujet de la musique ?

En toute honnêteté, pour quelqu’un comme moi, un musicien, ce que j’aime par-dessus tout concernant la musique est qu’elle me permet de m’exprimer. Au-delà de l’expression, c’est par son biais que je passe la journée : je joue de la guitare et je donne tout ce que j’ai à son service. C’est une sorte de filtre vis-à-vis du stress du quotidien et de la vie en général. Il y a des gens qui aiment le MMA ou qui évacuent avec la boisson mais pour moi, c’est la musique qui fait tourner mon monde. Franchement, la guitare est ma meilleure amie et ce, depuis que j’ai quinze ans. Aussi cliché que ça puisse paraître, elle m’a permis de voyager de par le monde, de rencontrer nombre de mes héros et de vivre tant d’aventures. D’une certaine façon, ma musique, c’est elle qui construit ma vie. Je ne pense pas l’avoir choisie : je pense que la musique m’a parlé quand j’étais jeune et je l’ai adoptée. Je suis un gamin qui a grandi dans le Wisconsin, au milieu des champs de maïs et quand tu vois la vie que je mène aujourd’hui… C’est assez marrant. Je serai toujours reconnaissant vis-à-vis de ça. La guitare est ma meilleure amie. Sans elle, je serai perdu ou en prison ! Elle m-a permis de rester sain de corps et d’esprit !

 

 

Interview : Matt Bacon.

Un grand merci à Steffie (Listenable Records)