News

Interview exclusive – hellfest.fr : CRYPT SERMON [Brooks Wilson (chant)]

17 mars 2017

Crypt Sermon

« Jouer au Hellfest est encore un de ces trucs que nous n’aurions jamais pensé pouvoir nous être offerts »

Brooks Wilson – 22 janvier 2017

 

 

Tu es un adulte et tu joues au sein d’un groupe de malades : comment gères-tu la situation?

Il n’y a rien de compliqué à cela : il faut juste s’assurer que ça vaille le coup au niveau du pognon. Il ne nous est pas possible d’organiser une tournée « normale » donc il nous faut nous assurer que les projets soient viables. Soit que nous allons gagner suffisamment d’argent pour que ça vaille le coup temps d’y consacrer du temps. Soit qu’à défaut de gagner de l’argent, ça soit suffisamment intéressant de le faire pour nous. Et quand tu passes ton temps sur les routes, ce n’est malheureusement pas toujours garanti. Je suppose que sans Internet, nous ne pourrions pas bénéficier de la moindre notoriété. Si nous ne pouvions pas sortir de musique par son biais en amont des concerts, personne ne viendrait assister à nos concerts. Nous essayons de limiter nos concerts de sorte à ce que les entreprendre tienne la route, à la fois sur le plan économique et en termes de performance. Notre musique est plus difficile à jouer qu’elle le semble, notamment au niveau des solos de guitare, des vocaux et des arrangements. C’est une musique qui nécessite que nous y consacrions du temps.

 

Peu de groupes parviennent à faire les choses aussi bien que vous dans ce style…

Notre démarche est d’ordre pratique avant tout. Etant issus d’un milieu plus underground, nous avions une démo avant même d’avoir joué un concert. Nous souhaitions avant tout définir un son et le travailler avant de jouer devant un public. Il me semble que notre démo a été en ligne bien des mois avant notre tout premier concert.

 

Donc le but est de proposer les meilleurs shows possibles et cette démarche est louable…

Oui. Entreprendre de vraies tournées est hors de question actuellement. Chaque membre du groupe a un métier, plusieurs d’entre nous travaille dans l’éducation. Partir sur les routes signifierait perdre des congés. Il faudrait que mettre de côté son boulot puisse vraiment être viable. C’est pour ça que notre disponibilité est limitée. Mais c’est aussi ce qui explique que nous puissions nous voir proposer des opportunités sympathiques. En effet, la pénurie créé la demande et nous avons pu profiter d’opportunités, aussi rares soient elles. Et je tiens également à donner la priorité à ma famille. Je veux également que ce groupe rencontre le maximum de succès possible, d’autant plus que de nouvelles opportunités pourraient ne jamais se présenter. C’est un équilibre à trouver.

 

Qu’est-ce que ça te fait de savoir que tu vas jouer au Hellfest ?

Je suis vraiment excité à cette idée. Nos potes de Vektor, avec lesquels nous partageons une salle de répet’, y ont déjà joué. C’est encore un de ces trucs que nous n’aurions jamais pensé pouvoir nous être offerts. Impossible de prévoir que de telles opportunités vont se présenter. Le public est de plus en plus conséquent et l’exposition s’en ressent positivement. Et nous n’avons sorti qu’un seul album (Out Of The Garden – 2015). Il nous faut toutefois rester attentifs car ces opportunités peuvent ralentir le processus d’écriture si nous devons nous concentrer plus intensément sur l’aspect live. Nous travaillons à la fois sur la performance live ainsi que sur l’écriture. Dès que les concerts se présentent, l’écriture est mise en retrait.

 

Vous planifiez quelque-chose de particulier dans la perspective du Hellfest ?

Il se pourrait que ça arrive mais ça reste de l’ordre du doux rêve pour le moment. Il y a encore quelques mois devant nous et il y a l’espoir que quelque-chose de sympa se mette en place même s’il y a peu de chances de ça se produise. Nous y verrons plus clair dans quelques mois.

 

Comment comptes-tu expliquer à ta gamine, quand elle sera plus grande, que des fois, il faut que tu prennes l’avion pour aller jouer trente minutes de rock n’ roll ?

Je viens justement d’en parler avec un ami. A un moment, j’aimerais que ma fille puisse m’accompagner. J’aimerais qu’elle puisse profiter de cette expérience. En fait, sa mère et elle devaient venir au Maryland Deathfest. Elle est élevée dans un environnement musical et à l’âge deux ans, elle comprend déjà que je fais partie d’un groupe. Quand je disparais pendant un jour ou deux, ça ne semble pas la gêner. Sa mère fréquente aussi l’école donc il me faut aussi m’occuper d’elle ! Nous traitons l’activité du groupe comme un métier et nous essayons donc d’être aussi professionnels que possible même si nous sommes limités. Nous sommes des musiciens autodidactes, ce qui implique un côté « bricolage » dans notre approche. Mais nous essayons malgré tout de nous concentrer sur le sujet comme le feraient des professionnels.

 

Tu n’as jamais eu recours à un coach vocal ?

Non. J’ai simplement travaillé plus dur pour m’améliorer et susciter l’intérêt des gens. A Philadelphie, il n’y a pas beaucoup de profs qui seraient prêts à accompagner quelqu’un avec des objectifs comme les miens en termes de rock et de metal. J’apprécie leur enseignement en matière de pop music mais il ne correspond pas à mes besoins.

 

Comment as-tu réalisé que tu pouvais chanter de la façon dont tu le fais aujourd’hui ?

Ça n’a pas vraiment été une découverte car j’ai chanté toute ma vie. J’ai grandi dans une église et sa musique m’a accompagné une grande partie de ma vie. Chanter n’était donc pas quelque-chose d’inhabituel. J’ai été dans des groupes punk et metal où je hurlais mais j’ai aussi chanté de la country, ce que je fais toujours d’ailleurs. Etre un performer n’était pas l’objectif. Un jour, Steve (Jansson – guitare) et moi étions en train de picoler et de chanter du Manowar. J’ai commencé à jouer de la guitare et à chanter comme ça. Je me suis dit « Oh, je peux le faire ! ».Initialement, j’ai rejoint Crypt Sermon pour y jouer de la basse et j’ai travaillé en ce sens. Mais vu que les gars n’arrivaient pas à trouver un chanteur, j’ai décidé d’essayer. Quand j’ai découvert que je pouvais le faire, j’ai arrêté de fumer, ralenti l’alcool et bossé pour entretenir ma voix. Entre la démo et l’album, ma voix est devenue distinctement plus polie. Elle sera toujours un peu âpre à cause d’années passées à chanter du punk et du metal mais je suis parvenu à la perfectionner et à la diversifier. Mon interprétation s’est sérieusement améliorée. Dès que j’ai une petite ouverture pour pousser un peu ma voix dans mon appartement, j’en profite immédiatement

 

Qu’aimes-tu tant au sujet de la musique ?

La musique me permet de me sentir moi-même. Ce n’est pas juste la musique mais son esthétisme global… Le son et l’art, chaque élément imbriqué pour constituer un produit fini que tu mets à disposition de tout le monde : « C’est ce que je peux faire de mieux ». Et quand tu ressens de la fierté d’offrir un morceau qui te représente vraiment. Ce morceau ne représente pas la totalité de ton être car, comme je l’ai dit plus tôt, je fais aussi de la country. Mais tu peux distiller des petits morceaux de toi-même et tu peux aussi préserver des parties dont tu souhaites qu’elles restent secrètes. Il est difficile de séparer un artiste de son art. Certains artistes peuvent avoir des visions polémistes mais ce qu’ils expriment à travers leur art n’a pas nécessairement à être sujet à la polémique et peut être fantastique tout autant.

 

Interview : Matt Bacon.