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Interview EMPTINESS

16 janvier 2018

Emptiness

Jeremie Bezier (basse & chant), Olve Lomer-Wilbers (guitare & synthés) & Peter Verwimp (guitare & drone) – Dimanche 18 juin 2017

« Je n’aime pas les riffs ! » – Olve Lomer-Wilbers

 

Comment ça va, les gars ?

Jeremie : Je me sens plutôt bien maintenant que le concert est derrière moi !

 

C’était sans doute votre plus gros concert à ce jour, non ? Qu’est-ce qu’on ressent alors ?

Jeremie : C’était spécial car il faisait jour et nous n’avions rien à projeter. Nous apprécions de jouer dans l’obscurité en général. Nous avons pris du recul vis-à-vis de ça et avons essayé établir une connexion avec l’horizon et le vent.

Peter : Beaucoup de monde a assisté à notre concert. Nous ne pensions pas jouer devant tant de monde. Ce n’était pas complètement plein mais la jauge était respectable.

 

Et comparé au Roadburn ?

Olve : Nous sommes plus dans notre élément au Roadburn. C’est un festival parfait pour nous. L’approche de la musique y est différente : c’est davantage un point de vue alternatif. L’offre est également différente et il se dégage un truc spécial. Le Hellfest est plus centré sur le metal. Je vais au Roadburn depuis des années. Jouer là-bas c’est mon top du top personnel.

 

Qu’est ce qui attire les gens dans la musique d’Emptiness ?

Jeremie : Le fait qu’elle est différente et difficile à appréhender. Tu essaies de trouver une réponse mais elle t’échappe. C’est une façon de réfléchir à ce qu’est la vie. C’est comme chercher à découvrir la vérité alors que plus tu en apprends, plus tu es perdu. Ce n’est pas une ligne droite dont tu peux apercevoir la fin. C’est processus qui requière de la modestie.

 

Votre style de musique a beaucoup gagné en popularité durant ces 5 dernières années. Pourquoi, selon vous ?

Peter : Quand un genre est établi – comme le black metal ou le death metal, par exemple – celui-ci devient ennuyeux car des centaines de groupes essaient de faire la même chose. Même il y a quand même un vrai noyau. Nous démarrons de ce noyau et cherchons à atteindre différents niveaux.

Jeremie : Les gens aiment l’honnêteté. Ils ne veulent pas que tu prétendes, que tu fasses comme tous les autres. Il y a du positif à ce sujet. C’est opposé à la conformité et la musique est supposée être totalement anticonformiste. Mais tant de gens se confondent inutilement dans une image sombre. Je ne me souviens plus de la question, maintenant…

Peter : J’étais en train de penser la même chose ! (rire)

 

Il reste pas mal de trucs à déballer – votre musique est sombre : pour quelle raison ?

Jeremie : Parce que nous vivons en Belgique ! (rire)

 

Moi, j’aime bien la Belgique !

Olve : Ça apparaît sympa, comme le pays Hobbit. Nous aimons des villes, notamment Bruxelles qui est centrale à l’histoire du groupe. C’est difficile à expliquer mais il y a quelque chose sous la surface… C’est une façon de penser pessimiste. C’est l’idée que l’homme n’a pas trop d’importance dans ce monde. Ce qui donne aux gens une perception négative d’eux-mêmes. C’est une façon de faire comprendre aux gens à travers la musique à quel point le monde est menaçant. Si tu ne comprends pas ça, tu ne peux pas nous comprendre. Ça ne signifie pas que notre point de vue est le bon mais nous souhaitons l’exprimer comme ça.

Jeremie : C’est ce qui ressort naturellement. Des choses personnelles pour chacun des membres du groupe qui viennent se greffer.

Olve : C’est pareil pour les films. C’est toujours bon quand c’est effrayant. Ce n’est pas tout à fait ça mais ça rejoint ce que Jeremie a dit avant : il est question d’essayer de s’approcher de la vérité et ce processus n’est jamais terminé mais c’est que nous essayons de communiquer.

 

Comment intégrez-vous ceci dans le processus d’écriture ?

Olve : Via beaucoup d’expérimentations. Il est compliqué de comprendre ce que nous essayons de faire. Pendant longtemps, nous ne pouvions pas vraiment expliquer notre concept. Nous essayons de visualiser une histoire globale sur laquelle doit reposer le morceau avant même d’écrire un premier riff. Nous élaborons une idée et nous construisons autour : c’est un processus cérébral.

Jeremie: Tout ce que nous proposons est issu de ces concepts et idées.

Peter : Jeremie a beaucoup d’idées pour élaborer des directions et des concepts philosophiques et nous devons adapter la musique à ces derniers. Je suis toujours en cours d’apprentissage car j’ai rejoint le groupe il y a seulement 2 ans. Un riff va pouvoir avoir tout son sens pour Emptiness alors qu’un autre aura un sens pour autre chose. Il y a un certain souhait de frustration. Il y a un côté catchy dans la musique mais les gars font en sorte de rompre le lien dès lors que ce côté catchy le devient trop. L’auditeur veut que l’idée se construise d’une certaine façon et nous, nous faisons en sorte que ça ne soit pas le cas et l’idée se développera autrement.

Olve : Nous rejetons constamment la facilité, ce qui s’avère être un processus douloureux.

Peter : Car ça l’est, d’une certaine façon.

 

Peter parlait de ce qui définissait un bon riff pour Emptiness : quelles en sont les composantes ?

Olve : Je n’aime pas les riffs ! (rire) J’aime quand les choses s’imbriquent bien ensemble. J’aime quand chacun jouent ses petites parties et cet ensemble devient largement supérieur à toutes les petites parties.

Jeremie : Il y a des riffs sur les albums précédents mais la direction que nous empruntons actuellement est un peu différente. Nous jouons sur des temps différents et c’est ce qui permet de créer une certaine atmosphère.

Olve : C’est un peu comme si chaque musicien évoluait dans sa propre dimension et nous essayons de faire en sorte que les différentes dimensions se rencontrent  selon le contexte du morceau. Nous construisons une forme d’unité mais d’une façon assez inattendue.

 

Et comme orchestrez-vous out ça ?

Olve : Difficile à dire. Ça prend du temps et ça nécessite beaucoup de répétitions. Quand nous imaginons la structure d’un morceau, nous composons rythmiquement. Si le jeu de batterie est régulier, quelqu’un jouera un riff basé sur du typing et un autre jouera un autre type de riff. C’est un peu comme composer un morceau de techno où les différents rythmes viennent se superposer. Nous ne sommes que quatre donc il peut arriver qu’on laisse tomber des éléments mais c’est bien comme ça.

Jeremie: Il y a beaucoup de tensions entre les différentes parties mais il peut arriver que le tout évolue vers quelque chose presque catchy mais jamais pendant trop longtemps car dans ce cas, les gens pourraient chanter. Nous avons tendance à jouer avec la frustration des gens à des interruptions. D’une certaine façon, nous cherchons à exclure l’auditeur car nous ne jouons pas de la musique pour lui, nous cherchons davantage à le frustrer.

Olve : Ce que nous faisons, nous le faisons pour nous. Si les gens arrivent toutefois à s’imprégner du truc, c’est cool. Même sur scène, nous faisons notre truc et si les gens arrivent aussi à être dans le trip, c’est super.

Jeremie : Les groupes ont des approches différentes vis-à-vis de la musique et chacun se spécialise dans un truc. Tellement d’influences peuvent être contenues et s’imbriquer dans la musique d’Emptiness.

Peter: Nous prenons notre temps quand nous commençons à composer, de sorte à collecter un maximum d’influences. Quand l’album est achevé, nous l’oublions, d’une certaine façon, et nous reprenons le cours de notre vie. De sorte à être prêt pour le prochain.

 

Qu’aimez-vous tant au sujet de la musique ?

Jeremie : Tu peux éprouver des sentiments nostalgiques difficilement explicables. Je ne sais pas s’il existe un mot pour décrire ça.

Olve : C’est un peu magique. C’est un truc qui te parle.

Peter : Il y a une interaction bizarre entre les morceaux et toi. Il faut que tu vois comment ces interactions se manifestent avec toi.

Olve : J’aime quand c’est magique et que je ne peux pas l’expliquer. Comme quand des trucs que je ne devrais en temps normal pas aimer finissent par me parler. Je peux pleurer quand j’écoute de la musique. J’adore ça.

Jeremie : C’est comme une architecture. Tu peux construire la structure d’un morceau tout en créant des sentiments et des émotions.

Peter : C’est le résultat qui importe.

Olve : Quoi que tu fasses, des histoires se forment.

Peter : C’est un univers sans fin. Si tu prends un morceau et que tu le mixes de 5 façons différentes, chacune disposera de son propre univers. Tout fonctionnera.

Olve : Il faut juste s’y mettre. Faire les choses en y mettant ses tripes, ça vaut le coup. Sa valeur est intrinsèque.

Peter : Si un genre veut évoluer, il faut l’accompagner. Autrement, le jazz et le punk ne seraient jamais nés, par exemple. La façon d’assembler les éléments doit être novatrice, c’est ce qui est excitant !

 

 

Interview : Matt Bacon.