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Interview CRIPPLED BLACK PHOENIX

16 janvier 2018

Crippled Black Pheonix

Justin Greaves (chant & guitare) & Daniel Änghede (basse) Dimanche 18 juin 2017

« Nous avons l’impression d’être dans un parc d’attraction» – Daniel Änghede

 

 

Alors, comment ça va pour vous, les gars ?

Justin : Ça va bien !

Daniel : Très bien !

 

Comment se passe cette première expérience au Hellfest ?

Daniel : Nous avons l’impression d’être dans un parc d’attraction.

Justin : Je n’en reviens pas à quel point c’est grand. Au premier abord, ça ne paraît pas si grand mais dès que tu sors, tu te rends compte que c’est énorme. C’est comme Glastonbury. Le simple fait qu’un évènement comme celui-ci puisse exister pour ce type de musique est dingue.

 

Et qu’est-ce que ça fait de jouer le plus gros concert de sa vie ?

Justin : Je ne sais pas si c’est le cas, en fait. Nous avons déjà eu l’occasion de jouer d’autres concerts mais dans un cadre différent. Je préfère toutefois les concerts dans les clubs car dans tu perds une certaine connexion avec le public quand tu joues un gros concert. Ce n’est pas un truc lié au Hellfest : c’est une règle générale. Mais nous apprécions quand même les deux contextes.

David : Moi, j’aime bien le fait d’alterner les clubs et les festivals.

Justin : Ce genre de festival est un truc nouveau pour nous. Tout a été fait pour bien nous accueillir. Nous avons fait nos armes avec des groupes heavy mais Crippled Black Phoenix n’est pas un groupe heavy. J’ai trouvé super d’avoir été invité mais je craignais de ne pas vraiment être en phase avec le cadre mais ça s’est bien passé.

David : Et puis, c’est cool de voir les autres groupes.

 

Ne craignez-vous pas que la musique de Crippled Black Phoenix limite l’accès au groupe à des évènements plus orientés mainstream ?

Justin : Nous pouvons regarder plus loin car nous avons la possibilité de participer à un festival comme celui-ci tout comme nous pouvons jouer dans des festivals orientés prog’ ou indie rock. De plus, quand nous tournons, nous jouons avec plein de groupes différents et dans des contextes variés. Notre public est lui-aussi éclectique : nous rassemblons des gens d’horizons variés.

David : Idem avec les musiciens qui forment le groupe : nous écoutons des choses très variées.

 

Pourquoi pensez-vous que votre musique rassemble des gens qui apprécient l’éclectisme ?

Justin : Il n’y a pas de règles, ni de barrières vis-à-vis de ce que nous proposons. Notre approche est ouverte d’esprit et notre musique est honnête. Tu finis par ne pas accorder d’importance concernant l’opinion de tes pairs. Tu n’as pas pour objectif de plaire aux gens. J’ai fait partie de groupes qui étaient enfermés dans un style et où il fallait que le nouvel album reproduise le modèle des précédents. Ça craint. Surtout quand il s’agit de doom ! Nous, nous n’appliquons pas une telle règle. Si tu es ouvert d’esprit et que tu es patient – car la musique est une combustion lente – et que tu appréhendes bien les choses, c’est vraiment gratifiant. Nous avons l’impression que les gens qui apprécient notre musique nous suivent dans cette démarche.

 

Pourquoi ce désir de jouer une musique aussi cérébrale ?

Justin : C’est juste ce qui en ressort. Nous ne sommes que des dépositaires de la musique de toute façon.

David : Et puis, il n’arrive pas à utiliser l’enregistreur correctement : il n’est pas capable d’abréger nos sessions d’enregistrement donc les chansons s’étirent ! (rire)

 

Que veux-tu dire par “dépositaires de la musique » ?

Justin : Tu essaies de ne pas forcer les choses. Nous sommes influencés par plus de choses émanant de l’extérieur que nous le sommes par la musique. Tu essaies de t’exprimer par la musique. Si ça sonne bien, c’est tant mieux. Et si le morceau semble vouloir voyager et aller quelque part, il faut laisser faire. Jamais nous ne pensons à la durée du morceau car ça n’a que peu d’importance. Ce qui importe pour nous, c’est la musique qui en ressort. C’est pour cette raison que nous écrivons des albums avec des morceaux que nous aimons. C’est pourquoi nous pensons que nos albums ont une durée adéquate.

 

Quand avez-vous réalisé que vous exploitiez un filon ?

David : Quand Justin a été kidnappé !

Justin : Plutôt quand j’ai réussi à m’échapper ! (rire) Avant de faire partie de ce groupe, j’ai joué dans des groupes où je me sentais prisonnier d’un style. J’ai toujours écouté des choses variées alors que je jouais dans des groupes à la musique super lente et heavy. Dans un tel contexte, difficile d’expérimenter. Je n’ai pas quitté la scène mais c’est tout comme au final. Je me foutais de sonner heavy ou de jouer lentement : je voulais juste jouer ce que je voulais. Toutes les influences auxquelles j’avais été confronté se sont déversées.

David : La musique de notre passé nous a permis de devenir amis.

Justin : Nous étions fans de nos groupes respectifs

 

Une fois ce filon découvert, comment l’exploiter ?

Justin : Ne fais pas de la merde ! Essaie d’être honnête avec ta musique et si tu vas dans une direction, essaie d’exploiter tes capacités au maximum. Ça ne va pas plus loin. Nous entreprenons un voyage et nous ne savons pas ce qui nous attend. Nous n’avons pas un plan de route ou un objectif. Avant, les groupes avaient besoin de ressources et de soutien pour grossir au moyen de plusieurs albums : c’était une construction lente et progressive. Aujourd’hui, il faut que le premier album soit un gros hit et que chaque morceau t’en mette plein la vue. Nous, nous adhérons davantage au modèle du passé, ce qui implique plus de temps. Mais je préfère ça que d’être dans la bouche de tout le monde. N’est-ce pas meilleur de découvrir toi-même un groupe plutôt qu’après avoir entendu « tu vas voir, tu vas adorer » ?

 

 

Interview : Matt Bacon.