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BLACK RAINBOWS

28 mai 2018

Black Rainbows

Gabriele Fiori (guitare et chant)

Interview par e-mail – Jeudi 22 mars, 2018

 « J’ai un peu d’expérience et je travaille 24h/24, 7j/7 avec des groupes et des festivals et donc je suis confronté à tous les scénarios possibles mais je vais quand même probablement chier dans mon froc au final. »

 

 

Comment vas-tu ?

Bien ! Bien occupé, comme toujours ! Je suis content de la façon dont les choses se passent: c’est une bonne période, c’est un bon moment pour le label (Heavy Psych Sounds) et pour le groupe !

 

Comment arrives-tu à gérer un label tout en jouant dans un groupe qui effectue des tournées ?

Au bout du compte, nous ne tournons pas beaucoup. J’ai également deux enfants, ce qui m’occupe bien également. C’est la première année que le label me prend autant de temps et j’ai désormais deux personnes qui bossent pour moi. Quand je suis en tournée, ça se passe bien car j’ai toujours mon iPad avec moi. Et puis je ne pars pas en tournée pendant des mois non plus. Donc c’est gérable. Peut-être que du boulot se sera accumulé en mon absence mais ça ira.

 

A quel point penses-tu que le fait de gérer un label t’apporte sur le plan de la création musicale ?

Je ne pense pas qu’il y ait un impact sur la musique, bien au contraire. Etre dans un groupe m’a permis de connaître les attentes vis-à-vis d’un label. Tu peux alors mieux comprendre les désirs des groupes. Les gens qui bossent en tant que découvreurs de talent ne peuvent pas comprendre en profondeur ce dont les groupes ont vraiment besoin. C’est une petite scène mais avec des gros contrats. Il faut être soutenu. Si je ne peux pas aider un groupe parce que j’ai trop de groupes à m’occuper, je ne me sens pas bien. J’essaie de donner du temps à chaque groupe. J’essaie de répondre aux groupes qui me sollicitent via Facebook et de solutionner leurs problèmes. C’est ce que les groupes attendent. Bien entendu, ils veulent également sortir un bon album et que le label joue son rôle habituel. La valeur ajoutée que tu peux apporter, c’est d’être là pour les groupes.

 

Qu’as-tu commencé en premier : le groupe ou le label ?

L’histoire entre Black Rainbows et Heavy Psych Sounds… Les deux suivent un chemin similaire. Le groupe était assez connu quand j’ai monté le label, ce qui a beaucoup aidé son lancement. Sur le plan économique, je mettais dans le label tout ce que je gagnais avec Black Rainbows. A cette époque, c’est davantage le label qui aidait les groupes, les groupes n’aidait le label que plus rarement. Je n’aime pas que les gens soient au courant qu’une même personne s’occupe d’un groupe et de son label car les deux choses restent différentes. Bien entendu, il contribue l’un et l’autre à chacun mais ça reste deux choses différentes, malgré tout. En ce moment, le label nécessite toute mon attention. J’ai appris à bien maîtriser mon énergie et puis le dernier album est très bon, c’est le meilleur que nous ayons enregistré. Je sais où je veux aller avec le groupe. Pour ce qui est du label, le marché évolue constamment : tu peux chopper un gros artiste ou ça peut vraiment merder à fond. Si tu dois gérer une sortie de dernière minute, il faut y aller ! Avec un groupe, tu planifies toujours des mois à l’avance si tu veux pouvoir organiser en vue de tourner… Là, je vais tourner en avril et il m’a fallu m’occuper du booking dès septembre-octobre l’année précédente ! Pour notre dernier album, nous avons enregistré en novembre dans le but de le sortir en juillet l’année suivante : c’est fou !

 

Qu’est-ce que ça fait d’être contacté pour jouer au Hellfest ?

Ç’est très bon ! Je suis tout le temps en contact avec plein de festivals. Crois-moi, je ne fais pas passer mon groupe avant les autres. Jamais. Je ne suis pas un mec comme ça. J’en ai même marre de jouer live. J’ai joué dans tellement de groupes : peut-être que je vieillis ! Je n’ai pas peur de dormir à même le sol, conduire ou m’occuper du merch mais à ce moment de ma vie, mes priorités ne se portent pas sur le live. Je suis content quand je tourne mais pas autant qu’il y a 5 ou 6 ans de ça, où je voulais tout le temps être sur scène. Donc, je propose la liste de mes groupes mais beaucoup de gens connaissent le groupe et le nom, Black Rainbows. Il y a des nouveaux groupes qui émergent et qui sont meilleurs que le mien mais ils ont besoin de se faire un nom. Je comprends un tel point de vue du côté du promoteur : il veut un groupe qui est connu. Je le sais d’autant plus que j’organise aussi des festivals et des concerts en parallèle ! Et finalement, je suis super excité à l’idée de jouer au Hellfest !

 

Ce concert représentera-t-il le plus gros concert jamais donné par Black Rainbows ?

Pour ce qui est des festivals, ça dépend. Je ne peux pas en être certain car je ne suis jamais allé au Hellfest. Nous jouerons tôt le matin, sur le deuxième créneau. Donc je ne sais vraiment pas. S’il y a 7.000 personnes comme il en a été question, oui, ça sera le plus gros show que nous ayons jamais donné.

 

Comment allez-vous vous adapter au contexte ?

Quand nous avons joué avec Brant Bjork, nous avons commencé à comprendre. Nous allons prendre du bon temps, je n’éprouve pas de crainte. Nous sortirons tout juste d’une tournée donc ça va bien se passer. En revanche, si tu n’as pas joué depuis quelque temps et que tu débarques sur scène devant 6.000 personnes, alors, là, c’est davantage effrayant ! J’ai un peu d’expérience et je travaille 24h/24, 7j/7 avec des groupes et des festivals et donc je suis confronté à tous les scénarios possibles mais je vais quand même probablement chier dans mon froc au final. Mais ça va être sympa ! Nous avons déjà joué dans plein de festivals. Je n’ai pas le trac sur scène ou ce genre de truc. Je me souviens du Stoned From The Underground en 2008. Nous avions joué dans la tente qui héberge le merch’ désormais ! Il y avait environ 800 personnes et je me souviens que j’avais la tremblote avant de jouer ! Je pense que ça va être bien. Par le passé, il n’y avait pas autant de festivals alors qu’aujourd’hui il y en a tellement : il y en a partout donc tu y es mieux préparé. Je dis ça mais quand je serai sur place, je serai super content d’y jouer et de sauter partout !

 

Tu mentionnes la croissance du nombre de festivals ces dernières années. On a d’ailleurs l’impression qu’un nouveau festival de stoner rock émerge chaque jour. Qu’est-ce qui explique la résurgence de ce genre de musique ?

Ce type de musique était devenu… Pas trendy mais tellement solide. Je la suis depuis le début et cette dernière avait disparue dans un trou noir jusqu’en 2010-2011. Et soudainement, je ne sais pas pourquoi, tout le monde a suivi le mouvement. Ça reste une petite scène malgré tout ! Avec les réseaux sociaux, il est plus facile de faire converger les gens vers les concerts ! Tout le monde peut le faire. Un petit évènement peut grandir : jette un œil aux premières éditions du Hellfest et du Roadburn et constate leur croissance ! Le public est réel. Et tout le monde est lié. La scène est réelle. Et c’est aussi un public qui consomme. Les fans ont entre 30 et 55 ans. Ils portent une barbe et ils dépensent de l’argent. Ce ne sont pas de gros volumes mais tout le monde achète du merchandising. Si tu joues devant 50 personnes dans un club, tout le monde achètera du merch’. Et peut-être que tu arriveras à gagner de l’argent ce soir-là. Si tu vas voir un concert de hardcore ou de punk où il y a 200 personnes, il peut arriver que personne n’achète quoi que ce soit. C’est un critère important ! Et c’est aussi ce qui explique qu’il y ait autant de labels qui traitent le genre ! Ils se sont développés grâce à la scène stoner car les disques se vendent. Le succès de festivals stoner rock comme le Stoned From The Underground et le Psycho Las Vegas montre clairement qu’un cap a été franchi et qu’il ne repose pas sur le public metal.

 

Ce développement a été intéressant à observer. Tu es, en quelque sorte, une des personnes les mieux connectées dans ce monde ! Comme ça s’est mis en place ?

De façon assez naturelle. Avec des groupes et des petits labels, tu tournes et rencontres des gens, des promoteurs et d’autres groupes. J’arrive à comprendre ce qu’un groupe veut et j’essaie donc de le lui donner. Le business qui s’y rapporte reste peu important même si de vrais problèmes peuvent prendre forme autour de petites sommes d’argent. J’essaie d’éviter ça autant que possible. Même si j’essaie que ça ne soit pas trop souvent le cas, ça va quand même si je perds de l’argent. Je fais ça car j’adore cette scène et les choses se donc mises en place naturellement au final. Heavy Psych Sounds est un label qui apprécie de travailler pour beaucoup d’artistes. J’adore travailler avec de nouveaux artistes. Ce n’est pas un label qui peut être comparé à Rise Records qui est tiré par une poignée d’artistes faisant office de vaisseaux amiraux. Moi, j’ai beaucoup d’artistes de bien moindre envergure car je suis accro à l’idée de sortir plein de disques.

 

 

Interview : Matt Bacon.