News

A PERFECT CIRCLE

23 avril 2018

apc-2017

Billy Howerdel (guitare, etc.)

Paris – Vendredi 2 mars 2018

« C’est compliqué pour moi de parler de musique. C’est plus simple pour moi d’en jouer car, alors, je n’ai pas à penser. La musique est un langage »

 

 

Tu aurais pu assurer la promotion de Eat The Elephant par Skype mais tu as choisi de le faire avec des entretiens en tête-à-tête…

Nous le faisons dès que nous en avons la possibilité. C’est plus sympa. Il arrive que nous nous contentions du téléphone quelquefois. Utiliser Skype est déjà mieux mais les interviews en face à face restent la meilleure solution.

 

3 morceaux ont déjà été diffusés sur le Net. Tu as eu l’occasion d’échanger sur le contenu de l’album ces derniers jours avec des gens qui ont eu le privilège de l’écouter. Es-tu satisfait des premiers retours ? Répondent-ils à tes attentes ?

Je ne raisonne pas vraiment sur le principe d’être satisfait ou non. Je pense qu’au fur et à mesure que le temps passe, il est plus aisé de se détacher des attentes, de concentrer notre écriture sur ce qui nous tient à cœur puis de simplement observer la perception des gens. Nous nous efforçons d’essayer de proposer le meilleur disque possible et tu ne dois pas trop t’inquiéter de ce que les gens en penseront. Et puis, peut-être que nous ferons un disque qui sera différent la fois d’après…

 

Je présume que certains morceaux te sont plus chers que d’autres ?

J’ai des morceaux favoris sur cet album, oui. Je pense que “The Contrarian” en fait probablement partie, par exemple. C’est difficile de se prononcer car ce tous mes bébés. Je pense que “Feathers” est sans doute celui qui ressort en premier : les paroles de Maynard (James Keenan – chant) me touchent vraiment beaucoup. Elles sont très belles. Je ne sais pas de quoi il est vraiment question car je ne cherche en général pas trop à creuser le contenu des textes et c’est notamment le cas pour ce morceau : je n’en sais rien. C’est la beauté de la musique : elle est sujette à de l’interprétation. Pour moi, c’est sympa de n’avoir qu’à me concentrer sur l’écriture de la musique et de m’écarter une fois la tâche accomplie, me positionner comme un fan et appréhender le tout comme un produit fini. Après, ce n’est plus de mon ressort : c’est scellé pour toujours et il n’y a plus qu’à l’écouter. J’ai hâte de vraiment profiter du nouvel album une fois que tout le reste sera terminé, comme les rencontres presse et les préparatifs de la tournée. A ce moment-là, je pourrai un peu vivre une expérience avec cet album.

 

Eat The Elephant sort le 20 avril 2018. A cette date, en 1902, Pierre et Marie Curie confectionne du chlorure de radium. En 1961, c’est l’échec du débarquement dans la Baie des Cochons par les troupes américaines à Cuba et en 1972, Apollo 16 se pose sur la Lune. Comment comptes-tu marquer l’histoire avec Eat The Elephant le 20 avril 2018.

Je n’en ai pas l’intention. Non, pas l’intention. Nous verrons bien ce que ça donnera. Nous allons le sortir puis accepter ce qui en découlera.

 

L’idée est donc juste de sortir le meilleur album possible ? Il s’est quand même écoulé 14 ans depuis la sortie du dernier…

Je pense que c’est dû à… Non pas à un manque d’idées mais plutôt à la coordination de nos agendas et autres implications. Maynard a toujours beaucoup de choses sur le feu, il est très passionné par le vin et nous avons tous les deux d’autres engagements en marge de ce groupe… J’ai mon propre projet solo (Ashes Divide), lui a les siens (Tool, Puscifer)… Je lui propose toujours de la musique mais pour ce qui est de la partie créative de ce cet album… Disons que 2017 est l’année durant laquelle nous avons conçu l’album, ce qui n’a pas été le cas des années précédentes.

 

Pour la première fois, vous avez eu recours à un producteur extérieur, Dave Sardy. Pourquoi cette nouvelle organisation était-elle requise ? Et comment évalues-tu son impact  sur l’album ?

Ce n’était pas réellement requis. C’est quelque chose que je voulais essayer. Essayer quelque chose de différent pour avoir un regard extérieur sur le sujet mais aussi pour pouvoir faire autre chose : m’asseoir sur le canapé, m’éloigner de l’ordinateur et de tous les fichiers, ne pas penser aux éléments liés à la planification et au budget… J’avais également envie de voir les morceaux avec du recul, pas en étant plongé dans la profondeur de ceux-ci. C’était juste une idée au démarrage. D’habitude, j’enregistre tout ce que je fais : guitare, claviers, programmation, basse, etc. Alors que là, je n’avais qu’à rester assis car quelqu’un faisait le job à ma place. Je pouvais dire : « Je peux avoir une autre piste ? Tu peux dupliquer ça ? Je peux avoir plus de ça ?”. C’était donc différent. Tu sais, c’est compliqué pour moi de parler de musique. C’est plus simple pour moi d’en jouer car, alors, je n’ai pas à penser. La musique est un langage. Donc dès que tu dois vraiment raisonner à son sujet, ça m’amène à penser la musique d’une façon différente. J’ai donc pensé que de recourir à un producteur extérieur pourrait être un moyen intéressant d’y parvenir.

 

L’expérience semble avoir été positive. Tu n’as pas de regrets de ne pas avoir procédé de cette manière par le passé ?

Non !  Je vais et je viens. C’était plus simple et plus compliqué à la fois. Certains aspects étaient difficiles alors que d’autres ont très bien fonctionné, je trouve. C’est un peu une combinaison des deux. Par le passé, nous avions également bénéficié d’aide au niveau de la production via Danny Lohner qui, sur les deuxième et troisième albums, a contribué à des idées de la même façon que Dave l’a fait sur cet album. Ces choses auxquelles nous n’avions pas pensé, une autre couleur, une autre perspective… C’est toujours sympa et bienvenu. Sur le moment c’est compliqué car tu peux camper sur tes positions : « la chanson ne peut être que comme ça ». Puis tu apprends à écouter, à te faire à une autre idée, à une suggestion et tu dis : « OK, voyons voir ce que ça peut donner »…

 

Tu es l’unique compositeur au sein du groupe pour ce qui est du contenu musical. Tu en es également le guitariste soliste. La guitare pourrait donc tout bouffer. Pourtant, je dirais que son usage est très humble sur ce disque… La guitare n’est pas dominante mais toujours pertinente. « Moins, c’est plus », en quelque sorte ?

Je pense que ton point de vue est juste. J’ai principalement composé cet album au piano. La plupart des morceaux ont été conçus à partir de parties de piano ou de clavier, puis de basse. La guitare n’a été intégrée que plus tard, ce qui explique qu’il y ait peu de morceaux qui reposent sur la guitare. Peut-être “Delicious”. Ou la version initiale de “TalkTalk” avant que je la déshabille complètement et qu’elle ne repose plus que sur le clavier, avec un peu de guitare sur la fin. Il y a donc beaucoup de clavier bien que je ne sois pas un très bon joueur de clavier. Du coup, c’était intéressant d’écrire ainsi. Tu tâtonnes et si tu trouves que ça sonne bien, tu continues. Je n’ai pas d’antécédents avec la pratique du clavier mais c’était une approche différente et je trouve que c‘est plus simple de juste… C’est plus traditionnel, beaucoup de gens procèdent comme ça : ils utilisent leur main gauche et leur main droite et ils écrivent des morceaux de cette façon.

 

Le processus d’écriture a donc été très différent par rapport aux précédents albums ?

Oui, les autres albums démarraient sur… Quelquefois un drumbeat, quelquefois de la basse ou de la guitare mais jamais sur autant de touches.

 

Tu ne chantes pas vraiment sur le disque. C’était une volonté dès le début où les choses se sont faites comme ça ?

Je chante juste un tout petit peu, Maynard chante sur l’intégralité du disque.

 

Pourquoi ? Maynard pensait qu’il se devait de chanter sur l’intégralité de l’album ?

Et bien, tu sais, nous n’avons pas vraiment abordé le sujet car nous avons collaboré à distance. Au début, nous avons travaillé ensemble mais pour la plupart… Il vit en Arizona et moi à Los Angeles. Je lui envoyais des morceaux via Internet et lui y répondait. Il a soumis des lignes de chant alors que je commençais à bosser avec Dave et celles-ci sonnaient superbement. Il a donné différentes personnalités à sa voix, si bien qu’il était presque difficile à deviner qu’il s’agissait de lui. C’est notamment pour cette raison que j’aimais chanter par le passer : pour proposer un autre angle, une caractéristique différente. Dans le cas présent, nous avons déroulé et comme les vocaux de Maynard sonnaient super, nous avons continué comme ça.

 

J’éprouve des difficultés à décrire le contenu de l’album avec des mots ou les émotions qu’il peut susciter. Au début, j’étais plus dans une optique « raffiné /épuré » puis je suis passé à « élévation / réconfort ». Plus j’écoute l’album, plus je suis contenté et confus à la fois. Je suppose que tu apprécies de me voir aussi satisfait que confus ?

C’est bien, ça ! Ouais, ça me satisfait. Ça pousse à poursuivre le travail d’écoute et à dépasser le stade de la première écoute dans ta voiture ou dans ta chambre. La semaine suivante, voire l’année suivante, au fur et à mesure, ton sentiment se développe et tu exploites différentes émotions, différentes couleurs. Et là, j’ai l’impression que nous avons réussi à créer un disque qui remplit cet objectif.

 

Tu es quand même en accord avec des mots comme “raffiné” ou “réconfort”, par exemple ?

C’est très sympa, merci. Je ne m’étais pas penché sur ce point-là. En fait, je me contente de l’écouter et j’ai l’impression que je n’ai pas à la décrire, en fait. J’accepte tout ce qui pourra en être interprété.

 

J’ai lu que le morceau « TalkTalk » avait connu plusieurs versions avant d’aboutir sur le disque. Tu peux m’en dire plus à ce sujet ?

La première version sur ma démo était écrite sur une mesure différente. Maynard m’a dit : « J’aime bien mais j’ai dû mal à projeter ma voix dessus… Peux-tu modifier la mesure ? ». J’ai donc fait des essais sur des rythmes différents. C’est une tâche compliquée car si tu effectues des coupures, tout l’édifice est chamboulé. C’est le morceau qui a pris le plus de temps. Mais il n’existe pas pour autant une multitude de versions avec ses vocaux par exemple, rien qui ne soit abouti, quoi. Nous avons posé les bases puis décidé de la direction à prendre et nous avons abouti.

 

Conçois-tu A Perfect Circle comme une expérience artistique globale plutôt que simplement de la musique ?

Je pense que nous y arrivons, petit à petit. C’est une chose qui se développe avec le temps et j’ai hâte de me projeter plus loin.

 

Plus loin ?

En associant la musique à d’autres formes… Plus de visuel, plus de… Je ne sais pas ce que le futur nous réserve. La technologie pourrait s’intégrer à notre œuvre. Avec le temps, nous devrions pouvoir y parvenir. J’ai vraiment hâte de voir ce que nous allons pouvoir faire et je ne sais pas exactement ce que je peux dire…

 

En jouant live avec des projections cinématographiques…

Oui, ça a notamment failli se faire avec notre album Thirteenth Steps qui avait été envisagé pour être utilisé comme base de bande-originale pour un film. J’étais emballé par cette idée, d’ailleurs. Je ne pense pas que ce nouvel album s’inscrive dans cette direction, par contre. Mais j’aimerais bien que nous l’exploitions avec une approche acoustique ou symphonique, par exemple.

 

Quelles sont les prochaines étapes à venir pour le groupe ?

Nous allons donner quelques concerts en Amérique en avril et mai avant de revenir en Europe en juin. Après, Maynard doit s’occuper de ses vendanges. Et de mon côté, je vais probablement m’atteler à composer du nouveau matériel.

 

Eat The Elephant aura donc un cycle de vie assez court…

Non. Je pense qu’il y a encore des trucs à venir. Il faudra que tu t’adresses à lui (il pointe son manager du doigt) à ce sujet ! Oui, il y a encore des trucs à venir et nous sommes en train de nous organiser pour ce faire.

 

A Perfect Circle va jouer au Hellfest pour la première fois en 2018. Que connais-tu du Hellfest ?

Je sais qu’il ressemble à un carnaval, une sorte de cirque à thème. Il me semble qu’une grande attention soit portée à la dimension visuelle. J’ai hâte de voir ça.

 

Pour conclure : voici la programmation 2018. Tu en apprécies le contenu ?

Super. Il me tarde de voir Judas Priest. J’ai eu l’occasion de rencontrer Rob Halford. Maynard et moi partagions une maison pendant l’enregistrement du premier album et Maynard est venu nous rendre visite. Nous n’avions que 5, voire 8, morceaux achevés. Nous lui avons joué l’intégralité de ceux-ci et il a choisi “Judith” comme premier single. Nous préférions “3 Libras” initialement et étions determinés à ce que ça soit le cas. Il nous a dit : « Vous pouvez faire comme vous l’entendez mais si vous sortez plutôt ce morceau comme single, vous vendrez un million, je vous le promets ». Vraiment ? Nous n’avions pas imaginé ce morceau comme un morceau pouvant passer sur les radios donc nous lui sommes redevables pour nous avoir montré la voie. J’aime bien Deftones aussi et ça fait un bail que je ne les ai pas vus : c’est cool. Stone Sour : nous venons juste de les voir au Mexique et Corey (Taylor) a été très sympa. Et puis Napalm Death : quelle voix !

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Olivier (Replica Promotion) et Laurent (BMG France).