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Interview exclusive pour hellfest.fr: COWARDS [Adrien (guitare)]

11 juillet 2016

« J’aime l’idée de pouvoir faire Cowards parce que j’ai envie de le faire et non parce qu’il faut le faire. Ce n’est pas mon travail ou ma routine : c’est mon plaisir. Je fais ça pour jouir, pas par devoir » – Adrien – Vendredi 17 juin 2016

 

Première expérience au Hellfest en tant qu’artiste : comment la vis-tu ?

J’adore. L’équipe est géniale. J’avais des appréhensions de ne pas être considéré – ce qui est normal car nous sommes un tout petit groupe et qu’il y a ici plein de groupes beaucoup plus gros – mais en fait, pas du tout. Nous avons été super bien traités, super bien accueillis, malgré notre statut de petit groupe.

 

Pas d’appréhension vis-à-vis du contexte open air ? On imagine plus facilement votre musique exprimée dans club.

Pas vraiment une appréhension dans le sens que nous nous étions déjà produits en extérieur. C’était en revanche une certitude que ça n’allait pas être aussi kiffant que dans une petite salle de type club. Mais je ne vais pas me plaindre quand même ! (rire)

 

La gestion de l’horaire (11h05) était un challenge, non ?

C’est la première fois que je faisais un concert aussi tôt mais finalement, ça s’est bien passé. Nous avons tout simplement procédé comme nous le faisons quand nous jouons tard. Nous avons donc commencé à picoler 30 minutes avant le concert, comme d’habitude.

 

Pour un groupe comme Cowards, jouer au Hellfest, ça représente quoi ? Une étape ? Une forme de reconnaissance ?

Je ne sais pas si ça a ce genre de retentissement… Nous, ça nous fait plaisir. Je ne vais pas te mentir : il y a une forme de fierté. Mais nous ne sommes pas dupes : ça ne signifie pas pour autant que nous avons franchi un palier. Nous avons été invités, ce qui est plaisant mais est-ce une étape ? Tout dépendra de ce que nous en ferons derrière. Ça nous a effectivement donné un coup de projecteur mais c’est à nous de concrétiser en tournant davantage.

 

La place laissée aux groupes français est-elle suffisante ou pas ?

Je ne sais pas si j’ai vraiment ma place pour parler de ça… Je ne suis ni anti-Français, ni chauvin, vis-à-vis du metal français. Les groupes français présents sur l’affiche cette année sont des groupes de qualité – même si je n’apprécie pas forcément ce qu’ils font tous – et des mecs qui taffent. Sans parler de nous, ce sont des groupes qui ont leur place sur l’affiche et je ne vois pas pourquoi il devrait y avoir plus ou moins de groupes français. Il y a plein de groupes en France mais ils ne sont pas tous bons non plus. Si bien que je ne vois pas l’intérêt de mettre les groupes français plus en avant que les autres. Ce n’est d’ailleurs pas intéressant de savoir si un groupe est français, américain ou suédois. Ce qui est intéressant, c’est si ce groupe est bon et s’il fait kiffer les gens.

 

Alan, du groupe Primordial, estime que la culture des festivals tue les tournées. C’est un point de vue que tu partages ?

C’est peut-être possible mais seulement à une certaine période de l’année. Effectivement, en juin-juillet-août, c’est plus compliqué de booker des tournées en raison des festivals. Si moi, je voulais faire des dates en France, spécialement dans la région nantaise, dans la semaine du Hellfest, celle d’avant ou celle d’après, ce ne serait pas hyper malin. En même temps, je te dis ça mais, il y a une semaine de ça, nous avons fait une tournée avec des amis à nous, Pilori, de Rouen. Nous avons joué à Rouen, Angers et Tours : ce n’est pas à côté de Nantes mais pas hyper loin non plus, et il y avait du monde aux concerts. Après, c’est particulier, vu que nous sommes un tout petit groupe. Je suis quasi-sûr qu’aucun festivalier n’a pris sa place au Hellfest pour voir Cowards. Les gens qui veulent nous voir peuvent le faire en payant 5 euros pour un concert dans une cave. Et éventuellement, s’ils sont réveillés, ils peuvent aussi venir nous voir à 11h sur la Warzone. Ça ne va pas faire doublon. Je ne pense pas qu’un mec de Tours se soit dit : « Y’a Cowards au Winchester ? Non, j’irais plutôt les voir au Hellfest ». Ça m’étonnerait. Pour Primordial, c’est différent, vu que c’est un groupe beaucoup plus gros. Pour eux, cette période est plus compliquée car ils ne peuvent pas vraiment booker de tournées. Désolé les gars, il ne fallait pas être aussi gros ! (sourire)

 

A quel point le fait de ne pas avoir un statut pro impacte/gêne le potentiel développement du groupe ?

C’est compliqué à mesurer car ça dépend de la période de l’année. Nous avons tous des boulots un peu différents. Moi, j’ai un boulot qui fait que je vais bosser plus ou moins selon les saisons. C’est vrai que quand j’ai plein de taff pro, je peux moins me concentrer sur mon groupe. Mais ça, c’est le cas pour la plupart des groupes français car peu sont vraiment professionnels. Et puis, je n’aspire pas du tout à ce statut. J’aime l’idée de pouvoir faire Cowards parce que j’ai envie de le faire et non parce qu’il faut le faire. Ce n’est pas mon travail ou ma routine : c’est mon plaisir. Je fais ça pour jouir, pas par devoir.

 

Parlons un peu de l’univers graphique du dernier album Rise To Infamy. J’avoue qu’il m’a interpelé…

Pourquoi, il t’a interpelé ?

 

J’ai éprouvé une sorte de trouble…

Décris-moi cette pochette alors. Qu’est-ce que tu y vois ?

 

Une femme dont on tient le visage, une lame, un scalpel, qui semble la menacer… C’est ma perception en tout cas. Mais j’aimerais savoir ce qu’il y a derrière.

Il y a un choix très clair derrière cette pochette, en ce qui me concerne. Selon moi, elle a un potentiel d’ambivalence très fort. Toi, tu as eu ce ressenti et d’autres l’ont eu aussi. J’ai même lu une chronique qui disait que notre label aurait dû intervenir car la pochette était trop misogyne, trop rétrograde, macho, etc. C’est un point de vue. A côté de ça, d’autres se sont interrogés sur ce qui arrive à cette femme : est-ce qu’on l’étrangle, est-ce qu’on la sauve, est-ce qu’elle va mourir ? C’est cette forme d’interrogation qui m’intéresse. Ce que je vois, si je veux rester factuel, c’est le visage d’une femme qui n’exprime aucune émotion. Pas de douleur, pas d’urgence, pas de détresse, pas de plaisir non plus : c’est juste un visage de femme, presque paisible. Tu ne la sens pas crispée, en tout cas. Il y a des mains d’homme autour de son coup et qui n’ont pas l’air de le serrer beaucoup. Il y a aussi un genre de cordon mais pas de scalpel du tout, mais le dessin en noir et blanc peut laisser place à l’imagination. Si bien que chacun peut faire son histoire. Ce n’est pas de la provocation, c’est juste que nous aimons bien l’ambivalence. Nous avons un côté pince-sans-rire, si tu veux.

 

J’ai pu voir Cowards sur scène pour la première fois à l’occasion du Hellfest et j’ai pu noter une communication verbale inexistante avec le public. Par contre, il y a une vraie interaction visuelle. Ce dialogue zéro, c’est un parti pris ?

Qu’est-ce que tu voudrais que je dise au public ? Il n’est pas venu pour m’entendre causer. Nous, nous n’avons pas de message, de principes, de morale, à communiquer. En tant qu’individus, nous avons tous des convictions mais ce n’est pas le but de Cowards de les exprimer. Quand nous jouons notre musique, c’est vraiment un moment où je suis hors de moi, totalement vénère. J’adore notre musique et quand je la joue, je suis vraiment dedans et je n’ai pas envie de dire des banalités au public, de communiquer, ni de partager. Dans mon idéal, j’aimerais que les gens subissent le concert, j’aimerais pouvoir infliger. Nous ne sommes pas là pour faire blah-blah : nous laissons ça à des groupes qui le font très bien.

 

Les prochaines étapes pour le groupe ?

Nous venons de finir d’enregistrer des morceaux chez Francis à Sainte Marthe pour un split avec Stunt Man, de Montpellier. Nous allons sortir ça pour octobre/novembre. Nous allons bosser avec le même mec qui a dessiné la pochette de Rise To Infamy. Une pochette qui sera sans doute plus consensuelle et qui provoquera sans doute moins d’interrogations. Nous ne jouerons sans doute pas avant octobre, peu de dates sont calées pour le moment. Je vais me concentrer sur la sortie de ce split puis je vais essayer de caler des dates, une fois que la date de la sortie sera confirmée.

 

A titre personnel, y a-t-il un artiste que tu vois en modèle dans la façon d’exprimer sa musique ?

Il y en a plusieurs, pour plein de raisons différentes. Ça m’ennuie de jouer le jeu des détracteurs mais… J’ai toujours trouvé Kickback super sincère en live. Je les ai vus faire des concerts nuls mais toujours avec cette attitude super dédaigneuse. C’est ça que j’aime bien, je trouve ça intéressant car ça change. Je joue dans un autre groupe qui s’appelle Mad At The World, qui fait du hardcore plus traditionnel, un peu 90s, et du coup, je fais pas mal de dates avec eux. Ce qui m’échappe complètement avec la scène hardcore, c’est de faire passer des messages de positivité, d’amour et de fraternité par des mecs qui hurlent au son de guitares saturées. C’est fatigant à la fin. Kickback avait ce truc : rien à foutre ! Hormis Kickback, j’ai beaucoup aimé Celtic Frost dans sa dernière itération, celle de Monotheist. Je les ai vus sur scène à l’époque : très statique, très méchant, avec un niveau de communication hyper réduit.

 

C’est l’heure de conclure. Pour ce faire, je vais te demander de terminer cette phrase pour moi : « Je n’ai jamais raconté cette histoire auparavant et je ne devrais sans doute pas le faire d’ailleurs mais… »

Il n’y a aucune histoire que je n’ai jamais racontée et il y a plein d’histoires que je n’aurais jamais dû raconter et que j’ai racontées quand même. C’est trop con de garder les trucs drôles pour soi. C’est toujours plus marrant de rigoler des autres et de soi-même avec tout le monde. J’aime bien me foutre de la gueule de tout le monde et ça ne me dérange pas qu’on se foute de moi ! (rire)

 

 

Interview : Wombat.

Un grand merci à Sarah (Dooweet).