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Interview exclusive pour hellfest.fr: Aaron Aedy (PARADISE LOST)

14 mars 2016

« Le Hellfest un festival vraiment cool. L’ambiance y est bonne ! » – Aaron Aedy – 09/11/2015

 

Comment se passe la journée jusqu’à présent ?

Tu sais quoi ? Je pense que c’est probablement notre tournée la plus longue depuis longtemps. C’est une tournée de sept bonnes semaines. Mais elle est vraiment super. Beaucoup de dates ont été sold-out ou proches de l’être. La réaction du public au nouvelles compos est fantastique. Nous passons donc une tournée agréable en compagnie de Lucifer. Ce sont également des gens très sympas. Donc tout se passe bien mais j’ai hâte de revenir à la maison pour y passer quelques jours (sourire).

 

Nous sommes le 9 novembre. C’est la date de la chute du Mur de Berlin (1989). Comment comptes-tu personnellement laisser ton empreinte dans l’Histoire ce soir à Paris ?

En headbangant ! En headbangant et en adorant ça ! (rire) L’autre jour, c’était le Bonfire Day en Grande-Bretagne. C’est une fête qui commémore la tentative (avortée) par des conspirateurs de faire sauter le Parlement britannique il y a des années de ça. C’est marrant, il se passe toujours plein de trucs à cette période  Nous avons donc raté ça il y a peu. Mais ce que j’attends vraiment avec impatience, c’est de jouer ce soir. Nous avons toujours donné de bons concerts à Paris. Nous avons bouclé pas mal de tournées avec un dernier concert à Paris, d’ailleurs. Je me souviens y avoir clôturé une tournée le jour de mon quarantième anniversaire et ça avait été une super soirée ! Et le défunt Elysée-Montmartre… C’est dommage car j’adorais cette salle. Ce soir, j’ai juste envie d’un bon concert.

 

Et quel a été le meilleur moment sur cette tournée ?

Mon Dieu… Nous avons probablement donné notre meilleur concert en Finlande jusqu’à présent. C’était à Helsinki, sur cette tournée. Il y a un morceau sur le nouvel album qui s’appelle « Beneath Broken Earth » et j’adore la jouer sur scène. Moi et Greg (McIntosh – guitare) adorons les trucs bien doom. Et ce morceau fonctionne très bien live. Jouer ce morceau tous les soirs fait partie des meilleurs moments. D’une manière globale, nous avons eu la chance d’avoir un public très réceptif partout. Il est difficile de devoir extraire un moment plus fort qu’un autre. Notre meilleur concert finlandais… Certains concerts en Espagne ont été les meilleurs que nous ayons joués là-bas… Un super concert à Milan également… Cette tournée est tellement réussie que c’est difficile de devoir déterminer le meilleur moment, vraiment. Jouer les nouvelles compos est fun, tu sais ! (sourire)

 

Tu l’as dit, c’est une tournée assez longue… Comment as-tu occupé ton temps libre durant cette période ?

Je suppose qu’Internet est assez utile de nos jours. Tu peux garder le contact avec ta famille plus facilement. J’aime lire des bouquins, je lis plein de bouquins. Nous sommes habitués à tout ça après vingt-cinq ans de pratique. Nous regardons aussi pas mal de programmes comiques. Et nous buvons ! Mais tu sais, seulement après le concert (sourire). Nous sommes de très bons potes donc nous nous entendons bien et discutons la plupart du temps. Même après toutes ces années. Je connais Greg depuis qu’il a onze ans et Nick (Holmes – chant) depuis qu’il en a douze donc nous sommes potes depuis très longtemps. Avant même de monter le groupe. Je pense que ça aide. Oui, nous discutons vraiment beaucoup (rire).

 

Votre dernier album est sorti il y a quelques mois (The Plague Within – Juin 2015). La direction artistique empruntée est assez surprenante et…

Tu as raison !

 

Aussi bien Nick (avec Bloodbath) que Greg (avec Vallenfyre) sont impliqués dans des side-projects aux sonorités old-school. Mais tout le groupe était-il intéressé par suivre une telle voie pour ce nouvel album ?

Clairement. Quand nous avons enregistré l’album en novembre-décembre l’année dernière, nous étions très excités au fur et à mesure que nous assemblions les éléments, les guitares, les harmonies… Nous étions tous : « C’est très cool ». L’unique raison pour laquelle nous avons monté ce groupe, c’est celle de jouer la musique que nous aimons. Et c’est toujours la raison pour laquelle nous continuons. Le jour où nous cesserons d’aimer ce que nous faisons, nous arrêterons. Ce sera fini. Là, nous redevenons des adolescents, avec ce nouvel enregistrement et tout. Quand nous avons terminé l’enregistrement, nous étions genre « Woohoooo! » (sourire). Nous étions tellement excités que nous n’avions qu’une envie : que le gens écoutent notre musique. Et c’est super que nous ressentions toujours ce feeling. Le même que quand nous avions dix-huit ans. Nous l’adorons, absolument. Je crois que nous jouons six nouveaux morceaux sur scène sur cette tournée. Nous n’en avions pas joué autant depuis longtemps. Normalement, nous en faisons quatre ou cinq et le reste est une sorte de best of. Mais cette fois, nous en jouons six et ça sonne super bien. Comme je l’ai dit, j’adore particulièrement « Beneath Broken Earth ». C’est mon morceau préféré. « An Eternity Of Lies » est bon également… Mais ils sont tous bons ! (rire)

 

J’ai vu le groupe live à de multiples reprises depuis 1996 et je dois avouer que j’ai toujours trouvé que tu étais une sorte d’intrus : le seul musicien qui sourit et qui semble s’amuser sur scène. Je suppose que tu es donc très content de ton sort. Mais tu n’es crédité que sur un morceau au sein de toute la discographie du groupe. Pas frustrant quelquefois de n’être qu’un simple soldat ?

Un ami à moi m’a dit un jour que chaque armée a un général… Tu sais, je contribue quand même mais comme il ne s’agit que de petites choses qui ne nécessitent pas d’être créditées. J’adore jouer la musique qui est écrite. C’est pour ça que je suis heureux sur scène : je l’adore. Chez moi, j’ai mon propre studio. J’ai un studio depuis vingt ans. J’écris à la maison, juste pour le plaisir. Tu sais, si la machine n’est pas cassée, ça ne sert à rien de la réparer. J’apporte quelques pincées. Nick apprécie d’avoir mon opinion également, donc ça me va.

 

Donc pas besoin d’un side-project pour pouvoir complètement exprimer ta créativité ?

Non, non… Je suis assez timide sur la question, très timide. J’ai écrit plein de trucs chez moi pendant des années mais je n’ai aucun désir d’en faire quoi que ce soit. Je suis marié à Paradise Lost. Et en parallèle de Paradise Lost, je suis marié à ma femme ! Et j’aime bien passer du temps avec elle également! (rire)

 

Je trouve que deux de vos albums ne sont pas reconnus à leur juste valeur : Host (1999) and Symbol Of Life (2002). Avec le recul, comme les juges-tu ?

Je trouve qu’ils sont super. Beaucoup de gens mentionnent Host aujourd’hui. Je pense que ça a été un gros choc à l’époque. La combinaison de la direction prise et puis les cheveux courts pour nous tous… Je crois que c’était too much. Avec des cheveux longs, je pense que nous nous en serions mieux sortis… Mais là, c’était trop de changements d’un coup. Cet album est probablement le plus sombre que nous ayons jamais écrit. Il est très, très sombre. Nous avons presque intégré un morceau de Host sur cette tournée. Nous avions une liste d’environ quarante morceaux que nous souhaitions jouer mais nous avons dû écrémer. Nous avons presque pris « Nothing Sacred » de Host, que nous n’avions pas joué depuis longtemps. Mais ça ne s’est pas fait. Symbol Of Live est très populaire, en fait. Nous avons joué « Isolate » sur la fin de la tournée cet été. Celle-là et « Erased » : elles passent très bien. J’aimerais jouer « Pray Nightfall » de cet album, d’ailleurs. Tu ne sais jamais, peut-être un jour… Parce que nous aimons varier. Nous jouons un morceau de Gothic sur la tournée, un morceau que je n’ai plus joué depuis mes vingt-et-un ans… Non ! Depuis mes vingt-deux ans ! (rire) C’est sympa de pouvoir intégrer des trucs différents.

 

Votre album le plus populaire reste Draconian Times. Comment ça fait que les gens continuent de se référer à un album dont la sortie remonte à vingt ans ?

Le plus grand compliment que tu peux recevoir, c’est quand quelqu’un te dit qu’il a ressenti l’énergie nécessaire pour créer sa propre musique, ou pour apprendre un instrument, après avoir écouté notre musique et qu’elle l’a inspiré. Oublie dix bonnes chroniques. ҪA, c’est le meilleur compliment que quiconque puisse te faire : quand quelqu’un te dit que tu l’as émotionnellement conduit à choisir de faire sa propre musique. Quand les gens te disent ça, c’est assez cool.

 

Gothic est également l’un de vos albums les plus influents. Un album que vous allez interpréter dans son intégralité dans le cadre du Hellfest cette année. C’est une idée de vous ?

C’est Walt (Hoeijmakers) du Roadburn qui nous l’a demandé. Nous nous sommes dit « Pourquoi pas ? Nous ne l’avons encore jamais fait ». Nous n’avons jamais joué toutes ces chansons live donc ça devrait être assez intéressant ! Et puis le Hellfest voulait aussi que nous le fassions… Nous avons demandé à Walt s’il était d’accord pour que nous jouions également Gothic au Hellfest et il a dit : « OK ». Donc… (sourire)

 

Cette année va également marquer votre troisième passage dans le cadre du festival. Quelques souvenirs de vos précédentes participations ?

Je trouve que c’est un super festival. La programmation l’année où nous avons joué en 2014, avec Black Sabbath, était probablement la meilleure en Europe cette année-là. Ils ont eu tout le monde. Je trouve que c’est un festival vraiment cool. L’ambiance y est bonne. C’est un peu « Wacken en France », quoi. C’est assez similaire à ce niveau : le festival est basé dans un petit village, tout le monde est impliqué, il y a plein de bénévoles… Je pense que son aspect communautaire et que le fait que les fans soient impliqués le rendent spécial.

 

Tu as déjà eu l’occasion de l’expérimenter en simple festivalier,

Ouais ! Ma femme était là la dernière fois. Nous nous sommes baladés et avons regardé quelques groupes. C’était cool. Nous avons regardé Sabbath. Nous avons joué quatre fois avec eux pendant l’été et la meilleure, c’était celle du Hellfest. Ça m’a vraiment fait plaisir. J’ai regardé le concert parmi la foule : superbe ! (sourire) A titre personnel, j’aime jouer dans la tente même si ça peut être un peu poussiéreux. Les lights ont plus d’impact. Et le son y est meilleur car le vent n’y souffle pas. C’était cool, la tente était bondée, ce qui est toujours plaisant à constater.

 

Tu as déjà jeté un oeil au line-up?

Ouais ! Ça a l’air sympa ! Par contre, je n’ai pas vérifié qui jouait quel jour. Mais j’ai bien vu l’affiche ! Je croise les doigts ! King Diamond va jouer Abigail, hein ? (souffle) Je pourrais peut-être rester tout le week-end ! (rire) J’espère vraiment qu’on jouera le même jour que King Diamond ! Je me revois adolescent dans le bus sur le chemin de la maison avec un vinyle entre les mains en 1987 : Abigail ! Je m’y revois encore… Tu inspectes la pochette, tu lis les paroles et les textes d’accompagnement… De ce côté-là, Abigail est très important pour moi. Je meurs d’envie de voir ça. Vraiment, vraiment…

 

Pour conclure, peux-tu terminer cette phrase pour moi : « Je n’ai jamais raconté cette histoire et je ne devrais sans doute pas le faire mais… »

Le Hellfest dont nous parlions… La raison pour laquelle je m’en souviens – il y avait beaucoup de poussière sous la tente – c’est qu’à la moitié d’un morceau, alors que j’étais en train de jouer une partie acoustique, Nick s’est dirigé vers l’endroit où je me tenais et, sur le moniteur en face de moi… Il a dessiné une bite et une paire de couilles dans la poussière ! (rire) Et il m’a fait un clin d’œil alors que j’étais en train d’essayer de me concentrer sur ma partie, tout me tordant de rire ! Je n’ai jamais raconté cette histoire à l’extérieur du groupe, donc voilà pour toi ! Mon Dieu… (laughs)

 

Interview : Wombat.

Le Trabendo, Paris – 09/11/2015

Un grand merci à Valérie (Century Media).